- Tour du Valat - https://tourduvalat.org -

327 poussins de flamants roses bagués sur les salins d’Aigues-Mortes !

Du jamais vu sur les salins d’Aigues-Mortes : plus de 20 000 couples de flamants roses ont investi cette année ce site en Camargue gardoise, pour se reproduire ! Belle récompense des efforts consentis par le groupe Salins, qui s’est mobilisé pour que les conditions y soient particulièrement favorables. Les salins se révèlent être une mosaïque de milieux naturels d’une grande richesse biologique.

Aujourd’hui plus de 12 000 poussins flamants sont nés. La Tour du Valat a dirigé ce 5 août en partenariat avec le Groupe Salins, une opération exceptionnelle et délicate : le baguage de 300 poussins. Cette année, du fait de la situation sanitaire, l’opération de baguage avait un format particulier. Seule une vingtaine de bénévoles (au lieu des 180 habituels), encadrés par le personnel scientifique de la Tour du Valat, y ont participé à l’aube. Cette opération permet d’améliorer la connaissance de cet oiseau emblématique de la Camargue.

Baguage des flamants roses le 5 août 2020 © Fabrice Pavanello

Le baguage, une étape essentielle pour l’étude des flamants

Le baguage consiste à équiper chaque poussin d’une bague en plastique sur laquelle est gravé un code unique, lisible à distance. Les poussins, rassemblés en « crèche », sont encerclés par les bénévoles et rabattus vers un enclos où ils sont alors pris en charge pour être bagués, pesés et mesurés. Chaque poussin est ensuite relâché dans l’étang où il rejoint la crèche.

Ces bagues, régulièrement lues par des ornithologues tout autour du bassin méditerranéen, constituent une mine de renseignements en permettant d’étudier les déplacements de chaque flamant et de connaître sa durée de vie, la fréquence de ses reproductions, ses sites de reproduction et d’alimentation, etc.

Un programme de recherche à long terme pour faire les bons choix de gestion

Le baguage fait partie d’un programme d’études initié dès la création de la Tour du Valat en 1954, et fortement structuré à partir de 1977 avec le marquage annuel de plusieurs centaines de poussins. Ce programme est aujourd’hui mené conjointement en France, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Algérie et en Mauritanie dans le cadre d’un réseau international. Plus de 700 000 lectures de bagues aux quatre coins du bassin méditerranéen ont ainsi permis de mieux connaître le comportement de cette espèce étonnante, et d’adopter les mesures de conservation adéquates. Grâce à l’action conjuguée des chercheurs et des gestionnaires des zones humides, les populations de flamants roses ont aujourd’hui atteint un niveau satisfaisant pour la sauvegarde de l’espèce.

Les flamants roses, ambassadeurs des zones humides

Lagunes, estuaires, deltas, marais, lacs, étangs, rivières… Les zones humides sont parmi les milieux les plus productifs du monde et fournissent des ressources et des services essentiels. Ce sont aussi d’inestimables réservoirs de biodiversité. Pourtant ces 50 dernières années, près de 50 % des zones humides du bassin méditerranéen ont été détruites. Les pressions sont particulièrement fortes sur les zones humides littorales, lieu de vie des flamants roses. Ces oiseaux emblématiques, inféodés aux lagunes peu profondes d’eau saumâtre et salée, affectionnent particulièrement les salins. Ils restent donc une espèce vulnérable, la plupart des zones humides dont ils dépendent étant menacées.

Poursuivre l’aventure en parrainant un Flamant rose

Le parrainage, c’est un moyen original et ludique pour mieux connaitre les flamants roses tout en aidant à leur sauvegarde et en protégeant les milieux humides qu’ils affectionnent tant ! Un parrainage se traduit par une participation directe à l’étude et à la protection des flamants roses en finançant entre autres les activités de suivi des populations ainsi que l’achat du matériel nécessaire pour les observateurs d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient. Devenir parrain ou marraine, permet d’être informé des déplacements de son filleul quand il est aperçu et de recevoir régulièrement des nouvelles des colonies voisines, des vidéos et de belles photos de flamants roses.

➡️ En savoir plus sur le Parrainage [1]

Reportage France 3 lors du baguage du 5 août 2020

Démoustication et biodiversité des zones humides en images

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments

Est-il possible de démoustiquer sans impacter de manière importante la biodiversité ? C’est par le biais d’un brillant court métrage d’animation qu’un groupe d’élèves de l’école MoPA [2] répond à cette question.

Ce court métrage a été réalisé par les élèves de l’école du film d’animation MoPA [2] d’Arles (Axel Sence, Florian Gomes Freitas, Adèle Sypatayeva et Benjamin Guigues) en partenariat pédagogique avec la Tour du Valat.

Pour en savoir plus le projet en cours à la Tour du Valat sur l’impact de la démoustication en Camargue, n’hésitez pas à visiter la page le concernant [3], mais également les derniers résultats [4] des recherches en cours suite à dix ans d’étude à l’échelle européenne et internationale. Un dossier thématique [5] sur l’impact de l’utilisation du Bti a récemment été publié. Enfin, vous pouvez également télécharger le papier de positionnement [6] de la Tour du Valat à ce sujet.

Avec la Tour du Valat, soutenez les actions en faveur des zones humides. Chacun de vos dons, même modeste, peut faire une différence !

Ils nous permettent de poursuivre et d’intensifier nos efforts de recherche pour sauvegarder la nature.

La Tour du Valat agit au quotidien pour préserver ces espaces entre terre et eau, foisonnants de biodiversité… et pourtant les plus menacés de la planète.

Pour nous aider vous pouvez faire un don en cliquant ici [7] !

 

Contact : Brigitte Poulin,  [8]responsable du département Écosystèmes – e-mail [9]

La cistude, boîte noire de l’environnement

Publié par mgevrey le Non classifié(e) | No Comments

Les polluants sont dorénavant partout, même dans les endroits les plus isolés du globe. La Camargue n’échappe malheureusement pas à la règle. La cistude d’Europe (Emys orbicularis), petite tortue aquatique indigène, possède toutes les caractéristiques pour constituer une excellente espèce sentinelle de la contamination des milieux aquatiques de Camargue.

