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Menaces sur la biodiversité et les zones humides en temps de pandémie

Si les témoignages rapportant la présence d’espèces, profitant du confinement d’une grande partie de la population mondiale pour s’aventurer dans des zones où elles s’aventurent peu habituellement, se multiplient, ce calme a également des effets néfastes sur la biodiversité et les zones humides. Plusieurs membres et partenaires de l’Alliance méditerranéenne des zones humides [1], un réseau de 28 ONG du bassin méditerranéen qui aspire à augmenter collectivement la visibilité et la protection des zones humides dans la société méditerranéen, ont mis en lumière une situation plus inquiétante.

Construction sur la rivière Bjelava © R. Oroz

En plusieurs endroits la paralysie des activités est utilisée pour poursuivre des projets de constructions controversés. Il s’agit notamment de projets hydroélectriques, comme c’est le cas dans les Balkans, où les investisseurs semblent profiter de la réduction de l’activité gouvernementale, notamment baisse des activités d’inspection et de contrôle, pour avancer sur ces projets dans des conditions illégales ou frôlant l’illégalité. Ainsi, en Bosnie Herzégovine, au sud de Sarajevo, les destructions continuent avec cinq projets de barrages concernant les rivières Bjelava, Mala Bjelava, Vrhovinska, Željeznica and Prača (voir ici [2]).

Par ailleurs, les investisseurs tirent également parti des interdictions pour la société civile de se rassembler pour protester. C’est notamment le cas en Turquie, autour du lac Salda (Burdur), où un projet d’aménagement est en cours alors que le lac est fermé à la société civile et que la population locale s’oppose au projet (voir ici [3] et ici [4]). Le gouvernement a également profité de la pandémie pour assouplir la législation sur les aires protégées, rendant possible la construction de barrages et autres infrastructures dans ces dernières,  et approuvé un projet de développement touristique sur les rives du plus grand lac d’eau douce du pays, le lac de Beyşehir (voir ici [5]).

L’Alliance méditerranéenne des zones humides [1] dénonce ces activités anti-démocratiques et contraires au développement durable. La crise actuelle, au contraire, met en lumière les liens entre populations humaines et écosystèmes et le besoin de les préserver. Les zones humides sont indispensables à la résilience des sociétés humaines dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources en eau. Il est inacceptable que le calme, tout relatif, qui règne actuellement serve à la destruction de la biodiversité, en général, et des zones humides en particulier.

Si vous avez connaissance de développement similaires dans vos régions respectives, merci de nous contacter: [email protected] [6]  et rejoignez-nous sur facebook [7].

Contact : Maud Borie, Tour du Valat (e-mail [8])

« Hommage à la biodiversité, les oiseaux » – Conférence de Brigitte Poulin en vidéo – 2 février 2020

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La Tour du Valat a ouvert exceptionnellement ses portes au public le 2 février dernier à l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides (JMZH) [9] afin de sensibiliser toutes les générations à la nécessité de préserver les zones humides en Camargue comme partout ailleurs

La JMZH célèbre chaque année l’anniversaire de la signature de la convention de Ramsar [10] pour la protection des zones humides le 2 février 1971 en Iran, dont Luc Hoffmann, fondateur de la Tour du Valat en 1954, fut l’un des principaux instigateurs.

La thématique des JMZH en 2020 était « Zones humides et biodiversité ».

A cette occasion, Brigitte Poulin [11], chargée de recherche à la Tour du Valat, avait présenté une conférence intitulée « Hommage à la biodiversité : les oiseaux » qu’il est possible de revoir en vidéo en cliquant sur l’image ci-dessous.

[12]

Est-il possible de démoustiquer sans impacter de manière importante la biodiversité ?

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Communiqué de presse

Arles, le 27/04/2020

Est-il possible de démoustiquer sans impacter de manière importante la biodiversité ?

Retours sur dix ans d’étude à l’échelle européenne et internationale

La Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, a été l’un des premiers à démontrer l’impact environnemental du bactério-insecticide Bacillus thuringiensis subsp. Israelensis (Bti). Ses études, menées à partir de 2006 dans le cadre d’une démoustication partielle et expérimentale de la Camargue à l’initiative du département des Bouches du Rhône, sont aujourd’hui à l’origine d’une préoccupation mondiale croissante quant à l’impact du Bti sur l’environnement. Et pour cause, le Bti est largement utilisé en démoustication en Europe et dans le monde. Bien qu’il s’agisse de l’agent le plus sélectif et le moins toxique disponible actuellement pour la démoustication, plusieurs chercheurs européens estiment que l’impact environnemental de cet insecticide mérite d’être réévalué par des organismes de recherche indépendants.

L’article scientifique « Environmental and socioeconomic effects of mosquito control in Europe using the biocide Bacillus thuringiensis subsp. Israelensis (Bti) », récemment publié dans Science of Total Environment et rédigé par une équipe de recherche internationale composée d’écologues, d’écotoxicologues, de microbiologistes et d’économistes de quatre institutions européennes (dont la Tour du Valat) constitue l’évaluation la plus actuelle et la plus complète de l’impact du Bti sur l’environnement à ce jour. On y apprend que si le risque de résistance des moustiques semble limité malgré la persistance des spores et toxines de Bti dans l’environnement, les effets signalés sur les organismes non ciblés remettent en question la sécurité environnementale du Bti. Ainsi, la réduction des moustiques et autres petits diptères non piqueurs (chironomes) qui représentent des sources de nourriture potentiellement importantes pour plusieurs espèces animales comme les libellules, amphibiens et oiseaux, aura des répercussions sur la biodiversité de ces milieux.

Ces résultats sont clairement présentés dans un reportage diffusé sur la télévision nationale canadienne dans le cadre de l’épisode du 18 avril 2020 de l’émission « La semaine verte ». Tourné au Canada, en France et en Allemagne, ce reportage offre une couverture très complète de l’usage du Bti : techniques de commercialisation et d’épandage, mode opératoire, persistance dans l’environnement et impacts directs et indirects sur les organismes non ciblés. Si l’axe de réflexion de ce documentaire porte sur les effets au travers de la chaîne alimentaire initialement mis en valeur par les études de la Tour du Valat en Camargue (ex : perte du tiers des nichées chez les hirondelles), on y découvre également que le Bti aurait un impact direct sur la croissance des amphibiens. Ces résultats, mis en valeur par l’équipe de recherche de Carsten Brühl de l’université de Koblenz-Landau en Allemagne, sont remarquables car l’on croyait jusqu’à récemment que seuls les groupes d’insectes apparentés aux moustiques pouvaient être physiologiquement affectés par le Bti. Ces impacts s’ajoutent à ceux causés par la diminution des ressources alimentaires essentielles que constituent les moustiques et les chironomes pour la faune des zones humides.

