En 2026, le suivi des populations de Cistude d’Europe du domaine de la Tour du Valat fête ses trente ans !
Une campagne de suivi annuelle depuis 1997

Chaque matin, de mai à juillet, Alana Bell enfile ses waders et se rend dans les marais et canaux du domaine de la Tour du Valat, à la recherche de cistudes. Cette petite tortue noire à tâches jaunes est la seule espèce de tortue d’eau douce naturellement présente dans une grande partie de l’Europe. Malheureusement, cette espèce est aujourd’hui menacée : la destruction et la dégradation des zones humides, son habitat naturel, constituent les principales causes de son déclin à l’échelle de son aire de répartition.
C’est pour mieux protéger cette espèce que la Tour du Valat lance, en 1997, un programme de suivi des populations de cistudes à l’échelle de son domaine. Trente ans plus tard, cette campagne se poursuit, et a permis d’approfondir les connaissances globales liées à l’espèce.
« A la Tour du Valat, ce suivi individuel à long terme est le deuxième plus ancien, après celui sur les flamants roses. Et, à l’échelle de l’Europe, il s’agit du plus vieux programme de Capture-Marquage-Recapture consacré aux cistudes qui soit toujours en cours ! » selon Anthony Olivier, Ingénieur d’études porteur de ce projet à la Tour du Valat
![]() Une doyenne parmi les cistudes Si le suivi scientifique a débuté en 1997, les premiers marquages d’individus à la Tour du Valat ont été menés par Alan Johnson en 1976. Des débuts précieux puisque, lors des campagnes récentes, des cistudes marquées il y a cinquante ans ont été retrouvées vivantes. C’est le cas de la cistude n°14, marquée en 1976. Âgée de plus de 50 ans, cette femelle est, à ce jour et à notre connaissance, le plus vieil individu de l’espèce connu à l’état sauvage. |
Trente ans de données : une perspective unique
Ces trente ans de suivi continu, nous ont permis de recueillir un jeu de données important, et ainsi de documenter de nombreux paramètres biologiques de l’espèce jusqu’alors peu ou pas connus, tels que tels que le taux de survie des adultes et des juvéniles, le lent processus de vieillissement de cette espèce, ou encore la fréquence de dispersion des mâles adultes.
Mais l’étude des cistudes ne nous informe pas que sur l’espèce en elle-même : en effet, sa longévité et sa grande sédentarité en font une espèce « sentinelle », capable de témoigner des variations présentes dans son milieu aquatique. Ainsi, des articles issus de la thèse de Leslie-Anne Merleau ont démontré la multi-contamination de ces populations de Cistude d’Europe de la Réserve de la Tour du Valat par des éléments traces métalliques (métaux lourds), des résidus de pesticides et des polluants organiques (PCB, phtalates, HAP) présents dans les eaux des roubines et marais de Camargue.

Un apprentissage sur le terrain
La continuité de ce suivi unique doit beaucoup à l’engagement de jeunes chercheur·euses, d’étudiant·es et de volontaires en Service civique et/ou issu·es du Corps Européen de Solidarité. Chaque année, un·e volontaire référent·e assure la réalisation des opérations de terrain sous la responsabilité d’Anthony Olivier. Depuis 1997, ce sont ainsi plusieurs dizaines de jeunes qui ont participé à ces campagnes, contribuant à la collecte de données sur les 1722 cistudes marquées à ce jour sur le domaine de la Tour du Valat.
Pour beaucoup, cette expérience constitue une première immersion dans le travail scientifique de terrain. Ils et elles apprennent à observer, à collecter des données de manière rigoureuse, et à interagir avec des animaux sauvages en limitant le dérangement au maximum. Au-delà des gestes techniques, c’est une approche globale qui est transmise : celle des protocoles scientifiques, de la patience qu’exige l’observation du vivant, et de la responsabilité qui accompagne l’accès à des espaces naturels préservés comme ceux des réserves naturelles.

« Pendant l’année que j’ai passée à la Tour du Valat, le suivi des cistudes a été mon plus gros projet de terrain. Grâce à l’encadrement d’Anthony, j’ai pu découvrir une partie du monde scientifique que je ne connaissais pas. C’était merveilleux de découvrir cette espèce de près, jour après jour. J’ai été ravie de contribuer à ce projet, et notamment de pouvoir observer de près des individus comme la cistude numéro 14, identifiée il y a cinquante ans. »
Témoignage d’Alana Bell, volontaire du Corps européen de solidarité (CES)
Découvrez le suivi cistudes en vidéo avec le DIDADOC des étudiants de l’école MoPA :
