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Nouvel article – Perception of climate change and mitigation strategies in two European Mediterranean deltas

Cet article a été publié par la revue AIMS Geosciences en décembre 2020, et traite de la perception du changement climatique.

Vous pouvez le retrouver sur le portail documentaire de la Tour du Valat (cliquer ici [1]).

Résumé : Acceptance of mitigation and adaptation strategies is related more to the perceived levels of threats as opposed to real risks. Understanding public perception of climate change is crucial for the implementation of appropriate and effective actions. This study analyzed the perceptions of climate and global changes in two European Mediterranean deltas in order to determine the similarities and differences at a regional scale and to apprehend potential adaptation and mitigation strategies necessary for the future. A total of 395 participants responded to a questionnaire through person to person interviews. Survey analysis was conducted through a multi-method approach using standard descriptive statistics and qualitative data analysis. The majority of participants in both deltas expressed that climate change was a serious problem and that human activity was a contributing factor. Despite the recognition of the importance of climate change, little action was being taken to adapt or mitigate these changes. Our results suggest that a site specific approach using confirmed information sources with adapted communication techniques is necessary to be more effective and to spur changes in practice at a local scale.

Référence bibliographique : Lisa Ernoul [2], Stella Vareltzidou, Mathilde Charpentier, Camille Muryanyi-Kovacs. Perception of climate change and mitigation strategies in two European Mediterranean deltas[J]. AIMS Geosciences, 2020, 6(4): 561-576. doi: 10.3934/geosci.2020032 [3]

Récupération en Mauritanie d’un émetteur GPS placé sur une spatule blanche en France

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Pose d’une balise GPS sur un poussin de spatule en juin 2019 © G. Wasse / Tour du Valat

La Spatule blanche est une espèce qui a plusieurs stratégies migratoires selon les individus. Par exemple, la population de Camargue, située dans le sud de la France, emprunte deux routes migratoires : une route atlantique, avec des sites d’hivernage en Espagne, en Mauritanie ou au Sénégal, et une route au centre de la mer méditerranée avec des sites d’hivernage en Italie ou en Tunisie, tandis qu’environ 200 individus hivernent en Camargue.

La Tour du Valat et son partenaire Nioz aux Pays-Bas suivent les spatules pendant leur migration, en les marquant avec des émetteurs GPS/GSM afin de comprendre les facteurs qui façonnent les routes migratoires des jeunes spatules. Cela permettra de comprendre à quelle vitesse les oiseaux migrateurs peuvent ajuster leurs itinéraires de migration dans le contexte des changements globaux qui affectent les zones humides (plus d’informations ici [4]).

Dans le cadre de cette étude, une spatule de 4 semaines née en Camargue, nommé FBXX, a été équipée d’un GPS le 27 juillet 2020. Elle a quitté sa zone de reproduction le 29 septembre, a traversé l’Espagne en 5 jours et a poursuivi sa route le long des côtes du Maroc. Le 9 octobre, l’accéléromètre a indiqué que l’oiseau était probablement mort en Mauritanie, près de Nouadhibou. Nous avons alors demandé à Animal Tracker, une application gratuite de suivi des animaux équipés d’émetteurs, d’envoyer un message d’alerte pour aider à récupérer l’émetteur et identifier la cause de la mort.

Bassin d’huile usée © Wilson

L’alerte a été transmise par un consultant en environnement au spécialiste de la biodiversité d’une société minière en Mauritanie. Les employés de la société se sont rendus sur les lieux. Ils ont malheureusement découvert que l’oiseau avait été piégé dans un bassin d’huile usée.

Il s’agit d’un des très nombreux risques qui attendent les oiseaux migrateurs, particulièrement les jeunes non-expérimentés. On estime à 30% la survie la première année. Ensuite, à partir de la deuxième année, la survie est de l’ordre de 90% (pour plus d’informations [5]). Cette forte mortalité la première année est une caractéristique assez commune des oiseaux qui vivent longtemps comme la spatule blanche ou le flamant rose.

La bague et l’émetteur ont été récupérés par les gardes sur l’oiseau mort et renvoyés en Camargue, à 3200 km de Nouadhibou. L’émetteur pourra équiper un nouvel individu à la saison prochaine.

 

Contacts : Jocelyn Champagnon, chargé de recherche (e-mail [6])

L’impact des munitions au plomb dans les zones humides enfin reconnu au niveau européen – Même le microbiome des flamants roses est affecté !

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Depuis de nombreuses années les scientifiques alertent sur la toxicité et l’impact des munitions au plomb sur les zones humides et le cortège des espèces animales inféodées à ces milieux. Le 25 novembre dernier, le parlement européen a voté l’interdiction de ces munitions s’engageant pour que « dans un délai de 24 mois, toutes les munitions utilisées à proximité des zones humides de l’Union européenne [soient] exemptes de plomb ».

40 ans d’études sur le saturnisme

Depuis plus de 40 ans la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides, conduit de nombreuses recherches scientifiques sur le saturnisme causé chez les oiseaux par les grenailles de plomb. Ces études de renommée internationale ont contribué à soutenir la proposition originale de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ; elles ont été menées en Camargue et indiquent des niveaux élevés de mortalité et une survie réduite chez les oiseaux d’eau atteints de saturnisme après ingestion de plombs de chasse. Il existe un consensus scientifique sur les risques liés au plomb dans les munitions comme sur les solutions à ce problème. En 2018 et encore cette année, des dizaines de scientifiques européens – dont la Tour du Valat – ainsi que des professionnels de la santé humaine et vétérinaire, ont adressé à la Commission européenne une lettre pour appeler à l’action. http://www.europeanscientists.eu/open-letter/ [7]

Des résultats récents démontrent des impacts sur les flamants roses

On estime que le saturnisme, principalement dû à l’ingestion de munitions de plomb, tue plus d’un million d’oiseaux sauvages par an en Europe et provoque l’intoxication sub-létale de plus de 3 millions. Une récente étude de la Tour du Valat, parue in « Science of the Total Environment » démontre d’ailleurs l’impact du plomb sur les flamants roses, mesurable sur l’état corporel des poussins et leur microbiome intestinal.