Alors que nous sommes largement engagés dans la sixième crise d’extinction de la biodiversité, qui touche tout particulièrement les insectes, il y a tout lieu de s’interroger sur la poursuite généralisée de la démoustication par épandage de Bti lorsqu’elle n’est pas motivée par des enjeux de santé publique, d’autant plus que celle-ci concerne le plus souvent des milieux naturels riche en biodiversité.

ARTICLE

« Environmental and socioeconomic effects of mosquito control in Europe using the biocide Bacillus thuringiensis subsp. israelensis (Bti) » est publié en ligne dans la revue Science of the Total Environment le 2 avril 2020  https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2020.137800 [13]

Les auteurs de l’article sont :

Carsten A. Brühl (Université de Coblence-Landau), Laurence Després (Université Grenoble Alpes), Oliver Frör (Université de Coblence-Landau), Chandrashekhar D. Patil (Université de Perpignan), Brigitte Poulin (Institut de recherche de la Tour du Valat), Guillaume Tetreau (Université Grenoble Alpes), Stefanie Allgeier (Université de Coblence-Landau).

 

REPORTAGE

Émission « La semaine verte » diffusé sur la chaine Radio-Canada, épisode du Samedi 18/04/20.

[14]

Disponible en replay sur le lien suivant : https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/episodes/461286/bti-larvicide-insecticide [14]

Production Radio-Canada, journaliste Maxime Poiré, réalisateur Pier Gagné.

CONTACT

 Brigitte Poulin [11], responsable du département Écosystèmes, Tour du Valat

Téléphone : 06 88 29 87 56

Courriel : [email protected] [15]

 

Construisons une économie résiliente, centrée sur la préservation de la nature et des services qu’elle nous rend !

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Il n’est plus possible d’ignorer les liens existants entre déforestation, commerce d’espèces sauvages, agriculture intensive ou artificialisation des sols et incidence de maladies infectieuses chez l’homme. Construisons une économie résiliente, centrée sur la préservation de la nature et des services qu’elle nous rend !

La Tour du Valat a initié une réflexion en ce sens dans le cadre de l’association Ramsar France pour les zones humides, qui a abouti à une tribune portée par des parlementaires, en particulier Frédérique Tuffnell et Jérôme Bignon, ainsi que les principaux réseaux d’espaces protégés français. Cette tribune appelle à la construction d’une économie prenant pleinement en compte climat et biodiversité. « Le répit que vit la planète pendant que nous sommes confinés ne doit pas se transformer en sursis ».

La tribune :

« La résilience de notre économie passe par des territoires résilients »

Le coronavirus n’est que l’un des symptômes du dysfonctionnement de nos sociétés mondialisées dont l’une des conséquences est la transmission facilitée d’agents infectieux entre les animaux sauvages et l’humain.

Même si la littérature scientifique en fait déjà état depuis plusieurs dizaines d’années, il n’est plus possible d’ignorer les liens existants entre déforestation, commerce d’espèces sauvages, agriculture intensive ou artificialisation des sols et incidence de maladies infectieuses chez l’homme. La presse nationale et internationale s’est d’ailleurs très largement faite le relais de ces constats et l’ensemble de la classe politique semble s’être rangé derrière les appels croissants à un changement de société, socialement et environnementalement plus juste. Comment ne pas formuler ce vœu ?

Face à cette crise sanitaire, et à la crise économique majeure qui s’annonce, il est frappant de trouver une communauté d’origine avec la crise climatique et le déclin dramatique de la biodiversité. Nous nous devons de profiter du « jour d’après » pour tenter de résoudre transversalement l’équation, d’autant que nos efforts en la matière restent pour le moins insuffisants.

Cette réalité est appréhendée de façon différente selon nos sensibilités mais elle se traduit déjà par des projets de relance de l’économie d’une ampleur jamais atteinte et par des projets de relocalisation massifs. Que notre gouvernement se consacre à cette priorité est tout à fait légitime mais nous croyons qu’il est tout aussi légitime de privilégier dans sa démarche la construction d’une économie résiliente, centrée sur la préservation de la nature et des services qu’elle nous rend.

« Le répit que vit la planète pendant que nous sommes confinés ne doit pas se transformer en sursis »

Ainsi, quel que soit le plan qui sera retenu il est impératif que les États ne privilégient pas des stratégies de relance à court terme au détriment de leurs engagements climatiques et environnementaux. En d’autres termes, le répit que vit la planète pendant que nous sommes confinés ne doit pas se transformer en sursis.

La France est entrée en récession et il nous sera extrêmement difficile de soutenir une économie dont la vulnérabilité est exacerbée par les effets du changement climatique. Nous savons qu’il est déjà impossible à certains territoires d’accueillir de nouvelles entreprises, faute d’une ressource en eau de qualité, en quantité suffisante. L’an dernier, en France, 85 départements faisaient l’objet de restrictions d’usage du fait d’une sécheresse généralisée et les pénuries, qui se multiplient dans un contexte climatique changeant, remettent aujourd’hui en question la pérennité d’activités économiques historiques.

Notre capacité à rembourser la dette que nous allons contracter pour relancer notre économie est fortement conditionnée à la capacité de notre pays à s’adapter au changement climatique. C’est une priorité, car des territoires vulnérables, dont les fonctionnalités écologiques ont été dégradées, sont eux même le support d’un tissu économique fragile.

En toute logique, si nous voulons rebâtir une économie résiliente, nos territoires ruraux et urbains doivent eux aussi êtres résilients aux effets du changement climatique, capables de protéger la ressource en eau (en préservant les stocks naturels et en l’épurant), de conserver leur stock de carbone naturel, de préserver les paysages, les espaces et les espèces, non pas uniquement pour leur intérêt propre mais parce qu’ils sont indispensables à toute vie et à toute activité économique. Il en va ainsi de l’ensemble des écosystèmes et notamment des milieux humides : des marais, des mangroves, des récifs coralliens, des tourbières, des prairies inondables, des lagunes, des mares et des étangs, en passant par l’ensemble des cours d’eau, ruisseaux et chevelus de tête de bassins versants (qui sont les châteaux d’eau naturels de la France).