L’excellent court métrage d’animation produit par un groupe d’élèves de l’école MoPA relate l’étude actuellement menée en Camargue sur l’impact des polluants sur la Cistude d’Europe [10].

L’impact des polluants sur la santé humaine et l’environnement est devenu un sujet d’actualité brulant. Les polluants sont dorénavant partout, même dans les endroits les plus isolés du globe, comme les pôles ou les fosses océaniques.

Zone humide mondialement (re)connue, multi labellisée et bénéficiant d’outils de protection très forts, la Camargue n’échappe malheureusement pas à la règle. En effet, le delta du Rhône est le réceptacle de polluants d’origine agricoles (pesticides, antiparasitaires…), industriels (éléments traces métalliques, HAP, dioxine…), charriés par le Rhône (PCB, macro-déchets) ou encore atmosphériques (particules fines, ozone..). Si le niveau élevé de contamination est désormais connu, les effets de la pollution sont souvent beaucoup plus difficiles à établir sur des organismes vivants en conditions naturelles.

Ce court métrage a été réalisé par les élèves de l’école du film d’animation MoPA [2] d’Arles (Baptiste Duchamps, Maxime Foltzer, Robin Beltran, Swann Valenza et Julien Coetto) en partenariat pédagogique avec la Tour du Valat.

La « team cistude » de l’école MoPA a produit cette vidéo qui relate l’étude actuellement menée en Camargue sur l’impact des polluants sur la Cistude d’Europe [10] (Emys orbicularis). Cette petite tortue aquatique indigène possède toutes les caractéristiques pour constituer une excellente espèce sentinelle de la contamination des milieux aquatiques de Camargue.

L’espèce possède :

  1. une grande longévité (50 à 80 ans),
  2. elle vit et s’alimente dans les milieux aquatiques,
  3. et se situe plutôt en fin de chaine alimentaire.

Les centaines de prises de sang réalisées au cours des trois dernières années vont nous permettre de mesurer précisément les niveaux de contamination des différentes catégories de polluants (PCB, pesticide organochlorés, éléments traces métalliques, pesticides actuellement utilisées…) présents dans le sang des Cistudes.

L’importante base de données accumulée sans interruption sur cette espèce depuis 1997 par la Tour du Valat dans le cadre d’une étude de Capture-Marquage-Recapture (10000 observations de plus 1400 individus marqués) associée à des mesures en lien avec la santé des individus (stress oxydatif, télomères, coloration….) vont nous permettre d’évaluer la gravité de la menace. Leur analyse réserve certainement son lot de surprises….

L’amélioration des connaissances sur l’impact des polluants est un des principaux objectifs du deuxième Plan National d’Actions dont va bénéficier cette espèce protégée toujours considérée comme menacée.

Cette étude menée en collaboration étroite entre la Tour du Valat, le CEBC-CNRS, l’EPHE Jussieu, l’université de la Rochelle et l’université d’Ottawa (Canada) est financée par l’agence de l’eau RMC.

Avec la Tour du Valat, soutenez les actions en faveur des zones humides. Chacun de vos dons, même modeste, peut faire une différence !

Ils nous permettent de poursuivre et d’intensifier nos efforts de recherche pour sauvegarder la nature.

La Tour du Valat agit au quotidien pour préserver ces espaces entre terre et eau, foisonnants de biodiversité… et pourtant les plus menacés de la planète.

Pour nous aider vous pouvez faire un don ciblé à nos études sur les cistudes en cliquant ici [7] !

Avec 100 € par exemple, vous financerez notre programme de suivi de la qualité de l’eau et des cistudes.

 

Contact : Anthony Olivier [11], Garde-technicien à la Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat – e-mail [12].

Les bactéries antibiorésistantes s’animent !

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments

L’émergence des bactéries antibiorésistantes représente un enjeu majeur de santé publique. Grâce à leur regard créatif les élèves de l’école MoPA [2] nous montrent comment l’étude de la faune sauvage peut permettre de mieux comprendre la dynamique de ces bactéries.

En effet il existe de nombreuses voies d’échanges entre populations humaines, élevages et écosystèmes naturels qui doivent être mieux connues et prises en compte pour faire face au défi du contrôle de l’antibiorésistance.

Ce court métrage a été réalisé par les élèves de l’école du film d’animation MoPA [2] d’Arles (Maud Grainger, Amélie Devauchelle, Quentin Devred, Clémence Fischbach, Victoria Leviaux et Juliette Michel) en partenariat pédagogique avec la Tour du Valat.

On peut y voir l’illustration d’une réalité beaucoup plus générale qui nous a malheureusement été récemment rappelée : notre santé est étroitement liée à celle des écosystèmes et de la faune sauvage.

Cette réalité est résumée par le concept « One Health », en français « un Monde, une seule Santé » qui se base sur ces liens étroits également partagés avec la santé des animaux domestiques pour rappeler qu’il est nécessaire de prendre en compte conjointement, humains, élevages et écosystèmes pour préserver la santé de tous.

La Tour du Valat s’est inscrite dans cette démarche dès 2005 et poursuit depuis son travail dans cette voie en se basant sur ses études à long terme pour étudier différents pathogènes, des virus des grippes aviaires (pour en savoir plus : Étude des liens entre hydrologie et agents pathogènes [13]) aux bactéries antibiorésistantes (pour en savoir plus sur le projet antiobioresistances dans la faune sauvage [14]) en passant par la grande douve du foie (pour en savoir plus sur le projet dynamique de la fasciolose en Camargue [15]).

L’objectif commun de ces études est de contribuer à mieux comprendre la circulation de ces pathogènes pour identifier des façons de limiter leurs impacts qui soient compatibles avec la conservation des écosystèmes, et en particulier des zones humides.

Avec la Tour du Valat, soutenez les actions en faveur des zones humides. Chacun de vos dons, même modeste, peut faire une différence !

