Le Leste à grands stigmas est un odonate menacé de disparition en France et en Europe, en raison de la dégradation des zones humides temporaires et des effets du changement climatique. Pour cette raison il fait partie des espèces ciblées par un Plan National d’Action en faveur des odonates. A la Tour du Valat, plusieurs actions ciblent directement la conservation de cette espèce.
Les insectes représentent le groupe d’espèces dont le déclin est le plus rapide et figurent parmi les plus menacés par les activités humaines. Pourtant, ils restent largement négligés par les politiques de conservation et la recherche en biologie de la conservation.
Les zones humides, qui ont fortement régressé au cours du dernier siècle et demeurent encore menacées, sont essentielles à de nombreux groupes taxonomiques, y compris les insectes. Les odonates (demoiselles et libellules) constituent de précieux indicateurs de l’état de conservation de ces milieux. La restauration des habitats, y compris leur recréation, a été désignée comme une priorité au cours de la décennie actuelle. Ces actions de conservation sont renforcées par l’utilisation d’une espèce étendard, à condition de disposer d’une connaissance approfondie de ses exigences écologiques.
Thèse : Conservation ecology of the threatened damselfly Lestes macrostigma – An integrated life cycle approach
Soutenue en juin 2024 par Philippe Lambret, cette thèse s’est focalisée sur l’écologie des œufs et les larves du Leste à Grands Stigmas (Lestes macrostigma) libellule menacée. À travers quatre études menées en Camargue, les effets du régime hydrologique, du niveau de salinité de l’eau, des interactions animales et des types de plantes utilisés lors de la ponte des œufs de cette espèce ont été examinés.
Les résultats de ces recherches, qui intègrent les stades clés de la dynamique des populations de libellules, constituent une base scientifique solide pour développer des actions de conservation ciblant non seulement l’espèce, mais aussi la restauration des mares méditerranéennes temporaires saumâtres, en utilisant L. macrostigma comme espèce étendard1. Cette thèse représente une importante étude de cas sur la manière de prendre en considération les insectes menacés dans les stratégies de conservation de la biodiversité.
1 – Espèce choisie pour représenter une cause environnementale, tel qu’un écosystème à protéger.
🎬 Une conférence donnée par Phillippe Lambret en mars 2025 autour de sa thèse est également disponible en replay :
Référence de la thèse
Conservation ecology of the threatened damselfly Lestes macrostigma – An integrated life cycle approach
© 2024 KU Leuven, Science, Engineering & Technology
Self edited, Philippe Lambret, Arles (France).
Contact
Philippe Lambret – Chef de projet Conservation des odonates à la Tour du Valat
Réintroduction du Leste à grands stigmas
Soutenu par la plateforme de financement participatif Flamingo.eco, ce projet pilote propose de développer et tester une méthode d’introduction de libellule Lestes macrostigma dans une mare temporaire en Camargue. Cette méthode pourra ensuite être appliquée à plus large échelle.

Objectifs du projet
Il s’agit d’affiner une méthode de restauration d’habitat en faveur de L.macrostigma, espèce prioritaire et menacée. L’approche combine la transplantation de la plante que cette libellule préfère pour pondre avec la réintroduction de ses œufs, le tout dans une mare créée au Mas Neuf du Vaccarès d’où elle est aujourd’hui absente. Cette démarche expérimentale pourrait constituer un modèle reproductible pour la conservation des libellules à l’échelle européenne.
Actions & méthodologie
Phase 1 : Restauration de l’habitat de Lestes macrostigma
Prélèvement de bulbes de Scirpe maritime (Bolboschoenus maritimus), la plante préférée de Lestes macrostigma, sur des sites sources, transplantation dans la mare du Mas Neuf du Vaccarès, puis suivi de la croissance de cette végétation.
Phase 2 : Réintroduction de Lestes macrostigma
Prélèvement de tiges de Scirpe maritime avec des œufs de L. macrostigma, introduction de ces tiges dans la mare du Mas Neuf de Vaccarès et suivi de l’émergence des adultes au printemps suivant.
Phase 3 : Réplication
Reproduction de l’expérience sur d’autres mares en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Occitanie.
Phase 4 : Production d’outils techniques et diffusion
Contribution à la rédaction d’un guide méthodologique dédié à la conservation de L. macrostigma, espèce prioritaire selon le Plan national d’actions en faveur des libellules.
Équipe
- Responsable du projet : Philippe Lambret
- Membres impliqués : Hugo Fontes
- Équipes impliquées : Restauration des écosystèmes naturels et agricoles
- Date du projet : 2026-2028
Partenaires
- Partenaires techniques : Office pour les insectes et leur environnement, PNR de Camargue.
- Partenaires financiers : Flamingo