 « Des territoires vulnérables aux aléas climatiques sont le support d’activités économiques fragiles »

Depuis des années, nous détruisons nos espaces naturels. 7 m² de nature sont bétonnés chaque seconde dans le monde. Ce qui est vrai au Brésil l’est aussi chez nous, d’autant que nous contribuons à cette destruction en important des produits issus de la déforestation. Depuis le début du 18e siècle, ce sont 87 % des zones humides mondiales qui ont été détruites ou dégradées.

Selon le Secrétariat de la Convention de Ramsar[1] [16], entre 1970 et 2015, environ 35 % des zones humides de la planète ont disparu et le rythme de disparition s’est accéléré depuis 2000. Aucune région n’est épargnée. Nous ne pouvons plus nous permettre l’indécence de détruire notre planète dans une logique de profit à court terme et, avec elle, les services vitaux qu’elle nous rend gratuitement. Il s’agirait d’une perte à moyen-long-terme.

Après la crise sanitaire, il existe un véritable risque pour que la destruction de nos écosystèmes se poursuive dans l’indifférence générale. Les responsables politiques doivent aujourd’hui prendre conscience que la relance de notre économie est illusoire si elle contribue à neutraliser les services que nous rend la nature, et si elle se fait au mépris des solidarités territoriales.

Au-delà de ses multiples conséquences sociales et économiques, cette crise nous offre en effet l’opportunité de faire de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique les nouveaux déterminants de nos politiques publiques, dans lesquelles les zones humides ont un rôle majeur à jouer. Ces terres d’eau sont des territoires pionniers pour la transition écologique et sociale et, comme « solutions fondées sur la nature » (SFN), elles sont plus que pertinentes pour répondre aux grands défis sociétaux : santé, sécurité alimentaire, approvisionnement en eau …

Définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les SFN consistent à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes pour relever directement les défis de société. Elles sont à ce titre plébiscitées dans les derniers rapports du GIEC, de l’IPBES et des Nations Unies sur l’eau et le changement climatique, comme étant indispensables pour répondre à de nombreux enjeux planétaires relatifs à l’eau, et apporter dans le même temps des avantages dans tous les domaines du développement durable.

Le « jour d’après » doit donc privilégier dès que possible cette approche, dans une logique de maintien de l’approvisionnement en eau douce face à une demande qui risque de croitre rapidement du fait de la relocalisation des filières stratégiques sur le sol français.

Aujourd’hui nous devons enfin faire rimer économie et climat, relance et services écosystémiques, emploi et préservation de la biodiversité. Alors, renonçons à mettre à l’agenda politique des projets de loi qui mettent à mal le droit de l’environnement et, au contraire, mettons à l’honneur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique et les solutions fondées sur la nature pour enrayer la lente agonie des terres d’eau, pourtant vitales pour l’humanité.

 

[1] [17] La Convention sur les zones humides, aussi appelée Convention de Ramsar, est le traité intergouvernemental qui sert de cadre à la conservation et à l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. Adoptée dans la ville iranienne de Ramsar, en 1971, entrée en vigueur en 1975 et ratifiée par la France en 1986, près de 90% des États Membres de l’ONU sont désormais parties à la convention.

 

Les administrateurs de Ramsar France :

Autres signataires :

 

Nouvel article – Harvester ants as ecological engineers for Mediterranean grassland restoration: Impacts on soil and vegetation

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Cet article a été publié dans la revue Biological Conservation.

Messor barbarus © R. Jaunatre

Il s’inscrit dans le cadre du doctorat de Tania de Almeida [18].  Il met en évidence le rôle d’ingénieur de la fourmi moissonneuse Messor barbarus sur les pelouses méditerranéennes et son impact sur la steppe de Crau en cours de restauration.

M. barbarus améliore la fertilité des sols et conduit à une augmentation significative de la biomasse. Elle modifie la banque de graines en la faisant évoluer vers celle de la steppe de référence. Elle contribue à l’hétérogénéité des communautés végétales et à l’augmentation de la richesse spécifique.  Au sein des nids de fourmis, les espèces sont plutôt caractéristiques des milieux mésotrophes alors qu’en dehors les espèces sont plutôt caractéristiques des sols compacts. M. barbarus accélère la restauration de la steppe de Crau.

Tania De Almeida est doctorante à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale (IMBE [19]) co-encadrée par la Tour du Valat (voir son CV [18]).

Le sujet du doctorat de Tania est : Restauration : utiliser les fourmis comme ingénieures des écosystèmes pour restaurer les espaces dégradés en Provence, qui s’inscrit dans le cadre des travaux de la Tour du Valat sur la restauration écologique (en savoir plus [20]).

Vous pouvez retrouver cet article sur le site de l’éditeur. [21]

Résumé :

Although not widely used, ecosystem engineers represent a promising and sustainable tool in nature-based ecosystem management and restoration. In grassland ecosystems, a few invertebrates that engineer soils have been identified as key species regulating soil nutrients and plant communities’ diversity and dynamics. Here, we assessed the role of the harvester ant Messor barbarus, an ecological engineer, in a Mediterranean dry grassland under restoration by characterising its nest environment, particularly the soil and vegetation. We found profound differences in soil physical and chemical variables and plant community structure between nests and ant-free patches in the restored grassland. Messor barbarus has improved soil fertility, driven the seed bank towards the reference grassland and significantly increased plant biomass, species richness and micro-local-heterogeneity. As biological filters, M. barbarus has driven plant communities towards a new trajectory in the restored site. Ant patches are characterised by mesotrophic species, whereas ant-free patches are dominated by species characteristic of compacted soils. They have accelerated the ecological recovery of Mediterranean dry grassland plants by directly and indirectly facilitating their re-establishment. These results illustrate the potential key role of ants as ecological engineers for the conservation and restoration of Mediterranean grasslands.

Référence bibliographique : De Almeida. T., Blight, O., F. Mesléard, A. Bulot, E. Provost and T. Dutoit. 2020. Harvester ants as ecological engineers for Mediterranean grassland restoration: Impacts on soil and vegetation. Biological Conservation 245 (2020). doi: 10.1016/j.biocon.2020.108547

 

Les anatidés en Camargue : Questions à Lucie Schmaltz

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Lucie Schmaltz @Ysbrand Galama

Lucie Schmaltz est coordinatrice nationale du Comptage International des oiseaux d’eau à la Ligue pour la Protection des Oiseaux [22]/Birdlife France.

Elle répond aux questions de la Tour du Valat concernant les anatidés en Camargue.

1) Quelle est l’importance de la Camargue en tant que zone humide à l’échelle nationale pour les oiseaux d’eau ?

