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Une nouvelle campagne de terrain pour évaluer le potentiel de séquestration de carbone des zones humides camarguaises

Dans le cadre du projet Wetland4Change, une campagne de terrain a été menée en Camargue, du 9 au 13 mars 2026,  afin d’améliorer l’évaluation de la capacité des zones humides à séquestrer le carbone et à contribuer à l’atténuation du changement climatique.

L’objectif ? Mieux quantifier à la fois les stocks de carbone et les flux de gaz à effet de serre, pour comprendre le rôle des zones humides comme solutions fondées sur la nature.

Cette campagne a réuni les équipes de la Tour du Valat et de l’Université de Valencia, créant un véritable temps fort d’échanges scientifiques. L’équipe valencienne a notamment présenté sa méthodologie de mesure de flux de carbone, basée sur des approches de terrain et d’analyse d’images satellites, contribuant à harmoniser les protocoles et à renforcer la robustesse, ainsi quela comparabilité des analyses en cours entre les différents sites d’étude.

Au bord d'une zone humide deux hommes habillés de waters effectuent des prélèvements dans l'eau.
Mesures de flux carbones dans la Réserve Naturelle nationale de Camargue © Michael Ronse | Tour du Valat

Au-delà de la collaboration scientifique, cette mission a aussi été l’occasion de renforcer les liens avec les gestionnaires de zones humides. Des représentants de la SNPN ont ainsi pris part à une journée de terrain, offrant un cadre concret pour échanger sur la mise en œuvre des mesures de flux et leur intérêt pour la gestion et l’aide à la décision.

Cette initiative s’inscrit pleinement dans la continuité des travaux menés en Camargue, et plus largement, à l’échelle méditerranéenne. En capitalisant sur des jeux de données existants, des suivis de long terme et une expertise solide, elle contribue à consolider une base scientifique robuste pour évaluer les services écosystémiques liés à la régulation du climat. À court terme, elle permettra d’affiner les estimations des stocks de carbone et des flux de gaz à effet de serre dans les zones humides camarguaises, en gagnant en précision et cohérence.

Prochaine étape : l’analyse des données collectées et la poursuite des échanges autour des résultats. Ceux-ci seront restitutés lors du Living Lab Wetland4Change, prévu en juin en Camargue, qui réunira chercheurs, gestionnaires et parties prenantespour discuter des méthodes, des résultats et de leurs implications pour la gestion des zones humides.

Résultat du comptage 2026 des Grues cendrées en Camargue

Publié par marquis le Actualités | Pas de commentaire

Les grues cendrées étaient, encore une fois, plusieurs dizaines de milliers à élire domicile en Camargue pour la durée de la saison froide. Après une spectaculaire augmentation l’hiver dernier, l’effectif 2026 reste stable.

Grue cendrée © Thomas Blanchon

En janvier, la Tour du Valat a coordonné le comptage des Grues cendrées (Grus grus) hivernantes en Camargue. Cette opération annuelle est réalisée par une quarantaine de bénévoles et d’employé·es de la Tour du Valat, de la Réserve Nationale de Camargue, de la Réserve des Marais du Vigueirat, du Parc Naturel Régional de Camargue, du Parc Ornithologique du Pont de Gau et du Centre du Scamandre. Les résultats sont ensuite transmis au « Réseau Grues France » et permettent de suivre l’évolution de la population de ces grands oiseaux migrateurs. 

Au total, 36 043 individus ont été recensés sur 18 dortoirs. Ce chiffre confirme l’augmentation exceptionnelle de l’année 2025 (39 800 individus), par rapport aux années 2022–2024 (+ 45%). 

Un épisode de grippe aviaire hautement pathogène a fortement impacté les grues cendrées à l’échelle européenne, avec un pic de mortalité en France observé fin octobre par la LPO [1]. Malgré quelques cas détectés, le virus ne s’est heureusement pas déployé en Camargue au sein de cette espèce. 

Suivez le trajet migratoire d’une grue cendrée !  

Suivez les déplacements d’une grue cendrée née en 2022 ayant été équipée d’une balise GPS en Estonie grâce à cette carte interactive. De son site de naissance aux pays baltes elle rejoint la Camargue en quelques semaines seulement. Cette carte permet de visualiser la distance impressionnante, les sites de haltes et les routes que peuvent prendre ces oiseaux lors de leur migration saisonnière. 

Cliquez ici pour découvrir la carte [2]  

 

 

Quand la nature devient solution : relever les défis sociétaux en Méditerranée

Publié par gollivier le Dossier de newsletter | Pas de commentaire

Le bassin méditerranéen, point chaud de biodiversité mondiale, subit de plein fouet la double pression des activités humaines et du changement climatique. Pour protéger les populations et les territoires, les Solutions fondées sur la Nature (SfN) s’imposent comme un levier stratégique majeur. En s’appuyant sur des écosystèmes résilients capables d’agir comme de véritables alliés naturels, elles réconcilient conservation, bien-être humain et développement socio-économique. C’est tout l’enjeu du projet RESCOM : coordonné par la Tour du Valat pour le Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité (CMB), il vise à favoriser le déploiement de ces solutions à l’échelle méditerranéenne, encore insuffisamment considérées malgré leurs multiples bénéfices.