Ils nous permettent de poursuivre et d’intensifier nos efforts de recherche pour sauvegarder la nature.

La Tour du Valat agit au quotidien pour préserver ces espaces entre terre et eau, foisonnants de biodiversité… et pourtant les plus menacés de la planète.

Pour nous aider vous pouvez faire un don ciblé à nos études en écologie de la santé en cliquant ici [7] !

Avec 75€ nous pourrons par exemple effectuer un prélèvement cloacal sur un oiseau et l’analyser afin de déterminer quels pathogènes y sont présents parmi ceux que nous étudions.

Contact : Marion Vittecoq [16], chargée de recherche écologie de la santé- e-mail [17]

 

Nouvel article – Interdiction du plomb de chasse, une difficile mise en œuvre

Publié par mgevrey le Publications | No Comments
Grenailles de plomb © L. Burkart

Dans le dernier numéro d’Espaces naturels [18] (n°71, juillet-septembre 2020), un article co-rédigé par Anthony Olivier, garde-technicien à la Réserve naturelle régionale de Tour du Valat, avec Jean-Yves Mondain-Monval et Olivier Cardoso, vient d’être publié sur la difficile mise en œuvre de l’interdiction du plomb de chasse dans les zones humides.

Pourtant le plomb est un métal très toxique dont les effets néfastes sur les animaux ont été démontrés.

 

 

Les récoltes de douilles après la saison de chasse en bordure de la Réserve naturelle de la Tour du Valat en Camargue montrent que 55 % des munitions utilisées sont encore au plomb, 15 ans après leur interdiction (cf. graphe ci-dessous).

Évolution de la proportion de munitions au plomb et munitions alternatives, récoltées entre 2008 et 2020 sur des terrains communaux attenant à la Réserve naturelle de la Tour du Valat en Camargue.

Les auteurs expliquent cette résistance au changement notamment par la crainte d’un tir moins efficace (et plus blessant), par le coût supérieur des munitions alternatives et par le scepticisme de certains pratiquants mal informés quant à la réalité du saturnisme.

Sarcelle d’hiver © Tour du Valat

Pour arriver à un changement de pratique, les auteurs proposent :

 

Contact : Anthony Olivier [11], Garde-technicien à la Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat – e-mail [12].

 

Zones humides côtières en Méditerranée et crise climatique

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments

Quinze organisations se sont associées en 2017 sous le nom d’Off Your Map [19], pour traiter de manière commune la question de la conservation des zones humides côtières en Méditerranée.

Elles présentent dans une nouvelle publication leurs travaux communs novateurs pour la préservation et la restauration des zones humides côtières en Méditerranée.

 

 

Off Your Map est une collaboration entre 15 partenaires, avec le financement et le soutien de la Fondation MAVA [20], coordonnée par MedWet [21].

Elle sensibilise au rôle essentiel que jouent les zones humides côtières en tant que solutions fondées sur la nature résilientes dans la lutte contre le changement climatique et plaide pour une conservation plus efficace de ces habitats.

La nouvelle publication d’Off Your Map est intitulée « Zones humides côtières et crise climatique : Pourquoi la Méditerranée a besoin des solutions fondées sur la nature » [22]. Elle explique pourquoi nous avons plus que jamais besoin de ces zones humides côtières notamment en ce qui concerne le changement climatique.

 

 

 

 

 

 

Ce résultat est le fruit d’une collaboration réussie entre ONG partageant des thématiques de travail similaires.

Urbanisation et zones humides : le cas de Sebkhet Sejoumi (Tunisie)

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments
Sebkhat Sejoumi ©H. Azafzaf

Sebkhet Sejoumi est une zone humide d’une grande valeur écologique en plein milieu urbain (banlieue sud-ouest du Grand Tunis). Son importance, notamment pour les oiseaux d’eau migrateurs, a été reconnue par l’attribution de plusieurs statuts internationaux : Zone Humide d’Importance Internationale (Convention Ramsar), Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO) et Zone Clés pour la Biodiversité (ZCB). C’est également le 4ème le plus important site pour l’hivernage des oiseaux d’eau dans toute l’Afrique du Nord (Sayoud et al., 2017).

Cet écosystème humide, dont la plupart des fonctions naturelles sont encore préservées à ce jour malgré les nombreuses dégradations subies, offre également de multiples services aux populations riveraines : protection contre les crues, pâturage, collecte de fourrage, atténuation de certains effets liés au changement climatique, ou encore des services récréatifs. La zone humide de Sebkhet Sejoumi se place donc, de facto, parmi les sites naturels prioritaires pour la conservation en Tunisie.

Un territoire fortement anthropisé et en perpétuel mouvement

L’analyse, par l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes [23] de la Tour du Valat (OZHM/TdV), des dynamiques spatiales de la zone humide et de son bassin versant, à l’aide d’images satellites couvrant les 30 dernières années, révèle que l’eau de surface de la sebkha a considérablement diminué depuis la fin des années 80 et que celle-ci s’asséchait fortement (Figure 1). Ces changements semblent être directement liés au système de pompage automatique, mis en place par les autorités publiques à partir de 2004, comme réponse au problème des inondations répétées touchant certains quartiers riverains de Sebkhet Sejoumi.

Figure 1 : Images satellites montrant l’évolution de l’eau de surface au sein de Sebkhet Sejoumi entre 1987 (en haut à gauche), 2000 (en haut à droite), 2010 (en bas à gauche) et 2018 (en bas à droite). Les quatre images sont issues des séries chronologiques Landsat et Sentinel-2 ont été prises au mois de juin.