La Camargue a été un précurseur dans le développement des comptages des oiseaux d’eau en France. En 1955, une décennie avant le début des comptages coordonnés des anatidés et de la foulque hivernants en Europe, Luc Hoffmann dirigeait la première campagne de comptage complet des oiseaux d’eau en Camargue, soit un an après la création du centre de recherche de la station biologique de la Tour du Valat. Ce n’est donc pas un hasard si, en 1986, la Camargue devient la première zone humide d’importance internationale désignée en France au titre de la convention de Ramsar. La Camargue se place au premier rang des sites d’importance du comptage de Wetlands International en France.

Une des fortes particularités de la Camargue est d’être située sur une zone de chevauchement de populations biogéographiques empruntant des voies de migrations méditerranéenne/mer noire et ouest-atlantique. Avec en moyenne près de 181 000 oiseaux d’eau dénombrés annuellement ces 10 dernières années, elle contribue à elle seule à hauteur de 6% du total moyen national de la mi-janvier approchant les 2,8 millions. Selon le dernier bilan de la mi-janvier 2019, la Camargue est le premier site d’hivernage français pour 14 espèces d’oiseaux d’eau, et tout particulièrement pour les anatidés en contribuant à près de 53% de l’effectif national de la mi-janvier de Nette rousse, 39% pour le Canard chipeau, et environ 25% des effectifs de Canard siffleur, souchet et Sarcelle d’hiver. Le site accueille également les plus gros contingents hivernants français de Flamant rose, d’Ibis falcinelle et de Foulque macroule. Son importance ne cesse d’augmenter pour la Grue cendrée et la Spatule blanche.

Au total la Camargue atteint les critères d’importance internationale de 17 espèces, c’est-à-dire qu’elle accueille plus de 1% des populations biogéographiques estimées de celles-ci : Sarcelle d’hiver, Foulque macroule, Flamant rose, Canard colvert, Grue cendrée, Bécasseau variable, Canard chipeau, Canard siffleur, Canard souchet, Tadorne de Belon, Nette rousse, Cygne tuberculé, Avocette élégante, Aigrette garzette, Ibis falcinelle, Grand Gravelot et Spatule blanche. Pour comparaison, les sites d’importance internationale de la façade atlantique, atteignent eux le critère des 1% de la population biogéographique de 8 espèces en moyenne (bassin d’Arcachon, Presqu’île Guérandaise, Baie de l’Aiguillon et Réserve Naturelle de Moëze Oléron).

Table 1. À la mi-janvier 2019, la Camargue atteint le critère de zone humide d’importance internationale pour 17 espèces d’oiseaux d’eau.

2) Quelles sont les différences et les similarités des évolutions d’effectifs entre Camargue et le reste en France/Europe ?

Globalement, les grandes tendances d’effectifs des oiseaux d’eau à la mi-janvier suivent les tendances des populations sur les voies de migrations disponibles dans le dernier Rapport sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs dans la zone de l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie (AEWA). Ceci est également vrai en Camargue où l’on retrouve les fortes progressions des populations de Grande aigrette, Cigogne blanche, Spatule blanche et Grue cendrée. En 1993, seuls 60 Grandes Aigrettes étaient rapportés à la mi-janvier, en 2019 ce sont plus de 700 individus. Même chose pour la Spatule blanche : 1 individu rapporté en 2000, contre 160 en 2019. La Camargue est également devenue le deuxième site d’hivernage français de la Grue cendrée : très rare, voire quasi-absente de Camargue au début des années 2000 car essentiellement cantonnée aux quartiers d’hivernage de Lorraine, Champagne et aux landes de Gascogne, quelques 15 à 20 000 grues sont désormais dénombrés ces trois dernières années. La forte progression de ces grands échassiers recensés à la mi-janvier en France, et en Europe de l’Ouest est concomitante avec l’essor de leurs populations reproductrices et de leurs aires de répartition. Les conditions climatiques hivernales plus clémentes, l’arrêt de leur persécution et l’instauration de leur protection réglementaire dès les années 1970 associées à des actions de conservation fortes sont autant d’autres facteurs qui ont certainement joué un rôle dans l’expansion de ces populations en Europe de l’Ouest. Enfin, le Cygne tuberculé connait également en très forte progression en Camargue, à l’image de la tendance globale observée pour cette population.

Côté déclins, car il y en a également, la Camargue n’échappe pas semble-t-il aux diminutions d’effectifs des populations de Fuligules milouin et morillon. Ces dix dernières années, un recul des effectifs d’Oie cendré recensé à la mi-janvier semblent se dessiner en Camargue et ce, malgré le statut favorable de la population d’Europe centrale.

Il reste difficile de se prononcer sur les divergences, tant les conditions de comptages en Camargue sont importantes à considérer à l’échelle de ce méga-site, au recensement difficile, et qui a la particularité de connaître de très fortes variations interannuelles. La thèse de David Vallecillo [23] dont une partie des travaux en cours porte sur l’influence des méthodes de recensement (comptage aérien vs comptage au sol) et de l’observateur sur la validité des comptages et notre capacité à détecter des tendances d’effectifs nous apportera certainement de nouvelles clés de compréhension. On notera finalement peu de dissimilarité entre les tendances des effectifs d’oiseaux d’eau rapportés en Camargue à la mi-janvier et les tendances des populations à l’échelle nationale et à l’échelle des voies de migration. On peut tout de même souligner la plus forte progression des populations d’oiseaux d’eau en Camargue, comme à l’échelle nationale relativement aux tendances des voies de migration, probablement en lien avec une amélioration globale de la qualité des sites d’hivernage français depuis le début des suivis. Depuis, les tendances camarguaises et nationales tendent à refléter assez fidèlement les tendances des populations à l’échelle globale des voies de migration.

3) Quels sont les contrastes entre la situation méditerranéenne et atlantique ?

Les connaissances sur les populations d’oiseaux d’eau se sont sensiblement améliorées depuis le début des comptages Wetlands, en parallèle des initiatives visant à développer les capacités d’accueil des régions biogéographiques est-atlantique et mer-noire méditerranée. Les tendances globales des populations d’oiseaux d’eau sur ces deux voies de migration sont à peu près identiques en termes de nombre d’espèces en déclin, stable ou en augmentation, 40% des populations seraient en déclin contre 60% en augmentation ou stable. En France, ce ratio est identique, quand on observe sur le court terme les tendances de quelques 70 espèces suivies à la mi-janvier. Sur le long terme, la forte progression des oiseaux d’eau est plus franche (70% des espèces sont en augmentation depuis 1980), et suggère une situation nationale plus favorable qu’à l’échelle des voies de migration. En particulier, les limicoles côtiers ont considérablement augmenté depuis le début des suivis et contribuent à cette augmentation globale au même titre que les grands échassiers dont nous parlions précédemment.