Les SfN comme moteur d’une action collective en Méditerranée

Réunion du comité de pilotage régional du projet RESCOM rassemblant tous les partenaires institutionnels, techniques et financiers, dans la région d’Antalya en Turquie © Yolda Initiative

Le Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité (CMB) [3] rassemble plusieurs organisations de référence dans le domaine de la conservation de la nature, dont la Tour du Valat, engagées de longue date en Méditerranée. En mutualisant leurs expertises, ces partenaires œuvrent à la protection des richesses naturelles du bassin méditerranéen. Leur mission : préserver l’intégrité des écosystèmes (littoraux, petites îles, forêts, zones humides, aires marines) pour garantir durablement les services vitaux qu’ils rendent à la société, tout en révélant leur plein potentiel comme sources de SfN.

Cette ambition collective s’incarne dans le projet RESCOM (Renforcer la résilience des écosystèmes en Méditerranée), premier projet phare du CMB, co-financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial [4], la fondation MAVA [5] et l’Agence Française de Développement [6]. Déployé sur 15 sites pilotes en Méditerranée, le projet accompagne les gestionnaires d’espaces naturels dans la mise en œuvre d’actions concrètes de gestion, de conservation et de restauration en Albanie, Égypte, Italie, Libye, Maroc, Monténégro, Tunisie et Turquie.

Le fil conducteur de ces interventions repose sur les SfN. En offrant des services essentiels – sécurité alimentaire, approvisionnement en eau, en bois, stabilisation des sols, régulation thermique, séquestration du carbone, atténuation des risques d’inondations, et protection contre les submersions ou autres phénomènes naturels – les SfN apportent des solutions alternatives ou complémentaires aux infrastructures «grises», et sont plus résilientes et économiquement avantageuses, dans des secteurs tels que l’aménagement du territoire, l’agriculture, la gestion de l’eau ou la santé. Elles contribuent à la qualité de vie des riverains et au développement socio-économique local, en soutenant des filières basées sur une utilisation raisonnée des ressources naturelles, comme la pêche, le tourisme ou l’agriculture.

Les Solutions fondées sur la Nature (SfN), un concept structurant porté par l’UICN

Le projet RESCOM s’appuie sur le concept des SfN tel que défini par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Celui-ci désigne « des actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ».

Apparu il y a une quinzaine d’années, le concept a vu sa définition consolidée en 2016 par l’UICN, qui a également élaboré un standard international en 2020, révisé en 2025. Ce standard repose sur un ensemble de critères et d’indicateurs qui visent à guider les porteurs de projets dans la conception de SfN. Le concept a ainsi progressivement gagné en reconnaissance et est aujourd’hui intégré à de nombreuses politiques publiques aux échelles internationale, européenne et nationale, telles que la Stratégie Biodiversité 2030 de l’Union européenne, le règlement européen sur la restauration de la nature ou encore le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC3) [7].

Tester, adapter, adopter : le chemin des SfN en Méditerranée

Si les SfN sont de plus en plus valorisées pour répondre à des enjeux sociétaux majeurs, comme la lutte contre le changement climatique, leur application sur le terrain se heurte encore à des freins opérationnels, financiers, techniques, sociaux, institutionnels ou réglementaires. Dans ce contexte, le CMB a conduit en 2025 une étude approfondie pour capitaliser sur les expériences méditerranéennes et en extraire des recommandations opérationnelles. [8]

Facteurs clés et partage d’expériences

L’étude révèle que la réussite des SfN repose sur plusieurs facteurs : une implication large et une coordination efficace des acteurs locaux, un portage politique fort, ainsi qu’un effort de communication et de sensibilisation auprès des populations et des usagers, pour accompagner l’évolution des pratiques et favoriser l’émergence d’une vision de territoire partagée. Les SfN requièrent des financements pérennes pour garantir leur entretien durable. Elles nécessitent également le déploiement d’un dispositif robuste de suivi-évaluation afin de mesurer tant l’efficacité de la restauration écologique, que les retombées socio-économiques des actions engagées. A travers RESCOM, les parties prenantes locales (gestionnaires d’espaces naturels, organisations de la société civile, autorités locales, administrations publiques, centres de recherches, opérateurs économiques et populations locales) sont ainsi étroitement associées à la mise en place des SfN. En complément, des diagnostics écologiques et socio-économiques permettent de prioriser les interventions selon les enjeux spécifiques de chaque territoire.

Solutions Fondées sur la Nature : un outil adaptable et évolutif

Loin d’être des solutions « prêtes à l’emploi », les SfN doivent être façonnées par le terrain. Plus qu’une approche rigide, elles constituent un levier de dialogue et d’aide à la planification.

Il s’agit d’une démarche itérative et flexible, capable de s’ajuster aux réalités sociales et institutionnelles, ainsi qu’aux contraintes administratives et foncières propres à chaque site.

Cette phase expérimentale est un véritable processus d’apprentissage collectif, dont les enseignements viennent nourrir et renforcer la visibilité et la réplicabilité des Solutions fondées sur la Nature. RESCOM vise ainsi à construire une communauté de pratiques réunissant une diversité d’acteurs autour du bassin méditerranéen, pour favoriser le partage et la diffusion de solutions adaptées aux défis climatiques et sociétaux communs.

SfN en action : des exemples autour de la Méditerranée

Ainsi, depuis le lancement du projet RESCOM en 2023, le CMB applique le concept en mettant l’accent sur les interactions et la connectivité entre les écosystèmes terrestres, côtiers et marins – essentielles pour les déplacements des espèces et le maintien des grands équilibres naturels, tels que les cycles de l’eau et des nutriments.