Les oiseaux sont les sentinelles idéales de leur environnement puisqu’ils se trouvent généralement à un niveau élevé de la chaîne alimentaire. En outre, la concentration en éléments traces métalliques, autrefois dénommés « métaux lourds », peut être facilement évaluée chez les oiseaux sans leur nuire en analysant leurs plumes. Le flamant rose (Phoenicopterus roseus), une espèce qui fréquente des zones humides souvent polluées, constitue un modèle idéal pour étudier les effets des éléments traces métalliques sur la santé.

Une étude inédite sur les effets de la bioaccumulation

Les preuves des effets néfastes d’une exposition toxique sur la faune sont largement répandues, mais les éléments traces métalliques se trouvent généralement à des niveaux très faibles et sub-létaux. Néanmoins, ces éléments ont tendance à s’accumuler à des concentrations plus élevées au sommet de la chaîne alimentaire dans un processus connu sous le nom de bioaccumulation, dont les effets sur la santé des populations naturelles ont été jusqu’alors peu étudiés.

En étroite collaboration avec la Tour du Valat, le Dr Mark Gillingham a échantillonné des poussins de flamants roses dans trois sites du bassin méditerranéen : les marais de l’Odiel, la lagune de Fuente de Piedra et les salins d’Aigues-Mortes. Les marais d’Odiel sont l’un des sites les plus pollués au monde par les éléments traces métalliques (en raison d’une exploitation minière historique remontant à 3000 avant J.-C.). Les auteurs ont ensuite utilisé une nouvelle méthode pour détecter la bioaccumulation de dix éléments traces dans les plumes [cadmium (Cd), chrome (Cr), cuivre (Cu), mercure (Hg), plomb (Pb), nickel (Ni), sélénium (Se), étain (Sn) et zinc (Zn)]. Cela a fourni le cadre idéal pour examiner l’effet de la bioaccumulation des éléments traces métalliques sur deux paramètres clés de la santé : l’état corporel et le microbiome intestinal. Deux éléments sont apparus comme particulièrement préoccupants, le plomb et le sélénium.

Les chercheurs ont découvert que la bioaccumulation du plomb et du sélénium (principalement détectée dans les marais d’Odiel) avait un effet négatif sur la condition corporelle, un premier indicateur des effets néfastes de ces éléments. Ils ont surtout constaté que le plomb entraînait une forte réduction et forte variation du nombre de souches bactériennes présentes dans le microbiote intestinal. Cela suggère que le plomb a affecté négativement le microbiote intestinal de chaque individu de manière imprévisible et chaotique entre les individus, déstabilisant le microbiote intestinal de son état sain et équilibré. Ce microbiote est impliqué dans une grande diversité de fonctions cruciales chez les animaux, du système immunitaire à l’absorption des nutriments et au métabolisme. En outre, on pense que le microbiote intestinal joue un rôle essentiel dans la protection des animaux hôtes contre les effets néfastes des toxines. Si la bioaccumulation chronique d’éléments traces métalliques a un effet néfaste sur le microbiote intestinal, cela aura des répercussions sur la santé de son hôte.

Autre résultat intéressant, la bioaccumulation du sélénium a eu un effet différent sur le microbiote intestinal en augmentant l’abondance d’une souche bactérienne spécifique (Bacteroides plebeius) connue pour être associée à la dégradation des microalgues, un élément du régime alimentaire des flamants. Il est important de noter que les poussins en mauvaise condition physique avaient une plus grande abondance de cette même souche bactérienne. Comme les microalgues sont connues pour être très efficaces dans le métabolisme du sélénium, les auteurs concluent qu’un régime alimentaire riche en microalgues entraîne une bioaccumulation plus importante de cet élément, ce qui se traduisait par une condition physique moins bonne.

Pris ensemble, ces résultats suggèrent que même une exposition chronique sub-létale aux éléments traces métalliques chez les poussins de flamants roses a un effet négatif sur la santé de cette espèce emblématique. Étant donné l’importance des zones humides pour la biodiversité dans les écosystèmes, ces résultats confirment l’urgence de surveiller et de gérer la pollution afin d’éviter des effets délétères sur les espèces qui en dépendent.

 

Référence bibliographique : Mark A.F. Gillingham, Fabrizio Borghesi, B. Karina Montero, Francesca Migani, Arnaud Béchet, Manuel Rendón-Martos, Juan A. Amat, Enrico Dinelli, Simone Sommer. 2020. Bioaccumulation of trace elements affects chick body condition and gut microbiome in greater flamingos. Science of The Total Environment. 2020, 143250, ISSN 0048-9697, https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2020.143250 [8]

 

Liste de nos publications sur l’impact du plomb sur les oiseaux [9]

 

Contact : Dr Arnaud Béchet [10] – chargé de recherche, chef du département Espèces & responsable du programme Flamant rose

Oiseaux d’altitude en déclin – Quand le changement climatique s’additionne à la dégradation des habitats

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Des chercheurs de la Tour du Valat, de l’Université Montpellier II (ISEM) et de l’Université de Bourgogne (Biogéoscience – UMR CNRS / uB / EPHE 6282) ont étudié les effets combinés du réchauffement climatique et de la dégradation des habitats sur les communautés d’oiseaux en plaine et en altitude. Cette étude vient d’être publiée dans la revue Journal of Biogeography [11].