Les tendances d’effectifs observées sur les façades atlantique et méditerranéenne correspondent globalement à ce schéma national sans contraste important si ce n’est pour les anatidés qui progressent plus en méditerranée que sur les façades atlantique et en particulier sur le Golfe de Gascogne. Pour les limicoles et les autres espèces d’oiseaux d’eau (ardéidés, Ibis, Spatule etc.), l’augmentation est généralisée sur les trois façades, à l’exception de trois espèces de limicoles en déclin en Manche-Mer du Nord : l’Avocette élégante en déclin sur le principal site de l’estuaire Seine depuis la modification de l’estuaire et Port 2000 ; le Bécasseau variable et la Barge rousse qui déclinent également outre-manche.

La côte atlantique française a vu globalement ses effectifs de limicoles côtiers augmenter considérablement, en lien avec l’amélioration de la qualité d’accueil des sites et la création de grandes réserves naturelles sur des baies estuariennes. Des progressions particulièrement fortes de certaines populations, comme le Bécasseau sanderling ou la Barge à queue noire sont notables.

Côté méditerranée, la comparaison est difficile, les limicoles, moins nombreux, sont principalement représentés par trois espèces, les Bécasseaux variable et minute et l’Avocette élégante, qui présentent toutes des augmentations significatives. Les autres espèces moins abondantes comme le Pluvier argenté, Courlis cendré ou Chevalier gambette sont également toutes en augmentation en méditerranée. Les limicoles répondent particulièrement bien à la protection des sites et aux mesures de gestion qui leurs sont dédiées sur la plupart des lagunes méditerranéennes (mise en place de zones de quiétudes, gestion des niveaux d’eau, etc.). Concernant les anatidés et foulque, les tendances montrent une augmentation généralisée, plus marquée en méditerranée que dans le Golfe de Gascogne. Les effectifs dénombrés à la mi-janvier de Canards siffleur et pilet déclinent ainsi sur le Golfe de Gascogne alors qu’ils sont stables voire en augmentation modérée en méditerranée. Les effectifs de Sarcelle d’hiver, ou de Foulque macroule, progressent en méditerranée et sont stables sur le Golfe de Gascogne. Certaines espèces, comme le Canard colvert, le Tadorne de Belon ou le Cygne tuberculé augmentent également significativement plus en méditerranée que sur le Golfe de Gascogne. La capacité d’accueil des grands plans d’eau et lagunes méditerranéens, dont les actions de gestions sont essentiellement dédiées aux anatidés, pourrait être plus importante que celle des sites le long du Golfe de Gascogne comprenant de grandes surfaces intertidales ou baies estuariennes finalement plus propices aux grandes concentrations de laro-limicoles.

Les façades de la Manche – Mer du Nord et du Golfe de Gascogne enregistrent également des déclins marqués d’espèces peu ou pas représentées en méditerranée comme l’Eider à duvet, le Fuligule milouinan ou encore le Garrot à œil d’or. Le déclin sévère du Fuligule morillon, autrefois espèce abondante sur la façade méditerranéenne, s’observe également sur le Golfe de Gascogne, où l’espèce est en déclin modéré.

Interpréter les quelques différences qui existent entre les façades méditerranéenne et les façades atlantiques est difficile. Globalement, la situation des oiseaux d’eau en France, en Atlantique et en Méditerranée, s’est grandement améliorée et les déclins qui s’observent aujourd’hui semblent plus refléter des tendances populationnelles que des tendances propres à notre pays. Dans ce contexte, les grandes conventions intergouvernementales (e.g. AEWA, Ramsar) et les initiatives se développant à l’échelle des voies de migration (e.g. Réseau Oiseaux d’Eau Méditerrannée [24], Wadden Sea Flyway Initiative [25]) sont des outils primordiaux pour œuvrer à la protection des zones humides et des populations d’oiseaux d’eau à l’échelle globale de leurs aires de distribution.

Contact : Lucie Schmaltz (email [26])

Les anatidés en Camargue

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1. La Camargue

La Camargue s’étend sur les 130 000 hectares du delta du Rhône. Plus grande zone humide de France, elle joue un rôle majeur dans l’accueil des oiseaux d’eau nicheurs, migrateurs et hivernants ; elle est reconnue d’importance internationale pour l’hivernage et la conservation d’au moins 18 espèces d’oiseaux d’eau, dont sept de canards ainsi que la Foulque macroule. Les anatidés (canards, oies et cygnes hivernants) s’insèrent dans la mosaïque d’habitats qui constituent la Camargue (rizières, salines, habitats naturels, marais de chasse…). Leurs effectifs et leur distribution dépendent largement des activités pratiquées sur ces habitats qu’elles soient agricoles, touristiques, cynégétiques, halieutiques ou de protection de l’environnement.

a. Les comptages aériens

Les premiers dénombrements aériens des anatidés hivernant en Camargue furent initiés par L. Hoffmann et J. Penot en 1955, avec pour objectif d’analyser les tendances démographiques à long terme. Sur la base d’un protocole standardisé, ces dénombrements ont été réalisés par Alain Tamisier, chercheur au CNRS, à partir de 1964 et jusqu’en 2002 [1]. Entre 2004 et 2013, c’est Michel Gauthier-Clerc, chercheur à la Tour du Valat, qui a effectué ces suivis. Depuis janvier 2014, les survols sont assurés par Jean-Baptiste Mouronval, actuellement chargé de mission au Syndicat Mixte de la Camargue Gardoise (SMCG). Les dénombrements sont co-financés par l’Office Français de la Biodiversité, la fondation Tour du Valat et le SMCG.

Si trois observateurs se sont succédé depuis plus de cinquante années, les techniques et modalités de dénombrement restent globalement les mêmes : une fois par mois, de septembre à mars, les marais et plans d’eau (plus de 180 unités de comptage actuellement) sont survolés à basse altitude (80 à 100 m) avec un aéronef léger se déplaçant à environ 180 km/h. Les oiseaux sont identifiés et leur nombre par espèce estimé instantanément, « à vue », habituellement sans recours au matériel optique ou photographique. Les données brutes sont enregistrées sur un dictaphone et dépouillées au retour. Le survol de la Camargue dure environ 5h30, hors temps de ravitaillement en carburant.

Survol d’anatidés © S. Befeld

b. À quoi servent les comptages aériens ?

