Des grands projets d’infrastructure en Camargue aux évolutions législatives en France et en Europe, plusieurs décisions récentes interrogent la place accordée aux enjeux environnementaux dans les politiques publiques. Pour la Tour du Valat, ces débats rappellent l’importance de prendre pleinement en compte les services rendus par les zones humides et les connaissances scientifiques disponibles avant toute décision susceptible d’affecter durablement ces écosystèmes essentiels à la biodiversité et aux sociétés humaines.

En Camargue, le projet de ligne très haute tension entre Fos-sur-Mer et le Gard a franchi une nouvelle étape le 13 mai dernier, avec l’engagement de la procédure d’instruction de sa déclaration d’utilité publique par le ministère chargé de l’Énergie. En réaction, quinze organisations de protection de la nature et de la société civile, dont la Tour du Valat, ont lancé un appel solennel à l’État, rappelant que la Camargue ne peut être sacrifiée au nom de la souveraineté énergétique.
| Une concertation publique est ouverte du 15 juin au 15 juillet concernant le projet de ligne très haute tension Fos–Jonquières. Cette étape permet d’adapter les documents d’urbanisme au projet. Chacun peut y participer et donner son avis : votre contribution compte ! |

D’autres projets, comme le contournement autoroutier d’Arles ou le pont de Bacarin, sont susceptibles d’avoir des impacts directs sur la Camargue. Pourtant, ce territoire abrite des espaces naturels reconnus à l’échelle internationale.
L’analyse des effets cumulés de ces projets d’infrastructure souligne notamment des risques importants en matière d’artificialisation des sols, d’atteinte aux zones écologiques sensibles et de pression sur la ressource en eau.
Au-delà des impacts environnementaux, la question démocratique interpelle également. Plusieurs recommandations issues du débat public organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) restent peu prises en compte et les appels à explorer des solutions alternatives moins impactantes ne trouvent pas d’écho. Cette situation résonne avec le projet de contournement autoroutier d’Arles : malgré les réserves et l’avis défavorable du commissaire enquêteur sur plusieurs aspects du dossier, le porteur de projet semble déterminer à avancer.
Ces accélérations locales reflètent une tendance plus générale où les enjeux de biodiversité peinent à trouver leur place face aux sujets économiques et productifs.
À l’échelle nationale, le projet de Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles en est une illustration. Certaines dispositions, notamment l’article 7, impactant directement les zones humides, suscitent de fortes inquiétudes. La Tour du Valat, aux côtés d’autres organisations, suit attentivement les débats et se mobilise, via des notes d’enjeux et des sollicitations auprès des parlementaires, à chaque étape législative. En savoir plus sur la note d’enjeux
Le texte en discussion reflète une vision persistante des zones humides comme des contraintes à la production agricole. Pourtant, leur rôle est aujourd’hui largement documenté : elles contribuent à la résilience de la ressource en eau, limitent les effets des événements climatiques extrêmes et stockent du carbone.
À l’échelle européenne, les signaux sont tout aussi contrastés. Après un précédent mandat marqué par les ambitions du Green Deal, plusieurs textes structurants pourraient être réexaminés dans le cadre de l’ « omnibus environnement », notamment la directive-cadre sur l’eau, ainsi que les directives Habitats et Oiseaux.
A Bruxelles également, les discussions relatives à la restriction de l’usage du plomb dans les munitions de chasse et les équipements de pêche, sont un enjeu majeur pour les oiseaux d’eau et les zones humides. La Tour du Valat, qui travaille de longue date sur le sujet du saturnisme et de la chasse au plomb en Camargue suit attentivement les débats et contribue au plaidoyer en faveur de son interdiction avec ses partenaires tels que Wetlands International et Birdlife.
Dans un contexte politique mouvant, une conviction demeure : les zones humides ne peuvent continuer à être considérées comme des variables d’ajustement. Face aux défis climatiques, à l’érosion de la biodiversité et aux tensions croissantes sur l’eau, elles constituent au contraire une partie essentielle de la solution.