Le réchauffement climatique est une menace majeure pour la biodiversité. Et certaines conditions aggravent encore la situation. Certaines espèces sont en effet plus vulnérables que d’autres au réchauffement, soit à cause de leur plus grande sensibilité soit parce que leur habitat est lui aussi dégradé. Dans cette étude, les chercheurs ont mesuré la réponse des communautés d’oiseaux au réchauffement climatique en tenant compte d’un facteur additif, la dégradation des habitats, et de la sensibilité des espèces suivant un gradient d’altitude, les espèces de montagnes étant fortement vulnérables au changement climatique. Les changements d’abondance de 115 espèces d’oiseaux ont été analysés grâce à plus de 30 ans de collectes de données, distribués sur trois grands cours d’eau Français, la Loire, l’Allier et le Doubs, et piloté par l’Université de Bourgogne.

Bergeronnette grise © G. Riou

Les résultats montrent que les communautés d’oiseaux, en plaine comme en altitude, ont changé au cours de la période d’étude, entrainant un déclin significatif des espèces en altitude. « Les espèces spécialistes, fidèles à des habitats précis sont de moins en moins abondantes, traduisant la dégradation des habitats sur l’ensemble des cours d’eau étudiés » précise Elie Gaget, auteur principal de l’étude.
En réponse à l’augmentation des températures de 1.2°C en 30 ans, les communautés d’oiseaux ont changé de composition en espèces, avec davantage d’espèces thermophiles, qui aiment les températures plus chaudes. Une bonne nouvelle ? « Nous observons que le réchauffement est plus rapide que la réponse des oiseaux » note Elie Gaget « et cette réponse est même complètement absente dans les milieux montagnards où le déclin des espèces a également été mesuré ».
Cette étude montre qu’en France, le réchauffement climatique et la dégradation des habitats ont un impact qui s’additionne sur les oiseaux, entraînant un déclin des espèces en particulier dans les milieux vulnérables comme en altitude. Cela rend les enjeux de conservation des cours d’eau encore plus prégnants.
Bergeronnette grise.

REFERENCES
Gaget E., Devictor V., Frochot B., Desbrosses R., Eybert MC. & Faivre B. Disentangling the latitudinal and altitudinal shifts in community composition induced by climate change: the case of riparian birds. Journal of Biogeography. DOI: 10.1111/jbi.14016 [11]

Contact : Elie Gaget [12] : Post-doctorant – Université de Turku, Finande

Le nouveau site pour le parrainage est en ligne : monflamant.com

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Nous sommes très heureux de vous présenter ce tout nouveau projet qui vous permettra de découvrir ou redécouvrir le parrainage flamant ; une manière ludique d’en savoir plus sur le mode de vie des flamants et sur les zones humides, milieux qu’ils affectionnent tant et dont ils ne peuvent manifestement pas se passer !

Alors si comme nous, vous êtes sous le charme de cet oiseau haut en couleur, n’attendez plus pour vous rendre sur notre site internet : monflamant.com [13]

Nous vous proposons un choix important de flamants aux parcours et aux histoires rocambolesques. Que ce soit Aphrodite, la mère amoureuse, Marius, le grand-père camarguais, Romane la fille expatriée, Indiana le père aventurier ou l’une de nos mascottes, vous trouverez forcément LE flamant qui vous correspond.

Et si cette sélection ne vous suffit pas, vous avez même la possibilité de choisir un flamant en fonction de son âge, son sexe… et de lui donner le prénom de votre choix.

Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les budgets !

A la recherche d’un cadeau de Noël, original et engagé pour la nature ?

Ne vous creusez plus la tête. Cette année, nous vous proposons d’offrir à vos proches un cadeau original qui n’aura pas fini de les surprendre : un flamant rose. Ce sera un super cadeau pour eux et pour la planète !

Une espèce sur 5 en voie d’extinction d’après le Rapport Méditerranée Vivante en préparation

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« Dans le bassin méditerranéen, une espèce sur 5 en voie d’extinction d’après le Rapport Méditerranée Vivante en préparation »

Le Vautour moine, une espèce en voie d’extinction pour une conjecture de raisons dont le braconnage. Elle progresse à nouveau en France et en Espagne grâce aux efforts de conservation ©T. Galewski

La biodiversité du bassin méditerranéen est en chute libre. C’est ce que révèle l’étude menée par plusieurs instituts de recherche et ONG¹ dont certains résultats ont été dévoilés en avant-première. La Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) montre que parmi les 7363 espèces sur lesquelles les experts se sont penchés, une sur cinq est menacée d’extinction. Les auteurs ont aussi repris la méthodologie de l’Indice Planète Vivante [14] et rassemblé des dizaines de milliers de données leur permettant de calculer des tendances pour un quart de toutes les espèces de vertébrés rencontrées dans le bassin méditerranéen. Les résultats définitifs nous seront communiqués dans le « Rapport Méditerranée Vivante » dont la parution est annoncée au cours du premier semestre 2021.

Pour les chercheurs de l’institut de la Tour du Valat, qui ont initié cette étude, la situation est particulièrement alarmante car le bassin méditerranéen est un point-chaud mondial de biodiversité, abritant plus d’un tiers d’espèces endémiques (36.5%) qui n’existent nulle part ailleurs sur le globe.  Parmi les raisons qui expliquent cette situation critique citons la pollution, le changement climatique, l’agriculture intensive et l’urbanisation. Deux menaces apparaissent prépondérantes dans le bassin méditerranéen : la pêche intensive et les prises accidentelles qui affectent 45% des espèces marines et la mauvaise gestion des ressources en eau (prélèvements et pollution d’eau pour l’agriculture ou encore construction de barrages sur les fleuves) qui assèchent les zones humides et menacent 33% des espèces d’eau douce.