D’une manière générale, les dénombrements d’avifaune permettent de mesurer l’état de conservation des espèces, dans le cadre par exemple de l’application de l’Accord pour la conservation des oiseaux d’eau migrateurs (AEWA [27]) ou de l’évaluation de la mise en œuvre de la directive européenne Oiseaux. Ils permettent également d’identifier pour les préserver les zones importantes pour la conservation des oiseaux d’eau. L’objectif des dénombrements aériens n’est donc pas d’obtenir des chiffres exacts, ni exhaustifs, mais bien de disposer d’un indice qu’on puisse comparer entre les années et les mois afin de dégager des tendances fiables d’évolution sur le long terme, en utilisant toujours la même méthode.

2. État des lieux des anatidés hivernants

a. Tendances

D’après les comptages aériens (Figure 1), l’effectif total des anatidés chassables en Camargue serait revenu au cours des 20 dernières années au niveau de celui des années 1980 et 1990, après une augmentation dans les années 2000. Des analyses sont en cours pour prendre en compte l’effet des changements d’observateurs qui ont eu lieu en 2004 et 2013.

Figure 1: Dénombrements aériens au mois de janvier. Noter que les dénombrements aériens de janvier 2003 et 2012 n’ont pas eu lieu.

 

Au cours des dernières années :

Figure 2: Dénombrements des oies cendrées au mois de janvier
Remise canards et flamants, décembre 2010 – Vaccarès © S. Befeld

Les tableaux de chasse sont largement en baisse en Camargue avec 80 000 canards prélevés dans les années 2000 contre environ 175 000 dans les années 1970 (même si les incertitudes concernant ces données sont très grandes). Les raisons de la baisse du tableau sont diverses et liées à une baisse de l’activité cynégétique du fait du raccourcissement de la période de chasse (qui couvraient 197 jours en 1980 contre 160 aujourd’hui) et de la diminution du nombre de chasseurs, aux hivers récents très doux (absence de coups de froid) et à l’abondance de nourriture liée en particulier aux pratiques d’agrainage et à la gestion des marais qui expliquerait que les canards se déplacent moins ou plus tard le soir, échappant ainsi à la pression de chasse.

b. Perspectives dans le contexte du changement climatique

Canard Pilet © T. Galewski

Le réchauffement climatique s’observe en Camargue, notamment avec des températures plus élevées et des précipitations moindres en août et septembre. Il est attendu que de plus en plus de canards migrateurs restent au nord de l’Europe et ne descendent plus hiverner jusqu’en Camargue en aussi grand nombre. C’est déjà le cas pour les sarcelles d’hiver, dont les effectifs hivernant sur les lacs de Champagne ont fortement augmenté ces dernières années. À l’inverse, l’augmentation observée des effectifs hivernants de pilets ou souchets en Camargue pourrait être due à un déplacement vers le nord d’oiseaux qui hivernaient jusque-là en Afrique. Du fait d’une moindre disponibilité de la ressource en eau douce par la diminution du débit du Rhône, la remontée du coin salé et d’entrées marines plus fréquentes, il est attendu une salinisation accrue du delta, qui ne sera sans doute pas favorable à l’alimentation des canards.

3. Conclusion

La diminution des effectifs de certaines espèces d’anatidés observées est souvent générale à toute la France voire l’Europe, et imputable à des causes climatiques ou de changements de pratiques à grande échelle. Cependant, la distribution des oiseaux a aussi profondément évolué à l’échelle du delta, du fait de l’évolution du statut foncier de certains sites (mises en réserve), de l’évolution des pratiques agricoles ou de changements dans la gestion de l’eau. Si certains ont le sentiment d’observer une diminution des effectifs d’oiseaux dans les marais qu’ils fréquentent, d’autres voient au contraire les nombres d’oiseaux augmenter. A ce titre la répartition des canards hivernants a fortement fluctué entre l’est et l’ouest de la Camargue au cours des 20 dernières années. Des analyses fines de l’évolution de cette distribution intra-camarguaise sont en cours dans le cadre du travail de thèse de David Vallecillo [23].

Enfin, les anatidés ne sont qu’une partie de la totalité des oiseaux d’eau, qui comprennent de nombreuses autres espèces dont une grande diversité niche au printemps en Camargue (hérons, spatules, laridés, limicoles, etc…). Tous ces oiseaux d’eau bénéficient à la fois des espaces protégés et des espaces exploités (marais de chasse, salins, rizières). Cette complémentarité de gestion explique sans doute les bons niveaux de populations toute l’année pour la plupart des espèces d’oiseaux d’eau, contrairement à d’autres espèces telles que les oiseaux des milieux agricoles, qui déclinent [5].

 

Contact : Jocelyn Champagnon, chargé de recherche (e-mail [29])

 

Références

  1. Tamisier A, Dehorter O. Camargue, canards et foulques. Centre Ornithologique du Gard; 1999.
  2. Folliot B. Dynamique des espèces exploitées : le cas du Fuligule milouin (Aythya ferina) dans le Paléarctique. PhD thesis, Université de Montpellier. 2018.
  3. Gaudard C, Quaintenne G, Deceuninck B, Ward A, Dronneau C, Dalloyau S. Synthèse des dénombrements d’anatidés et de foulques hivernant en France à la mi-janvier 2016. Rochefort: WI, LPO, DEB;
  4. Guillemain M, Champagnon J, Massez G, Pernollet CA, George T, Momerency A, et al. Becoming more sedentary? Changes in recovery positions of Mallard Anas platyrhynchos ringed in the Camargue, France, over the last 50 years. Wildfowl. 2015;65: 51–63.
  5. Galewski T, Devictor V. When Common Birds Became Rare: Historical Records Shed Light on Long-Term Responses of Bird Communities to Global Change in the Largest Wetland of France. PLOS ONE. 2016;11: e0165542. doi:10.1371/journal.pone.0165542 [30]

La pétition des scientifiques pour la rivière Vjosa remise au président albanais

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Le fleuve Vjosa, en Albanie, est l’un des fleuves les plus emblématiques d’Europe. Avec ses affluents, il forme le système fluvial le plus intact du continent en dehors de la Russie. Cependant, la Vjosa est menacée par la construction prévue de centrales hydroélectriques ainsi que par les plans de développement d’infrastructures près de l’embouchure du fleuve.

Les experts en paysages fluviaux de diverses disciplines scientifiques soulignent que les recherches récemment menées dans le bassin de la Vjosa suggèrent fortement qu’il est urgent de réévaluer soigneusement les risques posés par les projets hydroélectriques prévus à Kalivaçi et Poçemi.