Néanmoins, des questions subsistent encore quant à l’impact de ce mécanisme sur les autres compartiments écosystémiques de Sebkhet Sejoumi (ex. sa biodiversité), sur son efficacité réelle et, au-delà de cela, sur le fait de savoir si d’autres solutions (notamment celles basées sur la Nature) peuvent être apportées. En effet, sur cette dernière question en particulier, les analyses des données d’Observation de la Terre (OT) montrent aussi que la récurrence des inondations, ainsi que les dégâts importants qu’elles provoquent, sont surtout une conséquence directe d’un développement urbain rapide et mal planifié dans l’ensemble du bassin versant. Le fait est que, durant les trois dernières décennies, l’urbanisation a grignoté des centaines d’hectares de terres arables et de milieux naturels, le plus souvent dans les plaines fortement inondables, ceinturant les rives nord et ouest de la sebkha et qui n’auraient jamais dues être construites ni abriter des populations humaines (Figure 2).

Figure 2 : Cartes des dynamiques spatiales des enjeux socio-économiques face aux risques de crue (1987 à gauche et 2018 à droite)

Quelles réponses à apporter ?

Malheureusement, l’expansion urbaine, la pollution et les remblaiements (la sebkha aurait perdu 20% de ses habitats humides naturels entre 1987 et 2018) continuent dans le silence, tandis que les locaux considèrent encore la zone humide à l’origine des inondations, des nuisances olfactives et des moustiques.

De plus, avec l’augmentation rapide de la démographie, une urgence socio-économique est apparue ces dernières années, poussant à l’élaboration d’un Plan d’Aménagement et de Valorisation du site (PAV). Ce dernier est en passe d’être évalué par les autorités compétentes, notamment pour ses impacts sur l’environnement et la biodiversité. Cependant, il est important de souligner que, dans sa forme actuelle, il semble totalement inadapté à la hauteur des enjeux identifiés et met dangereusement en péril le caractère écologique exceptionnel de la sebkha.

En effet, selon les récentes études menées par la TdV, avec l’appui de ses partenaires locaux (l’association Réseau Enfants de la Terre et celle des Amis des Oiseaux) et de MedWet [24], les propositions d’aménagement à apporter devraient être moins centrées sur la sebkha elle-même, mais davantage orientées vers une meilleure gouvernance du territoire à l’échelle de l’ensemble du bassin versant, avec un contrôle plus rigoureux de l’urbanisation et une amélioration significative de la gestion de l’eau en amont. Celles-ci recommandent donc de :

Contact : Anis Guelmami [25], Chef de projet à l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes (OZHM) – (e-mail [26])

Confirmation de la présence de la Marouette de Baillon sur la Réserve Naturelle Régionale de la Tour du Valat

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments
Marouette de Baillon ©D. Cohez & J. Birard

La Marouette de Baillon (Porzana pusilla) est un petit oiseau de la famille des rallidés, occupant divers marais à végétation plutôt basse mais dense. Sa répartition géographique est assez large mais en France, c’est un nicheur très rare, classé en danger critique d’extinction sur la liste rouge UICN des oiseaux nicheurs de France.

 

Après la découverte d’un nid sur la Tour du Valat en 2003 [27] dans des milieux très similaires à ceux occupés en Espagne, nous suspections sa présence plus régulière sur le site. Ainsi des prospections avaient été réalisées pour tenter de la détecter mais la grande discrétion de ce petit oiseau de la taille d’un étourneau et son chant ne portant qu’à faible distance et ressemblant fortement aux chants de certaines grenouilles vertes rendent sa détection très problématique.

Dans les marais de la réserve notamment, les premières écoutes crépusculaires ont permis de s’apercevoir qu’il était illusoire d’espérer entendre une marouette au milieu des chœurs de rainettes et de grenouilles vertes, abondantes dans nos marais. Aussi, en 2015, année avec des niveaux d’eau favorables, une écoute au cœur de la nuit, période où les grenouilles sont moins actives, avait permis d’entendre chanter un oiseau.

Marouette de Baillon ©D. Cohez & J. Birard

Aussi ce printemps, après plusieurs cris d’oiseaux enregistrés au-dessus d’Arles par Julien Birard et un oiseau entendu sur la Tour du Valat lors d’un suivi butor en début de saison, nous avons donc entrepris de réaliser des prospections ciblées dans les scirpaies de la Tour du Valat, au cœur de la nuit. En parallèle, un enregistreur automatique, acquis à cet effet grâce à un soutien de la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, a été installé sur différents marais du site pour tenter de détecter plus facilement les manifestations vocales de l’espèce.

 

 

 

 

Les milieux occupés sont à peu près tous des mares ou marais à Scirpe maritime Bolboschoenus maritimus avec quelques Roseaux Phragmites australis, le niveau d’eau est variable (20 à 40 cm).

©D. Cohez et J. Birard
©D. Cohez et J. Birard

Le résultat va bien au-delà de nos espérances. Les différentes prospections et enregistrements ont permis de détecter à minima 15 à 16 oiseaux différents sur au moins six marais de la réserve.

 

Les prospections se sont déroulés entre 0h et 4h, en parcourant à faible allure les scirpaies et en cherchant activement à la lampe dans la végétation. De temps à autre, une repasse était utilisée afin de stimuler les oiseaux. Outre les vocalises détectées (chant et divers cris), quelques oiseaux ont été observés, soit se faufilant dans la végétation, soit s’envolant à nos pieds. Deux oiseaux ont même été capturés (et relâchés bien sûr) à la main.

 

Contacts :

Damien Cohez [28] – Conservateur de la Réserve naturelle régionale & adjoint au directeur du domaine

Julien Birard [29]

Découvrez les excellentes nouvelles cuvées du domaine du Petit Saint-Jean !

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments

La Tour du Valat est heureuse de vous présenter ses sept nouvelles cuvées issues de la récolte 2019 de son domaine du Petit Saint-Jean, en Camargue gardoise. Cinq sont déjà disponibles à la vente : deux vins rosés, un vin blanc et deux vins rouges.

Les quantités sont limitées, ne tardez pas à passer commande !

Sur ce domaine qu’elle gère depuis 2012, la Tour du Valat a pour ambition de développer un projet de gestion conservatoire intégrant un système agricole productif, durable et autonome, qui s’appuie sur les principes de l’agroécologie et de l’agroforesterie, et cherche à développer les synergies avec les milieux naturels et notamment les zones humides.