Le Grand Dauphin est une espèce emblématique de Méditerranée. Sa survie est menacée par la pollution, le trafic maritime et les captures accidentelles dans les engins de pêche. ©Ana Jara Navarro

Infléchir la tendance négative est pourtant possible. La désignation d’aires protégées, la restauration d’écosystèmes dégradés, un contrôle renforcé des prélèvements d’espèces animales et végétales sauvages ou encore une gestion intégrée du territoire qui prend en compte les enjeux de biodiversité sont autant de solutions qui ont fait leurs preuves. Depuis son inscription sur la liste des espèces protégées et la surveillance de ses principaux sites de pontes dans l’Est de la Méditerranée, la Tortue caouanne voit ses populations progresser. Beaucoup d’espèces d’oiseaux d’eau telles que le Flamant rose ou le Pélican frisé sont aussi plus nombreuses qu’il y a 40 ans car elles ont bénéficié de la mise en protection de plusieurs grandes zones humides et de l’interdiction de leur chasse. Certains grands ongulés comme le Bouquetin ibérique ou le Cerf de Corse ont bénéficié d’opération de réintroduction dans des régions d’où ils avaient disparu. Ces exemples démontrent que l’espoir est permis et que des populations au seuil de l’extinction peuvent se rétablir si les bonnes actions sont prises à temps.  Décideurs politiques, scientifiques, société civile et secteur privé doivent désormais établir une communication régulière et transparente pour que de leurs échanges émergent des décisions à même de répondre à l’ampleur de la crise écologique. Rappelons que de la bonne santé de la biodiversité et des écosystèmes méditerranéens dépend celle de 500 millions de personnes.

 

¹Ce rapport est co-rédigé par l’institut de recherche de la Tour du Valat, le Centre de coopération méditerranéenne de l’UICN, le WWF, la Société Zoologique de Londres, MedPAN, l’Université de Lisbonne.

[15] [16]

 

[17]

Contact : Thomas GALEWSKI [18], Chef de projet suivi et évaluation de la biodiversité – 04 90 97 29 78

Nouvel article – Genetic diversity and relationships of the liver fluke Fasciola hepatica (Trematoda) with native and introduced definitive and intermediate hosts

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Cet article a été publié par la revue Transboundary and Emerging Diseases en novembre 2020.

Vous pouvez le retrouver sur le portail documentaire de la Tour du Valat (cliquer ici [19]).

Émeline Sabourin effectuant des prélèvements de parasites sur les excréments de bovins en Camargue © J.E. Roché

Résumé : Fasciolosis is a worldwide spread parasitosis mainly caused by the trematode Fasciola hepatica. This disease is particularly important for public health in tropical regions, but it can also affect the economies of many developed countries due to large infections in domestic animals. Although several studies have tried to understand the transmission by studying the prevalence of different host species, only a few have used population genetic approaches to understand the links between domestic and wildlife infections. Here, we present the results of such genetic approach combined with classical parasitological data (prevalence and intensity) by studying domestic and wild definitive hosts from Camargue (southern France) where fasciolosis is considered as a problem. We found 60% of domestic hosts (cattle) infected with F. hepatica but lower values in wild hosts (nutria, 19%; wild boars, 4.5%). We explored nine variable microsatellite loci for 1,148 adult flukes recovered from four different populations (non-treated cattle, treated cattle, nutria and wild boars). Populations from the four groups differed, though we found a number of migrants particularly non-treated cattle and nutria. Overall, we detected 729 different multilocus genotypes (from 783 completely genotyped individuals) and only 46 genotypes repeated across samples. Finally, we experimentally infected native and introduced intermediate snail hosts to explore their compatibility with F. hepatica and assess the risks of fasciolosis expansion in the region. The introduced species Galba truncatula and Pseudosuccinea columella attained the higher values of overall compatibility in relation to the European species. However, concerning the origin, sympatric combinations of G. truncatula were more compatible (higher prevalence, intensity and survival) than the allopatric tested. According to our results, we should note that the assessment of epidemiological risks cannot be limited to a single host–parasite system, but should focus on understanding the diversity of hosts in the heterogeneous environment through space and time.

 

Référence bibliographique : Vázquez A.A., Sabourin E., Pilar A., Leroy C., Leray C., Carron, E., Mulero S., Caty C., Hasfia S., Boisseau M., Saugné L., Pineau O., Blanchon T., Alba A., Faugère D., Vittecoq M., Hurtrez-Boussès S. 2020. Genetic diversity and relationships of the liver fluke Fasciola hepatica (Trematoda) with native and introduced definitive and intermediate hosts. Transboundary and Emerging Diseases  doi.org/10.1111/tbed.13882 [20]

Les solutions fondées sur la Nature – Questions à Sébastien Moncorps

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Sébastien Moncorps est Directeur du Comité français de l’UICN. Il répond aux questions de la Tour du Valat concernant les Solutions fondées sur la Nature.

Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) sont novatrices car elles permettent de relier les enjeux de préservation de la biodiversité avec d’autres grands défis de nos sociétés comme la lutte contre les changements climatiques, la gestion des risques naturels, la santé, l’approvisionnement en eau ou la sécurité alimentaire. En engageant des actions de protection, de gestion durable ou de restauration d’écosystèmes, qui sont les trois grands types de SfN, nous pouvons en effet à la fois relever directement un ou plusieurs de ces défis de société de manière efficace et adaptative, tout apportant des bénéfices pour la biodiversité. C’était notre principal message lors de la préparation de la COP21 à Paris en 2015 : nous devons compter sur la nature pour faire face aux enjeux du changement climatique. Les écosystèmes jouent un rôle fondamental dans la séquestration du carbone, car ils en constituent de grands réservoirs naturels, à la fois sur terre et en mer. Or leur dégradation représente aujourd’hui une part importante des émissions de gaz à effet de serre dans le monde (12% pour la déforestation). Donc en les protégeant, nous apportons une solution efficace à la fois à la lutte contre le changement climatique et à la préservation de la biodiversité. Et en restaurant les écosystèmes dégradés, nous augmentons les capacités de captage et de stockage de carbone. Une étude scientifique internationale a estimé que 37% des efforts d’atténuation nécessaires pour répondre à l’objectif de 2° de l’Accord de Paris sur le climat d’ici 2030 pouvaient être réalisés par des Solutions fondées sur la Nature.

Les principaux arguments à mettre en avant sont leur efficacité, leur caractère adaptatif dans le temps, les avantages qu’elles apportent pour la biodiversité et d’autres enjeux, et enfin leur rapport coût/bénéfice. Par exemple, pour réduire les risques naturels, qui augmentent en intensité et en fréquence sous l’effet du changement climatique, de nombreuses solutions d’aménagement basées sur le génie civil contribuent à l’artificialisation des milieux naturels, sont de moins en moins efficaces, et même parfois ne font que reporter ou aggraver le problème ailleurs. C’est le cas par exemple de l’endiguement des fleuves ou des rivières pour lutter contre les inondations ou des digues construites pour lutter contre l’érosion côtière. Il faut trouver en priorité des solutions avec la nature et non plus contre la nature.

Le Comité français de l’UICN a réalisé des recueils d’expériences qui montrent que de nombreux projets de SfN en France apportent des résultats concrets à travers la restauration des zones humides ou des dunes littorales. Comme ce sont des projets qui se déroulent dans le temps, ils peuvent être adaptés à l’évolution de la situation, contrairement à des constructions définitives, et apportent des bénéfices pour la biodiversité et le territoire, notamment pour le tourisme, les loisirs ou d’autres activités. En étudiant des données en Aquitaine, nous avons constaté que le coût d’un brise-lame était d’environ 4 à 6000 € par mètre linéaire (ml) puis environ 200 €/ml/an pour son entretien alors que le coût de gestion d’une dune était d’environ 5 €/ml/an.  En conséquence, nous disons aux décideurs : ayez d’abord le réflexe « nature » pour identifier des solutions de gestion des risques naturels.

Dans notre dernière publication sur les SfN et les risques liés à l’eau [21], nous avons identifié 21 projets qui répondent à la définition internationale de l’UICN et que nous avons analysés. Parmi ceux-ci, nous pouvons en relever 3 qui ont retenu notre attention. Le premier est un projet de reconnexion des zones d’expansion de crues dans la vallée du Thérain, dans l’Oise, qui a permis, durant les crues de l’hiver 2018, de stocker 500 000 m3 d’eau dans les zones humides restaurées et ainsi d’éviter tout dégât. Le second est un projet de restauration de la rivière Allaine, en Franche-Comté, qui va permettre de gérer l’intensité une crue centennale au lieu d’une crue trentennale tout en réhabilitant le fonctionnement d’une prairie humide riche en biodiversité. Le troisième est un projet de suppression des plans d’eau permanents de la Bièvre, un affluent de la Seine en Ile-de-France, qui a permis de reconnecter le cours d’eau avec ses zones humides adjacentes, et qui a eu pour résultat d’augmenter d’environ 30% le volume de stockage de l’eau et donc de réduire le risque d’inondation pour les populations avec un coût très faible (moins de 20 000€)

Nous suivons également avec une grande attention le projet de restauration des anciens salins de Camargue que mène la Tour du Valat avec ses partenaires. Le Comité français de l’UICN va prochainement publier un nouveau recueil d’expériences sur les SfN et les risques littoraux. Nous souhaitons ainsi continuer à inspirer de futurs porteurs de projets et décideurs pour une utilisation plus généralisée des SfN dans les territoires et continuer de démontrer que des écosystèmes préservés et diversifiés sont nos alliés dans la lutte contre le changement climatique et la gestion des risques naturels.

 

Les solutions fondées sur la Nature

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Lac Skadar

Luc Hoffmann avait coutume de dire qu’une société humaine qui ne respecte pas la nature porte en elle-même les germes de son auto-destruction.

Chaque année, chaque semaine, de nouvelles preuves tangibles viennent étayer son analyse. Notre modèle de développement, basé sur la croyance d’une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées, a démontré depuis longtemps la faillite de ce postulat. Pourtant nous persistons à appréhender le vivant et le non-vivant uniquement comme des ressources dévolues au seul usage de l’homme… et nous en payons les conséquences.

Reconnexion entre la mer et l’étang de Beauduc, Étangs et marais des salins de Camargue, France © M. Thibault / Tour du Valat

Les rapports successifs de l’IPBES[1] [22] et du GIEC[2] [23], comme les rapports « planète vivante » du WWF confirment la dégradation massive et accélérée de l’état de la biodiversité et ses impacts majeurs sur nos sociétés, fournissent des projections toujours plus alarmantes quant à l’ampleur et aux effets des changements climatiques. Et les faits corroborent ces analyses : records de température, sécheresses exceptionnelles, méga-feux de forêts, tempêtes dévastatrices…

Pourtant, il apparaît de plus en plus clairement que face aux défis croissants auxquels doivent faire face nos sociétés – changement climatique, santé, approvisionnement en eau, sécurité alimentaire, risques d’inondation… – la nature propose de formidables solutions, souvent très efficaces et peu coûteuses.