En plus de la destruction d’écosystèmes uniques, selon des recherches récentes, ces projets :

Compte tenu de ces risques, ces scientifiques demandent instamment, par le biais d’une pétition, au gouvernement albanais, à savoir le Premier ministre Edi Rama, le ministre du tourisme et de l’environnement Blendi Klosi et la ministre des infrastructures et de l’énergie Belinda Balluku :

  1. de convenir d’une période de deux ans (2020/2021) pour un examen approfondi des plans actuels de développement de l’hydroélectricité dans le bassin de la rivière Vjosa ;
  2. d’explorer conjointement les options économiquement réalisables pour une « stratégie de la rivière Vjosa » durable dans le cadre du plan de gestion du bassin fluvial en cours d’élaboration ;
  3. d’établir une « table ronde scientifique sur la rivière Vjosa » impliquant des experts nationaux et internationaux afin de permettre une prise de décision éclairée sur les questions clés identifiées relatives au bassin hydrographique de la rivière Vjosa ;
  4. de suivre les engagements politiques et juridiques de l’Albanie pour respecter les conventions internationales ainsi que les exigences de l’UE.

Cette pétition des scientifiques pour la rivière Vjosa a été remise au président albanais, au chef du Parlement, au vice-ministre des infrastructures et de l’énergie ainsi qu’au médiateur à Tirana le 14 février.

Le président a souligné avec force son soutien à la protection du dernier fleuve sauvage d’Europe. Il a suggéré l’organisation d’une conférence scientifique internationale sous son égide, afin de discuter de l’importance de protéger la Vjosa des projets hydroélectriques. Le chef du Parlement a également promis de soutenir les preuves scientifiques avancées par les scientifiques.

Plusieurs scientifiques de la Tour du Valat étaient signataires de cette pétition.

© A. Olivier

 

De plus, trois scientifiques de la Tour du Valat y ont effectué un travail de terrain en mai 2019 afin d’améliorer les connaissances sur la biodiversité du bassin versant de la rivière Vjosa. Leur rapport fournit des informations sur les impacts que ces projets de barrages pourraient avoir sur la biodiversité. Un autre travail de terrain était initialement prévu au printemps.

 

 

 

Emys orbicularis © A. Olivier
Anguis graeca © A. Olivier
Lissotriton graecus © A. Olivier
Rana dalmatina © A. Olivier
© A. Olivier

Formation sur les solutions fondées sur la nature avec le projet ReNature à Malte

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Le projet ReNature (programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne) a proposé le 24 et 25 février 2020 une formation à Malte. Le thème de ce cours était les solutions basées sur la nature dans les zones rurales.

Les solutions fondées sur la nature (SfN) sont des solutions basées sur les écosystèmes qui répondent aux défis sociétaux de manière efficace et adaptable en termes de ressources et qui apportent simultanément des avantages économiques, sociaux et environnementaux. Elles constituent une priorité pour le programme de recherche et d’innovation de l’Union européenne.

©ReNature
Les participants de cette formation à Malte le 24 et 25 février 2020 ©ReNature

Avec l’aide d’intervenants des principales institutions européennes, les participants à la formation ont appris, à partir d’autres études de cas, comment appliquer les projets SfN dans les zones rurales. Les projets présentés vont de la conservation des pollinisateurs sauvages à l’importance des haies naturelles dans l’agriculture, en passant par l’évaluation des avantages non matériels pour les écosystèmes des zones naturelles protégées, etc.

Un aperçu des initiatives méditerranéennes en cours a été présenté, ainsi que leur méthodologie pour évaluer les différents projets SfN sur la base de la surveillance environnementale et des données socio-économiques.

 

 

Une représentante de la Tour du Valat, Lorena Segura, a parlé des expériences de la Tour du Valat en matière de solutions naturelles à l’élévation du niveau de la mer par la restauration des zones humides côtières (brochure téléchargeable plus bas).

 

 

ReNature établit une collaboration entre le Malta College of Arts, Science and Technology (MCAST) et des institutions de recherche internationales de référence d’autres États membres. Ce partenariat permet de stimuler l’échange de connaissances et de former une nouvelle génération de scientifiques et de professionnels autour d’un groupe émergent de solutions fondées sur la nature pour Malte.

Retrouvez plus d’informations sur le site. [31]

 

 

[32]

 

Téléchargez ici notre brochure sur les solutions fondées sur la nature, dans les anciens salins de Camargue. [32]

Les 20 ans du Parc Transfrontalier de Prespa

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2 lacs, 2 décennies de collaboration transfrontalière, plus de 2020 mesures prises pour la protection de Prespa

Prespa est reconnu comme l’un des lieux les plus importants pour la nature en Europe, en raison de ses anciens lacs et du fait qu’une si grande variété de formes de vie se trouve dans une zone relativement petite. Sa biodiversité rare est composée de centaines d’espèces d’oiseaux, de milliers d’espèces de plantes, de poissons endémiques, de mammifères rares et de types d’habitats inhabituels, des prairies humides au bord des lacs aux prairies subalpines des montagnes qui entourent les lacs. Cependant, Prespa a également une autre raison importante de se sentir fier. C’est le premier – et pendant longtemps le seul – endroit dans les Balkans en crise où les États et les peuples qui partagent la région ont construit des ponts afin de sauvegarder ses valeurs naturelles et culturelles et son développement durable. Cette coopération transfrontalière, malgré un environnement défavorable, s’est épanouie et a porté ses fruits depuis deux décennies maintenant.

Le 2 février 2020 a marqué le 20e anniversaire de la rencontre des Premiers ministres d’Albanie, de Grèce et de Macédoine du Nord à Agios Germanos et de la création du « Parc Transfrontalier de Prespa » par une déclaration commune, convenant que les trois pays feraient face à l’avenir en ayant des objectifs communs pour la protection du patrimoine naturel et culturel du bassin et son développement durable. La Convention internationale de Ramsar pour les zones humides et l’initiative MedWet ont accueilli cette étape avec enthousiasme et de nombreuses autres organisations internationales ont soutenu avec détermination l’effort fourni au cours des deux décennies qui ont suivi, car l’exemple du parc Prespa peut servir de modèle mondial. Pour en savoir plus. [33]

© J. Jalbert

La SPP (Society for the Protection of Prespa) [33] est un partenaire majeur de la Tour du Valat avec qui elle collabore sans interruption depuis plus de 30ans. La Tour du Valat a participé à une grande diversité de projets avec la SPP concernant le suivi des populations de pélicans nicheurs sur le lac, le suivi des populations de poissons, de la roselière et pour la mise en place de protocoles de suivis transfrontaliers. Dans le domaine de la gestion, la Tour du Valat a aidé à identifier des mesures de régulation de la pêche pour une exploitation durable de cette ressource naturelle par les pêcheurs locaux, participé à des expérimentations de gestion des roselières et des prairies humides, etc.