Zoom sur trois sites couverts par le projet, répartis sur les différentes rives du bassin méditerranéen :

En Italie, restauration d’herbiers marins pour la protection des côtes
Opération de restauration d’herbiers de Posidonie, espèce endémique de la Méditerranée © Municipalité de Villasimius

Avec l’appui du projet, les équipes de l’aire marine protégée (AMP) de Capo Carbonara, située au sud-est de la Sardaigne en Italie, ont entrepris la restauration de 230 m² d’herbiers de Posidonie. Cet habitat naturel, endémique de la Méditerranée, a été fragilisé par des décennies d’impacts humains, notamment par des chalutiers qui opéraient autrefois dans l’AMP.

La technique employée consiste à récupérer les rizhomes de Posidonie, naturellement arrachés par les intempéries, pour les replanter dans les zones dégradées. Pour assurer le succès de l’opération, de nouvelles bouées d’amarrage écologiques seront installées afin d’inciter les plaisanciers à éviter l’ancrage sur les herbiers, l’une des principales causes de leur dégradation.

La restauration des herbiers de Posidonie présente plusieurs bénéfices : elle stabilise les fonds marins et réduit la vitesse des courants, limitant ainsi l’érosion côtière ; elle soutient le cycle de vie de nombreux organismes marins en servant de nurserie, de zone de frayère et de refuge pour les poissons et autres organismes marins, ce qui profite alors directement à la pêche ; enfin elle contribue très efficacement à la captation du carbone.

En Albanie, restauration de dunes et lagunes pour limiter l’érosion côtière
Pêche dans la lagune de Karavasta, activité traditionnelle économique importante, source de revenus pour les populations locales © Sajmir Hoxha

Dans le Parc national de Divjakë-Karavasta, localisé sur la côte adriatique en Albanie, RESCOM se concentre sur la réhabilitation de l’écosystème dunaire, fortement dégradé par le tourisme balnéaire, la randonnée et la circulation anarchique de véhicules tout au long de l’année. Les interventions prévues combinent la re-végétalisation des dunes, la lutte contre les espèces envahissantes et des mesures de protection et de délimitation de zones strictement protégées, pour stabiliser ces paysages côtiers fragiles et limiter l’érosion côtière.

En complément, le projet ambitionne d’améliorer l’état écologique de la lagune de Karavasta, site RAMSAR et zone d’importance pour l’hivernage et la reproduction de plus de 200 espèces d’oiseaux, dont le Pélican frisé, et à restaurer des zones boisées dégradées dans les collines environnantes. Ces mesures intégrées visent à renforcer la protection du littoral, à améliorer la qualité de l’eau et à accroître l’attractivité écotouristique du territoire. Elles contribuent également au renforcement de la connectivité écologique et au rétablissement d’espèces à enjeu de conservation.

En Tunisie, restauration forestière et appui au développement d’activités alternatives génératrices de revenus pour les communautés locales
Concertation avec les communautés locales vivant dans le Parc national de Oued Zen dans le cadre des activités appuyées par le projet RESCOM © Martin Fillot / AIFM

En Tunisie, les actions prioritaires pour le Parc national de Oued Ezzen, situé dans le nord-ouest du pays, se concentrent sur la reforestation de zones anciennement déboisées près des douars et villages. Les communautés locales sont impliquées dans la plantation d’espèces indigènes polyvalentes comme le caroubier, endémique de la Méditerranée. A terme, elles pourront en valoriser les fruits et pratiquer le sylvopastoralisme dans ces zones restaurées, générant ainsi des sources potentielles de revenus. Ces mesures contribueront également à améliorer la rétention d’eau, à lutter contre l’érosion et les glissements de terrain, tout en soutenant la biodiversité.

Le projet testera par ailleurs le potentiel de régénération naturelle de différentes espèces afin d’identifier les essences capables de résister aux aléas climatiques, dont la sécheresse et les incendies. Le projet vise enfin à encadrer les activités touristiques, actuellement non régulées, en développant un mode de co-gestion innovant avec les communautés locales, susceptible de générer des retombées économiques (formation de guides, vente de produits locaux, redevances liées aux droits de camping) et d’être répliqué ailleurs en Tunisie.

Le Parc national de Oued Zen en Tunisie abrite un écosystème forestier de chênes-lièges, chênes zen et de chênes afares endémiques de la Méditerranée © Martin Fillot / AIFM

Responsable projet : Marion Douchin [9] | [email protected] [10]

Equipe : Lisa Ernoul, Antoine Gazaix, Carol Mañoso Gimeno, Philippe Lambret, Arsène Marquis-Soria, Pauline Rocarpin, Salima Slimani, Marc Thibault, Elisa Tuaillon

Partenaires :

3 questions à Yaprak Arda, responsable du programme marin du Centre de coopération pour la Méditerranée de l’IUCN

Publié par gollivier le Dossier de newsletter | Pas de commentaire

 

Yaprak Arda, Responsable du programme marin au Centre de coopération pour la Méditerranée de l’UICN, répond à nos questions sur l’apport des Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la conservation de la biodiversité en Méditerranée, les exemples de mise en œuvre déjà existants, les freins à leur déploiement à grande échelle et le rôle du Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité et du projet RESCOM pour en accélérer l’adoption.