Un concept qui inverse notre perspective et s’adresse à tous les acteurs

Sardaigne ©J. Jalbert/ Tour du Valat

Alors que la protection de la nature est encore perçue par beaucoup comme une contrainte au développement, un coût pour la société, un luxe de pays nantis, le concept de « Solutions fondées sur la Nature (SfN) » inverse l’approche. La nature devient une alliée efficace, accessible à tous y compris aux plus démunis.

Ce concept de SfN s’est développé sous l’impulsion de l’UICN, qui les définit comme « des actions visant à protéger, gérer de manière du­rable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés, pour relever directement les enjeux de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et des avantages pour la biodiversité ».

Il n’oppose pas biodiversité et avantages pour les hommes, mais vise à satisfaire les deux à la fois. Il se focalise sur des solutions concrètes, multifonctionnelles, durables et accessibles aux décideurs comme aux citoyens.

Les zones humides, tellement détruites et pourtant si utiles

Delta du Gediz, Turquie © Helio - Van Ingen

Parmi tous les écosystèmes de la planète, les zones humides connaissent un sort paradoxal. Alors qu’elles constituent l’écosystème le plus productif, celui qui contribue le plus à la subsistance et au bien-être de l’humanité, elles ont au cours des derniers siècles connu une régression sans pareil[3] [24].  Longtemps considérées comme insalubres ou comme une entrave à notre développement, elles ont été massivement détruites, conduisant à la disparition de plus des 2/3 d’entre elles depuis le début du XX° siècle.

Et là où elles ont été rayées de la carte, les effets n’ont pas tardé à se faire ressentir : diminution des ressources vivrières, dégradation de la qualité de l’eau, augmentation des inondations et des sécheresses…

Aujourd’hui, ces zones humides sont nos plus puissantes alliées pour relever ces défis sociétaux. Leur restauration et leur gestion durable représentent des SfN offrant de multiples bénéfices collatéraux. A nous d’apprendre à changer de regard sur elles, à les considérer comme notre meilleure « assurance-vie » face aux enjeux croissants.

Le bassin méditerranéen au cœur de tous les défis

[25]Le bassin méditerranéen est l’une des régions du monde connaissant le plus de tensions en raison de la relation historique entre l’homme et la nature, de la forte évolution démographique, de l’énorme pression sur des ressources en eau limitées, de la concentration des activités économiques et l’urbanisation dans les régions côtières, et la dépendance à une agriculture sensible au climat.

 

Il est l’un des 36 points chauds de la biodiversité mondiale, mais également l’une des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique. Les températures en Méditerranée devraient augmenter de 2 à 3 ° C en 2050 et de 3 à 5 ° C en 2100 (GIEC, 2013). Cela provoquera une augmentation des vagues de chaleur, des tempêtes et des périodes de sécheresse. Le niveau de la mer augmentera probablement de plus d’un mètre d’ici 2100 et affectera 1/3 des populations méditerranéennes.

Les systèmes de production alimentaire actuels en Méditerranée sont les principaux moteurs de la perte de biodiversité et de la dégradation des écosystèmes.

Les Solutions fondées sur la Nature au cœur des réponses

Face à cette situation, les SfN peuvent atténuer les effets de tels événements, avec des effets positifs sur les écosystèmes, la conservation de la biodiversité, l’économie et le bien-être humain. Elles apparaissent comme des approches efficaces, flexibles et peu coûteuses, qui offrent une opportunité sans précédent d’accroître la résilience de la société méditerranéenne face au stress climatique et aider à accélérer sa transition vers une économie durable.

Pâturage au domaine du Petit Saint-Jean © N. Beck/Tour du valat

Par exemple, la restauration des zones humides côtières constitue des SfN très efficaces pour créer des zones tampons capables d’atténuer les submersions marines, mais également pour soutenir le stockage du carbone.

Les pratiques agroécologiques contribuent à une nutrition de bonne qualité et une amélioration de la santé des hommes, tout en relocalisant les productions, en replaçant une agriculture respectueuse de la nature au centre des terroirs et des bassins de vie.

Dans les villes, les milieux aquatiques et les espaces arborés sont des solutions très efficaces pour atténuer les ilots de chaleur.

La Tour du Valat expérimente et promeut les Solutions fondées sur la Nature

Convaincue que ce concept de SfN a un fort potentiel, la Tour du Valat s’engage pour une société réconciliée avec la nature, solidaire et respectueuse du reste du vivant et expérimente cette approche SfN depuis plusieurs années, en collaboration avec divers partenaires : Gestion adaptative du littoral à l’élévation du niveau des mers [26], gestion en libre évolution des ripisylves [27], projets agroécologiques [28], outils interactifs pour la gestion de l’eau dans les marais [29]… Autant d’approches qui ont été imaginées, mises en œuvre, évaluées et capitalisées par les équipes de la Tour du Valat et ses partenaires.

Ci-dessous les fiches SfN “Retours expériences de la Tour du Valat” :

[30] [27] [28] [29]

 

Enfin, la Tour du Valat promeut activement ces approches, au niveau international avec une motion sur la « mise en œuvre des solutions fondées sur la nature dans le bassin méditerranéen » [31] soumise à l’Assemblée Générale de l’UICN et une contribution à un document à l’attention des décideurs politiques [32], et au niveau national avec une motion sur les SfN portée par l’association Ramsar France [33] avec le soutien de tous les réseaux français d’espaces protégés.