Les vins sont issus de petites parcelles de vignes cultivées avec une grande attention :

Pour en savoir plus sur le projet. [30]

Cette année le domaine du Petit Saint-Jean a dévoilé son nouveau logo et les 7 nouveaux visuels de ses étiquettes de vin.

« Des cépages originaux assemblés avec talent »

Tempranillo, Sangiovese, Malbec, Marsanne… Il y en a pour tous les goûts !

Les deux vins rosés sont déjà à la vente. Le premier est très clair sur une base de Grenache gris auquel s’ajoute une touche de rosé d’une nuit de Tempranillo pour former un vin original, frais et fleuri. Le second est plein de gourmandise, d’un rose soutenu avec des notes colorées de coquelicots, fruité et tout en douceur.

Le vin blanc actuellement disponible est un pur Grenache gris vinifié en blanc, vin frais et salin comme le vent d’ici, le Marin blanc. Un pur Marsanne sera découvrir à l’automne (avec un élevage en barriques).

La cuvée des Montilles est un assemblage de trois cépages, Merlot, Marselan et Sangiovese. C’est un vin rouge fruité, souple et plein de gourmandise. Le deuxième vin rouge disponible est un assemblage de Tempranillo et Sangiovese donnant un vin au caractère élégant, mêlant les arômes de tabac, cacao et fruits rouges. Un Malbec, élevé en barriques, mêlant force et caractère sera disponible cet automne.

 

Pour découvrir en détail l’ensemble de nos vins et leurs tarifs, vous pouvez vous rendre sur la page qui leur est dédiée [31].

 

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Démoustication : le Bti, entre science et industrie – Questions à Danièle Dugré et Christiane Bernier

Publié par mgevrey le Dossier de newsletter | No Comments

Danièle Dugré est coordinatrice de la Coalition Biodiversité : Non au Bti [32], un collectif québécois qui s’est donné comme but d’éclairer les citoyens sur l’épandage du Bti comme contrôle d’insectes piqueurs.

Elle répond aux questions de la Tour du Valat concernant le Bti et la démoustication, avec Christiane Bernier, responsable régionale du groupe de la Mauricie.

  1. Quelle activité de protection de l’environnement menez-vous au Québec ?

La coalition est composée de plusieurs groupes régionaux de citoyens qui luttent contre l’arrosage ou la pulvérisation du Bti au Québec. Le Bti est utilisé depuis des dizaines d’années au Québec sans aucune nécessité sanitaire. Officiellement, 50 municipalités appliquent un programme de contrôle d’insectes piqueurs que pour des raisons de confort, dont d’ailleurs plusieurs régions touristiques. Ce dossier n’était pas du tout connu du grand public. Pour la première fois au Québec, en 2019, des citoyens de la région des Hautes-Laurentides ont sonné l’alarme dans les réseaux sociaux car ils ne voulaient pas que la biodiversité de leur région soit perturbée ou détruite en partie par le Bti. Il y a eu par la suite un effet boule de neige et nous comptons désormais des groupes très actifs dans plusieurs régions du Québec qui informent la population sur les impacts du Bti sur l’environnement et qui l’incitent à refuser le Bti. Notre travail est donc de sensibiliser les citoyens, les journalistes, les élus municipaux, les scientifiques, les politiciens en les informant et démontrant que le Bti a des impacts négatifs sur la biodiversité contrairement à ce qui est véhiculé par l’industrie. Nous voulons également que le gouvernement exige que le principe de précaution soit appliqué.

  1. Comment avez-vous pris connaissance des travaux de la Tour du Valat sur la démoustication et en quoi vous ont-ils été utiles ?

Suite à nos premières questions à savoir ce que voulait dire « contrôle biologique » au Bti (au Québec, on utilise plutôt ce terme que le mot « démoustication »), nous avons fait des recherches dans les médias sociaux et avons trouvé votre site Web. Toutes vos publications sur le Bti nous ont appris ce qu’était vraiment cet insecticide et nous ont aidé à nous former pour mieux expliquer les enjeux de son utilisation. Puisqu’il n’y a aucune étude réalisée aujourd’hui sur l’impact du Bti au Québec, nous sommes extrêmement reconnaissants d’avoir eu à notre disposition des données scientifiques provenant d’un organisme indépendant et neutre. Jusqu`à maintenant, au Québec, comme ailleurs aussi, l’information sur le Bti provenait des compagnies qui le vendent et l’appliquent ! Il était temps que cela change. Donc, vos travaux sont d’une pertinence essentielle pour nous et une source d’inspiration ! Même une grande majorité de nos scientifiques québécois en auraient besoin.

C’est la conférence sur le Bti à Montréal de Brigitte Poulin (le 05.06.2019) qui a attiré l’attention de Christiane Bernier sur cet insecticide, donc sur la Tour du Valat : « Je ne pouvais pas croire que je n’avais jamais entendu parler de ce produit qui est épandu dans ma ville, que les citoyens payent pour cela et qu’ils n’ont jamais été consultés à ce sujet, à part un sondage en 2005. Un sondage qui montrait un manque d’intérêt de la population, mais le programme de contrôle des insectes piqueurs à quand-même débuté en 2008 en catimini ».

  1. Est-ce important selon vous que les chercheurs consacrent du temps à la vulgarisation scientifique ?

Oui, il est extrêmement important que tout le monde puisse comprendre de quoi on parle quand on explique où et comment agit le Bti. Nous nous adressons surtout à un grand public, donc non-scientifique, qui a en général très peu de connaissances techniques et scientifiques des larvicides et des milieux où ils sont utilisés. La vulgarisation scientifique est la base d’une communication adaptée à des gens concernés, qui souvent, n’ont jamais eu à se préoccuper des impacts d’un insecticide sur leur environnement immédiat.

Vulgariser la science est primordial. De plus en plus, au Québec, on parle d’acceptabilité sociale. Pour avoir l’acceptabilité sociale d’un projet, il faut consulter la population. Et pour que la population prenne une bonne décision, il faut qu’elle connaisse les enjeux du projet. Comme la majorité de la population n’a pas de formation scientifique, il faut rendre l’information à sa base. Simple et court. C’est à ce moment que les décisions pour le bien commun se prennent.