 

1. Qu’apporte de nouveau le concept de SfN dans le champ de la conservation de la biodiversité ?

Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) représentent une véritable évolution dans la conservation de la biodiversité, en reliant de manière explicite la protection, la restauration et la gestion durable des écosystèmes aux bénéfices concrets pour la société, tels que l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, la sécurité hydrique et alimentaire, la réduction des risques de catastrophes, ainsi que le développement socio-économique. Les SfN mettent la biodiversité au cœur de la planification du développement, en reconnaissant que des écosystèmes sains et fonctionnels constituent une infrastructure indispensable au bien-être humain. La norme mondiale de l’UICN pour les SfN apporte également un cadre clair, garantissant que les actions sont fondées sur des données probantes, inclusives, économiquement viables et capables de produire des gains mesurables pour la biodiversité tout en relevant les défis sociétaux. Ainsi, les SfN transforment la conservation, qui cesse d’être un simple objectif sectoriel, pour devenir une solution transversale intégrée aux politiques économiques et sociales.

2. Bien que le concept soit encore émergent, existe-t-il déjà des exemples réussis de mise en œuvre en Méditerranée ?

La Méditerranée offre déjà plusieurs exemples prometteurs de SfN mis en pratique, même si ces initiatives n’ont pas été identifiées comme telles au départ. On peut citer, par exemple, la restauration à grande échelle des zones humides pour mieux gérer lesinondations et soutenir la biodiversité, la restauration des paysages forestiers pour réduire le risque incendie tout en renforçant la résilience des écosystèmes, ou encore la restauration des écosystèmes côtiers — dunes, marais salants et herbiers marins — qui protège les côtes de l’érosion tout en soutenant la pêche et la séquestration du carbone. Les approches intégrées de gestion des ressources en eau, qui rétablissent la connectivité des cours d’eau et les plaines inondables naturelles, démontrent également comment les SfN peuvent simultanément répondre aux problèmes de pénurie d’eau, d’adaptation au changement climatique et de conservation des habitats dans une région particulièrement vulnérable au climat. Ces expériences montrent que les SfN peuvent être efficacement adaptées aux contextes socio-écologiques méditerranéens.

3. Quels sont les principaux freins au déploiement à grande échelle des SfN en Méditerranée, et comment le CMB et le projet RESCOM peuvent-ils en accélérer la mise en œuvre ?

Les principaux obstacles à la généralisation des Solutions fondées sur la Nature (SfN) en Méditerranée résident dans la fragmentation des cadres de gouvernance, au manque de coordination entre secteurs et à l’insuffisance de financements pérennes. Les SfN nécessitent en effet une planification intégrée entre les secteurs de l’eau, de l’agriculture, du développement urbain et de la conservation, encore difficile à concilier avec des politiques publiques cloisonnées, des cycles politiques courts, des régimes fonciers complexes et des pressions concurrentes sur l’usage des terres. L’implication étroite des parties prenantes et la pleine reconnaissance de la biodiversité comme capital naturel fondamental constituent également des enjeux clés.

Dans ce contexte, le Consortium pour la biodiversité méditerranéenne et le projet RESCOM jouent un rôle d’accélérateur. En favorisant la coopération régionale, l’harmonisation des cadres politiques et le partage de connaissances, ils contribuent à structurer des initiatives crédibles et mesurables. Leur action permet aussi de renforcer les compétences des acteurs locaux, de mobiliser des financements et de développer des modèles reproductibles adaptés aux réalités socio-écologiques méditerranéennes, et alignés avec les programmes climatiques et de biodiversité de l’UE et l’international.

Quand les mares reprennent vie

Publié par gollivier le Actualités | Pas de commentaire

Au cœur du domaine de la ferme agroécologique de la Tour du Valat, une pinède née après la Seconde Guerre mondiale abrite de petites mares installées sur un cordon dunaire vieux de plusieurs milliers d’années. À première vue, elles semblent paisibles. Pourtant, elles racontent une histoire fragile.

Pélobates cultripède © Julien BIRARD | Tour du Valat

Ces mares accueillent un écosystème d’eau douce, essentiel à de nombreuses espèces. Parmi elles, le pélobate cultripède (Pelobates cultripes) : un petit amphibien aussi discret que menacé qui choisit ces mares pour sa reproduction à chaque saison nuptiale. Mais depuis une dizaine d’années, quelque chose change. Certains chênes de la pinède dépérissent. Les roselières commencent à perdre de leur vigueur. Et l’eau… se charge progressivement en sel.

Pourquoi ?

Moins de pluie, davantage d’évaporation liée au réchauffement climatique… mais peut-être aussi des échanges invisibles avec les nappes alentour, dont la salinité varie selon les saisons et la gestion des canaux d’irrigation et drainage.

Pour comprendre ces mécanismes, les scientifiques de la Tour du Valat suivent de près l’évolution des mares : mesures de salinité toutes les deux semaines, installation de piézomètres sur l’ensemble du domaine, analyse des mouvements d’eau souterrains…

L’objectif ? Identifier les causes et agir, si possible, pour freiner ce phénomène.

Mare du Petit Saint-Jean © Anthony Olivier

Cet hiver, les pluies abondantes ont permis aux mares de bien se charger en eau douce, offrant aux pélobates des conditions optimales pour leur reproduction. L’espoir renait donc pour cette espèce protégée.