 

Contact : Jean Jalbert [34], Directeur général de la Tour du Valat (email) [35]

 

[1] [36] Plateforme Intergouvernementale pour la Biodiversité et les Services Ecosystémiques

[2] [37] Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat

[3] [38] Millenium Ecosystem Assessment, 2005

Retour sur la conférence “redonner vie aux fleuves” – Agir pour le vivant

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Dans le cadre des rencontres Agir pour le vivant [39] organisées par les éditions Actes Sud, Jean Jalbert, Directeur général de la Tour du Valat, intervenait le samedi 29 août 2020 dans la conférence “Nourrir la planète, soigner les hommes. Aux racines du vivant” à la Chapelle du Mejan aux côtés d’Erik Orsenna, Frédéric de Pitaval et Jean-Paul Capitani dans une session intitulée “Redonner vie aux fleuves” .

 

 

Au cours de cet échange, les avis se rejoignent. Il faut repenser la manière avec laquelle l’ensemble du vivant se côtoie et notre façon d’habiter le monde d’aujourd’hui. Tel est le but de « Agir pour le Vivant » qui vise à organiser des programmes de réflexions et d’expérimentations territoriales. Le Rhône doit être considéré et nous devons accepter le changement d’un delta qui bouge, qui vit, dans les années à venir.

« Nous devons envisager le changement climatique comme une opportunité, celle de changer de modèle. Nous devons imaginer des solutions fondées sur la nature et non plus considérer la nature comme une entrave à notre développement. »

Les participants à la conférence “Redonner vie aux fleuves” ©IAGF

Jean Jalbert, avec ces mots, a largement résumé l’une des lignes directrices sur laquelle se sont retrouvés les participants de cette conférence. Il a expliqué que l’aménagement du territoire camarguais n’est plus en cohérence avec l’actualité, qu’il faut prendre en considération les faits scientifiques, comme l’élévation du niveau de la mer et dans un même temps des sécheresses prolongées et des précipitations beaucoup plus massives. Le changement climatique va nous toucher au cœur, mais selon lui, il faut voir cela avant tout comme une opportunité de repenser notre territoire et de manière très sérieuse.

« Un delta, c’est une usine à produire de la vie. Un delta comme la Camargue c’est trois fois plus de matière vivante produite au mètre carré que la forêt tropicale ».

Ces milieux ne sont toutefois pas figés. Le delta du Rhône bouge et s’enfonce. Par ses mots, le directeur de la Tour du Valat explique qu’un delta est un milieu qui vit par le mouvement. Selon lui, les deltas, y compris celui de la Camargue, sont une usine à produire de la vie, alimentés par une profusion de richesses. Les deltas figurent parmi les écosystèmes les plus productifs de notre planète. En 150 ans, les Hommes, les Camarguais se sont appropriés ce type d’espace et ont pu maîtriser ces milieux mouvants pour pouvoir pratiquer et mettre en valeur leurs différentes pratiques agricoles.

« 150 ans plus tard, le Rhône, les géniteurs de la Camargue sont sortis de l’imaginaire des Camarguais. Non seulement de l’imaginaire mais même du quotidien. On ne perçoit pas le Rhône le long des routes, ou peu puisqu’il est séparé par une digue de protection. On a perdu la conscience de la présence du Rhône. En perdant cette conscience on a cru qu’on pouvait faire ce qu’on voulait en Camargue. »

Jean Jalbert a ainsi le réel sentiment que nous nous trouvons au bout de cette histoire, de l’origine de la Camargue, que les Hommes doivent changer leur façon de vivre sur ce territoire et que nous devons tous nous mobiliser autour de cette question, car nous sommes tous concernés.

« On s’aperçoit qu’on ne pourra pas tenir. Donc la question aujourd’hui et l’enjeu c’est de savoir comment est-ce qu’on peut continuer à vivre dans ce delta, et à y vivre bien, mais en lui redonnant un espace de liberté. Comment est-ce que on peut écrire ensemble une autre histoire, qui ne sera plus l’histoire de la conquête et de la maîtrise, mais celle de l’adaptation et de la résilience. Comment est-ce qu’on peut donner, à la fois au fleuve et à la mer, des espaces qui vont en plus pour nous être les meilleurs outils, de notre meilleure protection ? Comment créer des amortisseurs climatiques ? Qui va laisser une partie de la Camargue à la mer, laisser la mer prendre cette partie, défendre ça, reculer progressivement de façon stratégique, et nous faire aider par la nature en jouant ses rôles de défense. »

La question posée par l’animateur « En quoi le réchauffement climatique impacte la santé des milieux humides et la santé des fleuves ? » interroge le public.

Tout en rappelant l’importance et la nécessité de préserver les milieux humides, Jean Jalbert explique en détail le fonctionnement d’un fleuve et son évolution dans le temps surtout en lien avec le réchauffement climatique.

 « Un jour, la Camargue repartira à la mer. Il nous faut nous y préparer. Réapprendre à habiter ce lieu et par endroit savoir laisser la nature, arrêter notre prétention de la maîtriser, l’accompagner pour que, par sa force propre, la Camargue construise nos défenses de demain. C’est notre assurance vie que nous sommes en train de construire »

Vous pouvez visionner la conférence en ligne ci-dessous :

 

Appel à la protection des zones humides sur la péninsule d’Erimitis

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L’Alliance méditerranéenne pour les zones humides [40] incite le gouvernement grec à protéger les zones humides sur la péninsule d’Erimitis et à adopter des mesures de conservation en accord avec les lois internationales, européennes et nationales.