Il y a aussi le manque cruel de temps, les gens ont peu de temps à consacrer à un sujet, et diable qu’il y en a des sujets à creuser. Lire des études complexes, souvent en anglais, peut s’avérer ardu pour le commun des mortels.

  1. Quels sont, selon votre expérience les outils les plus efficaces pour rendre les résultats de la recherche accessible au plus grand nombre ?

Nous pensons que de nos jours, il faut adapter notre communication aux réseaux sociaux avec de jolis photos d’oiseaux, de libellules, etc., avec des petits montages vidéos très courts, avec des graphiques et surtout de courts articles faciles à comprendre. Nous sommes en train de faire une brochure que nous voulons distribuer dans les régions touchées et essayons le plus possible de présenter l’information nécessaire en quelques mots et avec plusieurs images. De plus, nous pensons qu’il serait également pertinent d’offrir régulièrement dans les réseaux sociaux des webinaires informatifs de courte durée pour le public non-scientifique et d’autres plus exhaustifs pour un public sensibilisé et plus scientifique. Il serait également nécessaire d’envoyer régulièrement des communiqués de presse à la presse spécialisée tout comme aux journaux plus généraux. Avec ces communiqués de presse, nous pourrions plus vite réagir à tous ces articles produits par l’industrie du Bti qui ne cherchent qu’à faire peur à la population. L’idéal serait d’avoir une banque de données internationales avec des communiqués, d’articles, de vidéos, de photos qui pourraient être modifiés selon les régions, les occasions ou les nouvelles découvertes.

Démoustication : le Bti, entre science et industrie

Publié par mgevrey le Dossier de newsletter | No Comments

La solution miracle contre les moustiques dans les années 80

La découverte de la toxicité de Bacillus thuringiensis israelensis (Bti) envers les larves de moustiques en 19761 a rapidement révolutionné le contrôle de ces insectes sur l’ensemble de la planète. Ce « bioinsecticide », très sélectif et peu toxique envers les espèces non ciblées, n’avait rien en commun avec les produits chimiques jusqu’alors utilisés. Car il faut comprendre que les insecticides chimiques n’ont généralement aucune ou très peu de sélectivité. Ils éliminent tout, il suffit d’y mettre la dose. Et comme les insectes sont très petits, on peut s’en débarrasser sans « trop » affecter les autres espèces animales…

Comment ça fonctionne ?

Cristaux (toxines) de Bti et larve de moustique. ©Guillaume Tétreau

Les Bacillus sont des bactéries que l’on retrouve dans le sol et dans l’air. Elles ont la forme d’un bâtonnet et dépendent le plus souvent de la matière végétale en décomposition pour leur alimentation. Une caractéristique particulière des Bacillus thuringiensis est la production au cours de leur cycle vital de protéines cristallines, couramment appelées cristaux. Lorsque le Bti se retrouve dans un milieu hostile (en l’occurrence trop alcalin comme c’est le cas du système digestif des moustiques), il produit des spores et des cristaux. Un peu comme la graine chez les plantes, la spore permet à la bactérie de se reproduire et de survivre à des conditions défavorables. Lorsqu’elle se retrouve dans un environnement adéquat, la spore se réhydrate et germe pour donner naissance à une cellule végétative en forme de bâtonnet. La toxicité spécifique des sous-espèces de Bacillus thuringiensis dépend des types de cristaux qui agissent comme un poison stomacal. Ces derniers sont au nombre de quatre chez le Bti, ce qui explique que le développement de résistance chez les moustiques soit plus lent qu’avec l’utilisation de produits chimiques2. Et c’est un atout important car les molécules chimiques perdent typiquement leur efficacité après quelques années avec la dominance croissante de moustiques résistants au sein des populations que l’on souhaite éradiquer.

Le Bti, un produit bio et naturel ? Pas vraiment…

Le Bti a donc été rapidement commercialisé, et ce en dépit du fait qu’il ne soit pas efficace à 100% car il doit être consommé par les larves de moustiques pour produire l’effet escompté. Là encore, il s’agissait d’une révolution, car la plupart des insecticides chimiques agissent par contact. Quelques gouttes dans une mare et tout y passe ! Enfin, tout ce qui est en deçà d’une certaine masse. Puisque les larves de moustiques ne s’alimentent activement par filtration de l’eau que pendant une courte période de leur cycle de développement (à peine 2 jours au plus chaud de l’été), il importe que les particules de Bti restent à leur portée le plus longtemps possible pour être consommées. Le taux d’efficacité du Bti dépendra donc de sa capacité à flotter ou à traverser la végétation aquatique d’où sa commercialisation sous quatre formes principales : poudre, granules, briquettes et liquide. Ces formulations contiennent des cristaux et des spores de Bti, de même que divers ingrédients dits inertes qui ne participent pas à l’action insecticide en tant que telle : agents de protection contre les rayons UV, émulsifiants, anti-moussants, stabilisateurs et phagostimulants… Au final, il n’y a que 2 à 12% de Bti dans les différentes formulations de… Bti ! La nature exacte de ces composants (adjuvants) est protégée par le secret commercial et comme c’est souvent le cas avec les produits pharmaceutiques et phytosanitaires, une seule firme possède le monopole de la fabrication du Bti. Il s’agit de Valent Biosciences, dont le siège est situé en Illinois, USA. Au Québec, les exploitations en agriculture biologique perdre leur label lorsqu’elles sont arrosées de Bti !

Quel est le problème avec le Bti ?