À la Tour du Valat, cultiver la vigne, c’est aussi veiller sur ces équilibres invisibles. Car ici, chaque parcelle raconte une histoire où agriculture et biodiversité cohabitent ensemble.

Carte d’identité du Pélobates cultripède

Taille : 7 à 10 cm de long

Critères d’identification : Ses pattes arrières sont munies de « couteaux », lui permettant de s’enfouir à la verticale dans le sable. Son dos est gris jaunâtre parsemé de taches brun chocolat.

Comportement : Le Pélobate est actif seulement certaines nuits. Au cours de la journée, il se se crée de petites loges sous terre (sauf en période de reproduction).

Statut : Espèce protégée

Chant : Un « kô-kô-kô » sourd et étouffé, rappelant le gloussement d’une poule, à écouter dans l’audio ci-dessous

https://tourduvalat.org/wp-content/uploads/2026/03/PABLOD_1.mp3 [19]

© Audio-naturaliste et artiste Pablo Diserens [20]

 

Suivre les parasites pour mieux comprendre la santé des oiseaux

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Tique adulte Babesia sp. YLG © Patrick Landermann

On connaît bien les épidémies spectaculaires, comme celles liées à l’influenza aviaire hautement pathogène qui a frappé nos contrées durant l’hiver 2026. Lorsque des oiseaux meurent en nombre, l’impact est visible et immédiatement mesurable. Mais dans la nature, la plupart des infections passent inaperçues. Elles n’entraînent ni mortalité massive ni symptômes flagrants. De plus les morts servent souvent de repas et disparaissent rapidement du paysage. Pourtant, ces infections peuvent affecter la croissance, la condition physique ou la réussite reproductive des animaux — avec, à terme, des conséquences potentielles sur les populations.

Quantifier ces impacts représente un enjeu scientifique majeur pour comprendre la dynamique des populations sauvages. C’est ce que montre une récente étude menée par la Tour du Valat et ses partenaires sur le goéland leucophée (Larus michahellis). Les chercheurs se sont intéressés à un parasite sanguin qu’ils avaient  récemment décrit avec leurs collaborateurs de l’école vétérinaire nationale de Nantes : Babesia sp. YLG, transmis par une tique (Ornithodoros (Alectorobius) maritimus) présente dans les nids.

Suivre l’infection pour en mesurer les effets

Recherche de tique sur un poussin de goéland © Patrick Landermann

Le défi principal ? Evaluer les effets d’un parasite qui ne rend pas l’oiseau visiblement malade. Les analyses classiques de frottis sanguins ne suffisant pas toujours pour repérer les infections discrètes, l’équipe a développé un outil de haute précision : un test qPCR. Cette technique moléculaire permet de détecter des traces infimes du parasite dans le sang et de mesurer la quantité de pathogène présente chez chaque individu.

Pendant trois ans, les scientifiques ont suivi deux colonies de goélands pour observer comment ce parasite circulait et quels étaient ses effets réels sur la vie des oiseaux.

Une infection aux impacts variables selon l’âge

Les résultats mettent en évidence des effets différenciés du parasite selon le stade de vie de l’individu :

Enjeux pour la conservation

Pris isolément, ces impacts peuvent sembler modestes. Si Babesia sp. YLG ne décime pas les colonies, il agit comme un facteur de stress supplémentaire. Dans un monde où les oiseaux marins font déjà face à la raréfaction de la nourriture ou au changement climatique, ces infections peuvent influencer la dynamique démographique sur le long terme.

Cette étude souligne ainsi l’importance de s’intéresser aussi aux pathogènes les plus discrets.

Les recherches futures devront désormais se concentrer sur les conséquences à long terme de cette infection sur la dynamique des populations et des communautés, et examiner ses impacts sur l’évolution de ces populations dans un monde en mutation rapide.


Référence de la publication

Buysse M., Ollagnier M., Souc C., Bruley M., Blanchon T., Leray C., Vittecoq M., McCoy K.D. 2025. Spatiotemporal Dynamics of Blood Parasite Infections and Impacts on Avian Health and Reproduction. Molecular Ecology n/a:e70178. doi: 10.1111/mec.70178 [21]

Contact

Marion Vittecoq [22] | Directrice de recherche – Coordinatrice des thèmes Ecologie de la Santé & Conservation des Espèces

Flux de sédiments et de carbone : une nouvelle modélisation éclaire le rôle du Rhône

Publié par gollivier le Publications | Pas de commentaire

Le Rhône est l’un des premiers fournisseurs de sédiments et de carbone organique pour la Méditerranée. Chaque année, il charrie vers la mer près de 5,5 millions de tonnes de sédiments – l’équivalent de 2 000 piscines olympiques – ainsi que 173 000 tonnes de carbone organique, soit un volume comparable à ce que 870 000 arbres peuvent absorber par an. Ces apports nourrissent les écosystèmes marins, soutiennent la biodiversité, contribuent à freiner l’érosion naturelle des côtes et à ralentir le recul du trait de côte, notamment en Camargue et dans le golfe du Lion. Sans eux, plages et infrastructures côtières seraient encore plus exposées aux tempêtes et à la montée des eaux. Mais cet équilibre est fragile : en un siècle, les barrages ont réduit ces flux de 60 %, tandis que le changement climatique modifie le régime des crues, concentrant 70 % des apports sur seulement 10 % de l’année.

