La Tour du Valat contribue à l’émergence d’une nouvelle génération de spécialistes de la conservation des zones humides en Méditerranée à travers sa bourse de thèse méditerranéenne. Ce dispositif finance, encadre et accompagne des doctorant·es issu·es de pays non européens du bassin méditerranéen, afin de renforcer les capacités de recherche locales en lien avec des universités et des acteurs de la conservation.
Dans ce cadre, le 9 juin 2026, Haytem Bouchri, a soutenu sa thèse de doctorat de l’université PSL – Ecole pratique des hautes études – à l’issue de trois années d’études sur l’écologie d’un canard nomade menacé, la Marmaronette marbrée.

Haytem Bouchri a étudié cette espèce en partenariat avec le GREPOM (BirdLife Maroc) et Biosphère Environnement, sous la direction d’Arnaud Béchet (Tour du Valat) et de Rhimou El Hamoumi (Université Hassan II de Casablanca), avec l’encadrement de Jocelyn Champagnon (Tour du Valat) et de Raphaël Musseau (Biosphère Environnement). Le jury composé d’experts internationaux sur les méthodes, les canards, les zones humides et/ou l’espèce a félicité Haytem Bouchri pour l’excellence de sa recherche, relevant à la fois la qualité scientifique du travail et son importance pour la conservation de cette espèce. Trois articles sont en préparation dont un sur la taille de la population nicheuse de la Marmaronette au Maroc qui paraîtra prochainement dans la revue Animal Conservation.

Résumé :
« Écologie d’une espèce menacée de canard nomade au Maroc, la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris) : implications pour sa conservation »
Les zones humides méditerranéennes comptent parmi les écosystèmes les plus menacés à l’échelle mondiale, subissant des pressions croissantes liées aux prélèvements d’eau, aux changements d’usage des sols et à la raréfaction hydrique sous l’effet du changement climatique – pressions particulièrement aiguës en Afrique du Nord. Parmi les espèces les plus affectées figure la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris), espèce quasi menacée et aux déplacements nomades, dont la population ouest-méditerranéenne a décliné de 46 % entre 2008 et 2018. Plusieurs dimensions de son écologie demeuraient néanmoins mal documentées, notamment la taille de sa population nicheuse, ses stratégies de déplacement et ses modalités d’utilisation de l’habitat.
Cette thèse aborde ces lacunes à travers trois chapitres complémentaires. Dans le premier, un plan d’échantillonnage aléatoire à deux niveaux analysé par des modèles hiérarchiques N-mixture a permis d’estimer la population nicheuse nationale marocaine à 386 nichées [ICr 95 % : 283–487], fournissant la première estimation robuste à cette échelle pour l’espèce. Dans le second, la combinaison de télémétrie GPS et d’accélérométrie triaxiale a permis de classifier cinq catégories comportementales et de mettre en évidence une organisation marquée entre remise diurne et alimentation nocturne, assortie d’une forte variabilité interindividuelle. Dans le troisième, le suivi de 24 individus capturés au Maroc et en Espagne révèle que le type de zone humide constitue le principal déterminant de l’utilisation de l’habitat, l’espèce fréquentant majoritairement des zones humides d’origine anthropique, avec une modulation par la variabilité pluviométrique.
Dans son ensemble, ce travail apporte des connaissances nouvelles sur l’écologie spatiale de la Marmaronette marbrée en Afrique du Nord et fournit des bases scientifiques utiles à l’orientation des stratégies de suivi, de restauration et de conservation de l’espèce.