Chironomus plumosus, chironome mâle ©Philippe Lambret

Au-delà des adjuvants, dont les effets néfastes sur la faune ont pu être démontrés dans le cadre d’une étude sur les amphibiens en Argentine3, le Bti a le défaut de persister dans l’environnement et d’être toxique également envers d’autres espèces de diptères tels que les chironomes, proches cousins des moustiques4. Ceux-ci ne piquent pas l’homme mais jouent un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes d’eau douce. Les larves de chironomes, communément appelées « vers de vase », contribuent à la filtration de l’eau, à la minéralisation de la matière organique sédimentée et constituent la base d’une importante chaîne alimentaire. En se nourrissant de bactéries et en construisant des tubes à l’interface eau-sédiment, ces petits vers rouges jouent un rôle fondamental dans la bioturbation (remaniement) des sédiments d’où ils extraient des quantités significatives d’ammonium et de phosphates. En consommant la matière organique favorable à la méthanogenèse (méthane produit par des bactéries anaérobiques), ils contribuent indirectement à réduire les gaz à effets de serre. Très prolifiques, les chironomes constituent une source importante de nourriture pour de nombreux animaux aquatiques ou terrestres comme les libellules, dytiques, amphibiens, poissons, musaraignes, araignées, oiseaux, chauves-souris… Malgré l’ajout d’adjuvants, les spores et toxines de Bti se retrouveront inévitablement tôt ou tard au fond des marais et affecteront tout particulièrement les chironomes qui s’y alimentent. Si le Bti est toujours là et toxique, il ne peut être consommé par les larves de moustiques qui s’alimentent en pleine eau, alors il faut épandre du Bti à nouveau…  Les concentrations de spores retrouvées dans certains marais de Camargue (jusqu’à 8,5 millions par gramme de sol) plusieurs mois après épandage, suggèrent qu’il y a non seulement persistance mais aussi prolifération du Bti suite à sa sporulation dans le système digestif d’insectes sensibles comme les chironomes.

Des effets indirects non négligeables

Hirondelles des fenêtres ©Emilien Duborper

Les défenseurs du Bti avancent que la diminution des moustiques (et des chironomes) n’aura que peu d’impact sur la faune qui s’en nourrit car il existe toujours des proies alternatives. Certes, mais ces proies alternatives ne sont pas optimales et en période de forte demande énergétique, cela peut faire toute la différence. L’étude sur l’hirondelle des fenêtres en Camargue en est un très bon exemple. Les moustiques et chironomes, très abondants et faciles à digérer, sont systématiquement donnés en priorité aux jeunes oisillons qui doivent ingérer de 10 à 20% de leur poids en petits insectes chaque jour pour réaliser leur croissance. Sur les colonies entourées de marais traités au Bti, ces proies sont partiellement remplacées par les fourmis volantes5. Or les fourmis, contrairement aux petits diptères, sont des insectes à corps durs qui ne peuvent être digérés par les oisillons dans les premiers jours suivant l’éclosion. Résultat, les fourmis sont retrouvées intactes dans les fèces et un oisillon sur trois meurt de faim6. Quelques jours plus tard, lorsque les capacités d’assimilation des poussins sont meilleures, ce sont les libellules et les araignées qui viennent à manquer, car elles aussi sont moins abondantes, étant prédatrices de moustiques et de chironomes7 tout comme les hirondelles. Ainsi, bien que les effets directs du Bti soient principalement limités aux moustiques et chironomes, la position de ces insectes à la base des chaînes alimentaires (ou réseau trophique) entraîne un effet domino susceptible d’affecter un grand nombre d’espèces animales jusqu’au sommet de celles-ci.8

Une littérature scientifique biaisée par les liens entre industrie et recherche

Dans plusieurs pays européens, l’organisme responsable de la démoustication est tenu de démontrer que son action n’a pas d’impact sur l’environnement. On retrouve ainsi dans la littérature nombre d’articles rédigés ou financés par ceux qui tirent profit de l’épandage du Bti. Les auteurs de ces articles, jugés experts du sujet, sont systématiquement sollicités par les éditeurs des revues scientifiques pour évaluer l’intérêt et la qualité des nouvelles études soumises pour publication. Les rares études réalisées par des organismes indépendants et concluant que le Bti a un impact négatif sur l’environnement, sont soit rejetées suite à la critique de ces experts, soit dénigrées ou affublées de « contre-études » dans des articles publiés ultérieurement par ces mêmes experts. Ce processus, inhabituel au sein de la communauté scientifique, révèle une absence d’objectivité et de neutralité, deux qualités pourtant fondamentale de la recherche scientifique. Pour être valides, deux études ne doivent pas nécessairement arriver à la même conclusion, de la même façon que deux études arrivant à des conclusions opposées ne s’annulent pas. En fait, chaque étude doit être évaluée individuellement, sur la base de critères tels que la pertinence de la question posée, la validité du design conceptuel de l’étude pour répondre correctement à cette question, l’usage approprié des outils statistiques pour analyser les données et l’interprétation des résultats qui doit être fidèle aux données et s’appuyer sur des arguments solides. Nombre d’études obtenant des résultats non significatifs concluent allègrement à l’absence d’impact du Bti. Pourtant, si l’on interprète correctement la statistique, l’absence de résultats significatifs signifie seulement qu’on ne peut être sûr à 95% (ou plus) que le Bti a un impact. La multitude de facteurs confondants pouvant affecter les échantillons lorsque l’on étudie des populations animales dans leur milieu naturel (ex : variabilité individuelle ou climatique) fait qu’il est souvent difficile d’arriver à un tel niveau de certitude.

Le Bti, à utiliser avec modération !