Des panaches de sédiments provenant du Petit Rhône et du Grand Rhône s’écoulent sur une distance d’environ 50 km jusqu’à la mer Méditerranée, le 13 février 2021. © Julien Seguinot – Wikimedia Commons

Une étude récente publiée en mars 2026 et menée par une équipe de recherche incluant la Tour du Valat, a utilisé pour la première fois le modèle SWAT-C (Soil and Water Assessment Tool – Carbon) pour quantifier la dynamique du carbone organique dans le vaste bassin versant du Rhône entre 2002 et 2020. Les résultats révèlent que les affluents alpins, comme la Durance et l’Isère, contribuent à 70 % du carbone organique transporté, principalement sous forme labile – une fraction biodégradable facilement assimilée par les micro-organismes qui participe activement au cycle du carbone et témoigne de la bonne santé des écosystèmes.

Mais ces chiffres s’accompagnent de marges d’incertitude importantes. Le modèle, bien que pionnier, sous-estime encore certaines variations locales, comme l’impact précis des barrages sur les sédiments fins, et nécessite des données plus détaillées pour mieux prédire notamment la dégradation du carbone en mer ou l’effet cumulatif des petits affluents. Par ailleurs, les scénarios futurs – liés au climat ou à la gestion des barrages – restent difficiles à modéliser avec précision.

Alors, que faire ? Les scientifiques insistent sur un point : avant d’envisager des solutions d’adaptation, comme modifier les lâchers de barrages, il est indispensable d’améliorer le modèle en intégrant davantage de mesures terrain et en réduisant ses marges d’erreur. Une chose est sûre : le Rhône est un véritable laboratoire à ciel ouvert pour comprendre comment concilier sécurité hydrique, préservation des côtes et lutte contre le réchauffement climatique – un défi qui dépasse largement nos frontières et concerne tous les littoraux méditerranéens.


Référence de la publication

Fabre C., Copard Y., Sauvage S., Radakovitch O., Piegay H., Sánchez-Pérez J.M., Fressard M., Boutron O. 2026. Integrated modelling of sediment and organic carbon fluxes in a large catchment: quantifying riverine contributions to the Mediterranean Sea. CATENA 264:109794. doi: 10.1016/j.catena.2026.109794 [23]


Contact

Olivier Boutron [24] | Directeur de recherche – Coordinateur du thème Dynamiques des zones humides et gestion de l’eau

Bilan du Life MARHA : 8 ans d’actions pour les lagunes méditerranéennes

Publié par gollivier le Actu projet,Actualités | Pas de commentaire

Après huit années de travaux pour améliorer la conservation des habitats marins, dont les lagunes côtières, le projet européen Life Marha (2018-2025), mené par l’Office français de la biodiversité avec 13 partenaires scientifiques et gestionnaires, s’est achevé. A ce titre, le Pôle-relais lagunes méditerranéennes, porté par la Tour du Valat, a accompagné l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion des sites Natura 2000 dans l’évaluation de l’état de conservation de l’Habitat d’Intérêt Communautaire prioritaire 1150* « Lagunes côtières ».

Les principaux résultats ont été présentés le 1er avril 2025 à Marseille, lors de la conférence de clôture [25].

© C. Genest

Comprendre pour agir

Les lagunes méditerranéennes présentent une grande diversité : certaines sont permanentes, d’autres temporaires, salées ou peu salées. Cette complexité rend leur suivi difficile. Le Pôle-relais lagunes méditerranéennes, coordonné par la Tour du Valat en partenariat avec le Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie et l’Office de l’Environnement de la Corse, a accompagné les gestionnaires Natura 2000 dans l’évaluation de ces milieux à l’aide d’une méthode nationale fondée sur 12 indicateurs.

Résultats :

Formation « Macrophytes » à la Tour du Valat – avril 2024 © Katia Lombardini / TDV

Les résultats d’évaluation à l’échelle du site Natura 2000 sont contrastés avec de nombreux indicateurs montrant un état altéré ou dégradé. Cependant, un résultat positif majeur concerne l’indicateur relatif à la surface de l’habitat. Les travaux de la Tour du Valat basés sur la télédétection ont montré que la surface de l’habitat est restée stable.

Des données pour mieux gérer

Si certains indicateurs révèlent encore des zones fragiles (pollution, impact climatique…), les évaluations permettent désormais de :

Toutes les données ont été centralisées dans la base de l’OFB et sont accessibles via une cartographie interactive, offrant un outil précieux pour les gestionnaires et chercheurs.

Perspectives

80 % des gestionnaires se disent prêts à renouveler l’évaluation, mais un soutien technique et financier reste nécessaire. La méthode nationale doit être adaptée à la diversité des typologies lagunaires et une actualisation des documents d’objectifs Natura 2000 avec l’intégration de fiches actions spécifiques à l’HIC 1150* sont recommandées. La cartographie doit continuer à évoluer et s’enrichir pour répondre aux besoins croissants des gestionnaires.

Ces éléments seront cruciaux pour maintenir l’élan des gestionnaires et atteindre les objectifs à long terme car évaluer l’état de ces écosystèmes est un défi majeur, essentiel pour assurer une gestion durable de ces milieux fragiles, véritables sentinelles du changement climatique.