© Erimitis.gr

La péninsule d’Erimitis, localisée au nord-est de l’île de Corfou en Grèce, présente un paysage naturel avec un environnement sauvage et riche en biodiversité. Ses zones humides côtières abritent une grande diversité d’espèces et d’habitats, y compris des espèces protégées par la directive Habitats et la directive Oiseaux de l’UE. Localisé sur le corridor de la mer Ionienne pour les populations d’oiseaux migrateurs, Erimitis représente un site de halte vitale pour ces oiseaux.

Erimitis n’est pas uniquement un refuge pour la faune, mais aussi pour les habitants de Corfu. Les activités comme l’écotourisme, la voile et la randonnée apportent des avantages économiques importants et durables aux Corfiotes qui ont appris à vivre en harmonie avec leur environnement.

Cependant cette harmonie risque d’être perturbée par le projet Kassiopi, qui a pour objectif de construire un centre touristique sur Erimitis. Le projet comprend la construction d’hôtels, une dizaine de villas, des immeubles résidentiels et une marina sur ce site qui, jusqu’ici, était naturel et intact.

Le projet a rencontré une certaine résistance de la part de l’Alliance méditerranéenne pour les zones humides [40], la municipalité du nord de Corfu, le conseil local de Sinies, les résidents et toutes les organisations environnementales locales. Une lettre écrite par 15 des organisations de l’Alliance méditerranéenne pour les zones humides [40] a été envoyée le 10 octobre au Premier ministre grec pour faire part de leurs préoccupations et pour solliciter l’annulation du projet (cf. la lettre en téléchargement plus bas).

La disparition des zones humides côtières entrainerait la perte des services écologiques qu’elles fournissent, tel que la régulation de la qualité d’eau, la réduction de l’érosion du sol, la protection contre les risques naturels et la capacité d’héberger une biodiversité importante. La perte de ces services exercerait une pression sur Erimitis et ses alentours. La pollution lumineuse, sonore et de l’eau augmenterait, ce qui affecterait non seulement la faune et les écosystèmes mais aussi la qualité de vie des habitants.

L’Alliance méditerranéenne pour les zones humides [40] incite le gouvernement grec à protéger ces habitats et d’adopter des mesures de conservation en accord avec les lois internationales, européennes et nationales.

 

L’Alliance méditerranéenne pour les zones humides, établie en janvier 2017, regroupe à ce jour 27 membres de l’ensemble du bassin méditerranéen, œuvrant à la protection de ces écosystèmes essentiels pour la biodiversité et les populations (en savoir plus [40]).

Contact : Lorena Segura [41], Tour du Valat (e-mail [42])

Nouvel article – When Survival Matters: Is Decreasing Survival Underlying the Decline of Common Pochard in Western Europe?

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Fuligule milouin ©T. Galewski

Benjamin Folliot, qui a terminé sa thèse avec l’OFB et la Tour du Valat en décembre 2018, vient de publier dans la revue Wildlife Biology, un article sur la survie des canards milouins à l’échelle européenne (France, Suisse, Royaume-Uni).

L’analyse de données de baguage sur plusieurs décennies suggère que ce n’est pas une plus faible survie des femelles adultes par rapport aux mâles qui a conduit au déclin de l’espèce mais vraisemblablement plus un problème de succès reproducteur et/ou de survie des juvéniles.

La survie en France des adultes est plus faible qu’en Suisse et au Royaume-Uni sans doute à cause d’une pression de chasse plus élevée mais ce n’est pas non plus la pression de chasse qui aurait conduit au déclin de l’espèce. Cependant, Benjamin avait montré dans un article de sa thèse [43] qu’une diminution du prélèvement par la chasse sur cette espèce en France, si elle était mise en place dans le cadre d’une gestion adaptative, pourrait participer à enrayer le déclin.

Résumé :

In western Europe, common pochard populations have experienced a sharp decline over the last two decades, together with an increasing proportion of males. Both of these changes were suggested to result from decreasing survival of nesting females (i.e. survival of adult females) owing to increasing predation pressure. To test this hypothesis, we used capture–mark–recapture/recovery data of common pochard ringed during autumn–winter (October–February) in three countries of western Europe (Switzerland, United Kingdom and France). We found no evidence for decreasing survival of individuals ringed in the United Kingdom or in Switzerland over the long term (1977–2011). In France, adult males and juvenile females experienced significant decreasing survival over a shorter interval (2004–2017). Overall, females displayed lower survival than males, although this was only weakly supported by the French dataset. In contrast, only sex differences and no age differences in survival rates were recorded in the UK and Switzerland (females 0.67 ± 0.03 and 0.69 ± 0.03; males: 0.81 ± 0.01 and 0.75 ± 0.01, respectively), while both age and sex differences were recorded for France (adult females 0.62 ± 0.07, adult males 0.66 ± 0.07, juvenile females 0.49 ± 0.08, juvenile males 0.54 ± 0.08). Therefore, decreasing survival of adult females was unlikely the underlying cause of the decline of common pochard populations in western Europe. Using an age-structured two-sex matrix population model, we show that when adult males experience higher survival than adult females (as it is the case for common pochards), decreasing survival of nests and/or juveniles can trigger decreasing population size and increasing proportions of males at the same time.

Référence bibliographique : Folliot, Benjamin, Guillaume Souchay, Jocelyn Champagnon, Matthieu Guillemain, Maurice Durham, Richard Hearn, Josef Hofer, Jacques Laesser, Christophe Sorin, et Alain Caizergues. When Survival Matters: Is Decreasing Survival Underlying the Decline of Common Pochard in Western Europe? Wildlife Biology, 2020(3)3. https://doi.org/10.2981/wlb.00682 [44]