Marais du Pèbre, Camargue ©Brigitte Poulin

Après avoir remplacé avec succès les insecticides chimiques pour le contrôle des larves de moustiques, le Bti a gagné du terrain en s’immisçant de plus en plus dans les milieux naturels exempts de toute démoustication préalable. Est-ce le résultat de notre déconnexion croissante à la nature où tout ce qui ne nous paraît pas utile doit être éradiqué ? Est-ce la conséquence d’une industrie qui a le vent en poupe et gagne des adeptes à crier haut et fort que se débarrasser des moustiques n’a aucune conséquence environnementale, alors pourquoi s’en priver ?  Il aura fallu attendre plusieurs années après les premières publications de la Tour du Valat sur les impacts indirects du Bti en Camargue9 pour assister à une prise de conscience collective et généralisée, tant du côté des scientifiques, que des politiques ou de la société civile. Pour la première fois un article passant en revue les impacts environnementaux et socio-économiques du Bti a été publié par des chercheurs européens indépendants en avril. Quelques semaines plus tard, un reportage de 40 minutes sur la télévision canadienne remettait en question le caractère inoffensif du Bti, tout en pointant du doigt les liens étroits entre l’industrie du Bti et les études concluant à l’absence d’impacts. Certes, le Bti est préférable aux insecticides chimiques. Néanmoins, là où la préservation de la biodiversité est une priorité, il est de notre devoir d’imaginer des alternatives encore plus respectueuses de l’environnement.6

Pour en savoir plus

Brühl C.A., Després L., Frör O., Patil C.D., Poulin B, Tetreau G., Allgeier S. 2020. Environmental and socioeconomic effects of mosquito control in Europe using the biocide Bacillus thuringiensis subsp. israelensis (Bti). Science of the Total Environment 724, 1 July 2020, 137800. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2020.137800 [33]

[34]

 

Reportage « La semaine verte » diffusé sur la chaine Radio-Canada, épisode du Samedi 18/04/20. Production Radio-Canada, journaliste Maxime Poiré, réalisateur Pier Gagné, disponible en replay.

 

 

 

Contact :  Brigitte Poulin [8], responsable du département Écosystèmes (email) [35]

Références

1 Goldberg, L. J., and Margalit, J. 1977. A bacterial spore demonstrating rapid larvicidal activity against Anopheles sergentii, Uranotaenia unguiculata, Culex univitattus, Aedes aegypti, and Culex pipiens. Mosq. News 37: 355–358.

2 Tetreau, G. 2012. Devenir du bioinsecticide Bti dans l’environnement et impact sur le développement de résistances chez le moustique. Sciences agricoles. Université de Grenoble, tel-00813611v2.

3 Lajmanovich, R.C. Junges, C.M. Cabagna-Zenklusen, M.C. Attademo, A.M. Peltzer, P.M. Maglianese, M. et al. 2015. Toxicity of Bacillus thuringiensis var. israelensis in aqueous suspension on the South American common frog Leptodactylus latrans (Anura: Leptodactylidae) tadpoles. Environ. Res., 136 : 205-212

4 Allgeier, S. Kastel, A. Bruhl. C.A. 2019. Adverse effects of mosquito control using Bacillus thuringiensis var. israelensis: reduced chironomid abundances in mesocosm, semi-field and field studies. Ecotoxicol. Environ. Saf., 169 : 786-796.

5 Poulin B., Lefebvre G. & Paz L. 2010. Red flag for green spray: adverse trophic effects of Bti on breeding birds. Journal of Applied Ecology 47: 884–889

6 Poulin B, Lefebvre G, Muranyi-Kovacs C, Hilaire S. 2017 Mosquito traps: An innovative, environmentally friendly technique to control mosquitoes. International Journal of Environmental Research & Public Health 14(3): 313; DOI:10.3390/ijerph14030313

7 Jakob C. & Poulin B. 2016. Indirect effects of mosquito control using Bti on dragonflies and damselflies (Odonata) in the Camargue. Insect Conservation and Diversity 9: 161–169.

8 Armitage P.D. 1995 Chironomidae as food. In: Armitage P.D., Cranston P.S., Pinder L.C.V. (eds) The Chironomidae. Springer, Dordrecht.

9 Poulin, B. 2012. Indirect effects of bioinsecticides on the nontarget fauna: The Camargue experiment calls for future research. Acta Oecologica 44 28-32.

 

Le compostage pour limiter les intrants polluants dans le site Ramsar d’Ammiq (Liban)

Publié par mgevrey le Actualités | No Comments

Dans le cadre d’un micro-projet financé par l’Agence Française de Développement [36] (AFD) et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial [37] (FFEM) et coordonné par la Tour du Valat, la Société de Protection de la Nature au Liban [38] (SPNL) a organisé une formation sur « le compostage pour limiter les intrants polluants dans le site Ramsar d’Ammiq ».

Les principaux objectifs du projet sont de réduire ou d’arrêter la pratique du déversement de fumier de vache dans les cours d’eau menant à la zone humide d’Ammiq, en enseignant aux producteurs laitiers locaux comment utiliser le compostage thermique pour transformer le fumier de vache en compost de catégorie A exempt de graines de mauvaises herbes et d’agents pathogènes nocifs.

Déversement des eaux de ruissellement d’une ferme laitière vers les cours d’eau voisins menant à la rivière Litani. ©Maher Osta / SPNL

Dans les villages de Ghazza et Mansoura, près de la zone humide d’Ammiq (le principal site Ramsar du Liban), plus de 50 élevages de bétail dédiés à la production laitière déversent leurs eaux de ruissellement et leur fumier de vache directement dans la rivière Litani et les cours d’eau qui entourent la zone humide. Les agriculteurs de cette région s’abstiennent d’utiliser le fumier de vache sur leurs terres agricoles par crainte des graines de mauvaises herbes et de la contamination bactérienne et ils préfèrent utiliser des engrais chimiques.

 

©Maher Osta/SPNL

Quatorze personnes ont participé à cette formation qui s’est tenue le 28 mai 2020 dans le Centre international Homat el Hima nouvellement créé dans la Bekaa occidentale. La session a été menée par Maher Osta, expert en zones humides du SPNL, initiateur et gestionnaire du projet.

 

 

 

 

 

 

 

Sur la base des résultats du projet pilote à la ferme de Taha, cette session était la première d’une série de quatre sessions de formation sur l’importance de la préservation des zones humides et sur la façon de transformer le fumier de vache brut en compost de catégorie A, ciblant les éleveurs de bétail laitier les plus proches d’Ammiq et de la rivière Litani.

 

En savoir plus sur le contenu de la formation. [39]

 

Contacts :

Christian PERENNOU – [40]Chef de projet à l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes (OZHM), Tour du Valat

Maher Osta [41] –  SPNL