Efficacité des sites Ramsar pour protéger les oiseaux d’eau hivernants en Méditerranée

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Communiqué de presse

 

Arles, le 10 mars 2020

Une collaboration internationale impliquant des chercheurs de la Tour du Valat, l’Office Français de la Biodiversité (OFB), le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), le Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE), l’Institut Norvégien pour la Nature (Norwegian Institute for Nature Research, NINA) et des partenaires du Réseau « Oiseaux d’Eau Méditerranée » (ROEM) de différents pays méditerranéens a permis de mettre en évidence l’efficacité des sites Ramsar pour les oiseaux d’eau en terme d’accueil en Méditerranée. Cette étude vient d’être publiée dans la revue Biological Conservation.

Bien que la conservation biologique repose sur des accords internationaux, son efficacité dépend de la manière dont les pays mettent en œuvre ces recommandations en tant qu’outils de conservation efficaces.

La Convention de Ramsar est le plus ancien traité international pour la conservation des zones humides et des oiseaux d’eau, établissant le plus grand réseau de zones protégées au monde. Toutefois, comme elle ne constitue pas une mesure obligatoire, son efficacité pour protéger les populations d’oiseaux d’eau hivernants à l’échelle internationale a été mise en doute.

Dans cette étude, des données de comptage à long terme (1991-2012) sont utilisées pour évaluer l’efficacité de la Convention de Ramsar dans le bassin méditerranéen. L’abondance et les tendances temporelles de 114 espèces d’oiseaux d’eau entre 251 zones humides Ramsar et 3 486 zones humides non Ramsar ont été comparées. Il en ressort que le réseau Ramsar est essentiel pour les oiseaux d’eau hivernant, concentrant près de la moitié de tous les oiseaux d’eau recensés dans le bassin méditerranéen dans seulement 7 % des zones humides surveillées. Les tendances des oiseaux d’eau ont suivi un gradient nord-ouest-sud-est, avec une diminution de la population à l’est. Un effet Ramsar significatif et positif sur les tendances des populations n’a été constaté que pour les espèces dont la conservation est plus préoccupante au Maghreb, en particulier lorsqu’un plan de gestion a été mis en œuvre. La Convention de Ramsar était auparavant utilisée pour de très importantes zones humides pour les oiseaux d’eau en Europe du Sud, mais elle est maintenant un outil de conservation sous-utilisé.

Cette étude suggère des faiblesses dans l’utilisation de la convention Ramsar en tant qu’outil de conservation efficace dans la majeure partie du bassin méditerranéen. Cependant, l’efficacité de la Convention de Ramsar pour améliorer les populations d’oiseaux d’eau au Maghreb devrait encourager son renforcement. Cela devrait être fait en particulier dans les pays ayant une législation environnementale limitée et par la mise en œuvre systématique de plans de gestion.

REFERENCE

E. Gaget, [34]I. Le Viol, D. Pavón-Jordán, V. Cazalis, C. Kerbiriou, F. Jiguet, N. Popoff, L. Dami, J.Y. Mondain-Monval, P. Defos du Rau, W.A.I. Abdou, L. Bozic, M. Dakki, V.M.F. Encarnação, K. Erciyas-Yavuz, K.S. Etayeb, B. Molina, N. Petkov, D. Uzunova, M. Zenatello and T. Galewski. 2020. Assessing the effectiveness of the Ramsar Convention in preserving wintering waterbirds in the Mediterranean Biological Conservation. 243 (online February 2020). https://doi.org/10.1016/j.biocon.2020.108485 [35]

 

Tour du Valat

La Tour du Valat est un institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes créé il y a plus de 65 ans par Luc Hoffmann. Il a développé ses activités de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes avec le souci constant de réconcilier l’homme et la nature. Convaincue que la préservation des zones humides ne sera possible que si activités humaines et protection du patrimoine naturel vont de pair, la Tour du Valat développe depuis de nombreuses années des programmes de recherche et de gestion intégrée qui favorisent les échanges entre utilisateurs et scientifiques des zones humides, mobilise une communauté d’acteurs et promeut les bénéfices des zones humides auprès des décideurs et des acteurs socio-économiques. www.tourduvalat.org [36]

Suivez-nous sur Twitter @TourduValat

CONTACTS PRESSE

Muriel ARCAUTE-GEVREY, chargée de communication : 04 90 97 63 75 – [email protected] [37]

Thomas GALEWSKI, chargé de recherche : 04 90 97 29 78 – [email protected] [38]

Elie GAGET, chercheur : [email protected] [39]

Bilan 2019 du comptage annuel des oiseaux d’eau en France

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Coordonné en France par la LPO [22] pour le compte de Wetlands International au niveau international, ce comptage, démarré en 1967 pour les anatidés et les foulques puis étendu à un plus grand nombre d’espèces, permet chaque année d’évaluer de façon participative l’état et la progression des populations d’oiseaux d’eau sur les cinq continents.

Ce comptage est toujours effectué autour de la mi-janvier, période à laquelle les oiseaux d’eau de l’hémisphère nord se trouvent majoritairement sur leurs sites d’hivernage, où leur concentration permet un dénombrement aisé.

En France, à la mi-janvier 2019 ce sont ainsi plus de 1500 compteurs bénévoles de qui ont participé au dénombrement des oiseaux d’eau, dans plus de 500 zones humides réparties sur l’ensemble du territoire.

 

 

 

 

 

Quelques résultats

Un total de 2 704 291 oiseaux d’eau a été recensé lors de cette dernière édition des comptages Wetlands International en France métropolitaine.

Sur le long-terme (1967-2019), le nombre d’oiseaux d’eau dénombrés sur le territoire français présente une tendance globalement positive (pour 68% des espèces, stable pour 13%), qui semble pourtant se ralentir. Sur les dix dernières années, 31% des espèces augmentent, 27% sont stables et 20% sont en déclin.

2019 est une année record pour les Ardéidés, la Spatule blanche ou encore la Cigogne blanche dont les populations sont en constante progression. A l’inverse, les effectifs recensés de Bécasseaux sanderling, de Bécasseau maubèche et de Tournepierre à collier ont été particulièrement bas.

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