Lire le bilan complet >> [26]

 

4 portraits de femmes scientifiques et gestionnaires à la Tour du Valat

Publié par marquis le Actualités | Pas de commentaire

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, et alors que les femmes restent largement sous-représentées dans les domaines scientifiques [27], la Tour du Valat met en lumière le travail de quatre d’entre-elles qui font avancer la science et la conservation de la nature au quotidien. Ingénieure, garde, chercheuse, technicienne : quatre métiers et quatre parcours pour un objectif partagé, celui de comprendre et protéger les zones humides.

Columba Martinez-Espinosa

Columba Martinez-Espinosa © Hervé Hote

Je me présenterais comme une scientifique avec une formation initiale en biologie et en écologie. Je me suis ensuite orientée vers la compréhension des dynamiques des socioécosystèmes avec l’eau comme fil conducteur.

J’ai choisi ce parcours car je ne pouvais pas être indifférente aux problématiques qui m’entouraient : j’ai grandi à Mexico, qui est une ville située dans un ancien lac et où, aujourd’hui, il y a des problèmes liés à la qualité et à la pollution de l’eau. Ça me paraissait impossible qu’on soit 25 millions de personnes et qu’on n’arrive pas à avoir un rapport plus sain avec l’écosystème où on habite.
Puis j’ai eu la curiosité de découvrir d’autres modes de vie et d’autres mondes. C’est comme ça que j’ai continué ma formation hors du Mexique… en faisant quelques détours. Je suis allée en Malaisie, par exemple, dans d’autres écosystèmes, un autre système de vie. Puis je suis venue en France où j’ai fait un doctorat et, finalement, j’ai atterri à la Tour du Valat. Je trouve du sens dans le fait de travailler dans un institut de sciences appliquées, où la science permet de nourrir les décisions et de proposer des modes de production et de gestion qui intègrent les écosystèmes.

Dans mon parcours, je ne me suis jamais sentie discriminée en tant que femme, mais je me suis rendue compte que mes directeurs de thèse et mes collaborateurs étaient principalement des hommes. Avec les quelques femmes avec qui j’ai travaillé, j’ai eu une relation plus intime, de la sororité : je savais que je pouvais compter sur elles et ça m’a beaucoup apporté dans ma carrière scientifique.

Maintenant que je suis mère, j’ai découvert un nouveau défi : combiner la partie personnelle familiale avec mon métier. Et c’est là où je trouve que le domaine des sciences pourrait s’améliorer.
À la Tour du Valat, je me sens privilégiée quand je vois à quel point il peut être difficile dans d’autres institutions de concilier la vie de mère et le travail. Par exemple, je suis allée à une conférence internationale où une crèche était prévue, et je pense que ça fait une vraie différence : j’ai pu y assister avec mon bébé de 8 mois. Je dirais qu’il faut oser croire en soi-même en tant que femme, oser demander plus et se dire qu’on est capable de concilier les deux. Mon travail avait de la valeur avant que j’aie un enfant, il en a tout autant maintenant que j’en ai, alors pourquoi ne pas prévoir des aménagements qui vont me permettre continuer ma carrière et d’être un facteur de changement dans la société ?

Enfin, je dirais qu’il faut tisser des liens solides avec d’autres femmes, se soutenir mutuellement et ne pas sentir se sentir seule, parce qu’on est la moitié de la population mondiale !


Marion Lourenço

Marion Lourenço dans la Réserve Naturelle Régionale de la Tour du Valat © Damien Cohez

Mon métier, c’est celui de garde-technicienne dans une réserve naturelle : ici dans une Réserve naturelle régionale, mais ça existe aussi pour d’autres espaces naturels avec des statuts différents. J’y ai accédé par un BTS Gestion et protection de la nature, puis une licence professionnelle Gestion de l’environnement et développement durable, et ensuite des stages pratiques et boulots d’éco-gardes saisonniers, car on apprend beaucoup sur le tas.

C’est un métier qui regroupe quatre facettes :

Ce qui m’a orientée vers ce métier, c’est avant tout un besoin de nature : je ne m’envisageais pas à un autre endroit. Ça correspond à l’environnement dans lequel j’ai besoin d’être et où j’ai envie d’évoluer. Pour moi, ce sont plus des métiers d’accompagnement du vivant : on contribue à notre toute petite échelle et avec humilité, mais c’est un métier qui a du sens et une signification réelle. C’est aussi un métier polyvalent, avec une grande diversité de missions qui va dépendre des postes, des structures, des besoins, mais aussi des années, des saisons et même des semaines. Comme le cycle de la nature n’est pas forcément celui des humains, ça demande de savoir être flexible face aux impondérables qui vont se présenter et décider de la plus grande partie de notre planning : on s’adapte.

Dans mon quotidien professionnel, je pense assez peu au fait d’être une femme : j’ai eu la chance d’évoluer dans des situations où ce n’était pas une question, avec beaucoup d’expériences positives.
Mon équipe est quasiment exclusivement masculine, et j’observe parfois des mécanismes de protection et de bienveillance, à vouloir faire à ma place des choses qui demandent de forcer, par exemple, mais je ne suis pas en reste là-dessus ! Et si pour moi ce n’est pas un sujet, je reconnais que pour certaines c’en est un : j’aimerais que ça ne le soit plus.

Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on retrouve plutôt des femmes dans des postes de conservatrices, de responsables, et des hommes dans les métiers techniques et d’exécution, mais que ça évolue beaucoup. Je trouve qu’il faut surtout garder à l’esprit que nous sommes des personnes avec des caractéristiques propres, reconnaître ses atouts et ses limites et composer avec de la manière la plus intelligente, juste et bienveillante possible. Je pense notamment aux questions de force mobilisable et de physionomie par exemple, car cela peut être un frein pour certaines : je dirais qu’en dehors même des questions hommes/femmes, il ne faut pas rentrer dans des compétitions de force, abandonner les stéréotypes liés aux corps et ne pas hésiter à demander des adaptations de matériel. En fait, ça libère énormément de dégenrer ces questions, ça permet de préserver son capital physique et de ne pas s’abimer. Quand je conduis des chantiers, je veux que tout le monde soit dans une zone où il/elle se respecte : ce n’est pas un concours !


Lisa Ernoul

Lisa Ernoul © Arsène Marquis

Je suis la coordinatrice de l’équipe de gestion et de restauration à la Tour du Valat. J’ai y ai commencé ma carrière en tant que cheffe de projet pour des projets de conservation dans le bassin méditerranéen. Au fil du temps, j’ai obtenu mon doctorat en géographie humaine et développé des projets de recherche appliquée visant à améliorer les méthodologies et les approches de conservation sur le terrain.

J’ai toujours aimé la nature et ressenti le besoin d’améliorer le monde qui m’entoure. Au début de ma carrière, j’ai travaillé dans les domaines du développement et de l’humanitaire, et j’ai découvert que combiner la science et les aspects humains pouvait être un moyen d’y parvenir.

Pendant mes études et lorsque j’ai commencé à travailler à la Tour du Valat, le milieu était majoritairement masculin. J’étais souvent la seule ou l’une des seules femmes au sein d’un projet, voire dans mon domaine. Je ne me sentais pas discriminée, mais j’avais l’impression de devoir constamment prouver que j’étais aussi compétente que mes collègues masculins. Il y a définitivement eu des moments où on a préféré des hommes à moi pour certains postes, mais j’ai maintenant l’impression qu’on encourage davantage la parité hommes-femmes. Par conséquent, on me contacte souvent parce que je suis une femme scientifique travaillant dans le bassin méditerranéen et que différents réseaux doivent garantir l’égalité géographique ainsi que la parité. Cela m’a donné l’occasion d’assumer de nouvelles responsabilités, mais cela peut également représenter une charge supplémentaire. Cette discrimination positive peut-être bénéfique à long terme, mais elle peut aussi parfois être perçue comme le fait de devoir sélectionner une personne moins qualifiée. Personnellement, je souhaite être considérée comme une scientifique compétente, indépendamment de mon genre.

Je pense qu’il est important d’avoir des mentors pour nous aider, en particulier au début, et je pense qu’avoir une femme comme mentor peut certainement aider, car elle a souvent vécu des expériences similaires, non seulement sur le plan professionnel, mais aussi personnel.


Carole Leray

Carole Leray © Arsène Marquis-Soria

Je travaille comme technicienne de recherche à la Tour du Valat, et spécifiquement comme technicienne en ornithologie dans l’équipe Ecologie de la santé, c’est-à-dire que je travaille sur les projets où on se pose des questions sur les virus, les parasites et les bactéries qui touchent la faune sauvage. Mon travail est très lié au concept ”Une seule santé”, qui lie les problématiques de santé de la faune sauvage, de la faune domestique, de l’environnement et de l’humain.

Je n’ai pas du tout une formation scientifique à la base : j’ai plutôt choisi de faire une formation professionnelle car je voulais travailler dans l’environnement, plus précisément dans la gestion des milieux naturels, pour pouvoir faire du terrain et surtout travailler sur les oiseaux. C’est en faisant un service civique ici que j’ai découvert le côté « recherche » et « écologie de la santé » que je n’avais pas du tout appris pendant mes études. Dans ces métiers, dire que tu es technicienne de recherche, c’est vague car c’est un métier très variable selon le poste : la pratique m’a permis d’apprendre énormément de compétences, dont certaines très spécifiques, comme la pose de balise ou la réalisation de prises de sang sur des oiseaux

La question des femmes dans les sciences m’amuse un peu, parce que dans mon cas il y a vraiment deux côtés : une partie du terrain et du milieu de l’ornithologie qui est un monde très masculin, où tu peux être vite jugée en tant que femme parce que c’est du terrain physique. J’y ai été confrontée à des doutes sur mes compétences, c’est-à-dire sur ma capacité à pouvoir réaliser mon travail. Mais avec le temps et l’expérience, ce sont des situations que je ne rencontre plus vraiment. Je pense que la place des femmes a un peu changé, ainsi que l’image qu’en ont les gens et, dans mon cas, je crois surtout que c’est l’image que j’ai de moi-même qui a évoluée avec le temps.
Au contraire, le monde de la recherche peut être très féminin ! Je travaille en majorité avec des femmes, et ça se passe très bien. En revanche, comme il n’y a pas beaucoup de postes dans la science et la recherche, j’ai l’impression qu’un sentiment de compétition peut exister et être difficile, même si moi je ne les jamais ressenti avec mes collègues

C’est peut-être utopique, mais je pense que moins de jugement changerait tout, pour tout le monde. J’ai aussi souvent observé qu’à compétences égales, les femmes ont tendance à se remettre en question alors que les hommes sont sûrs d’eux : il faut avoir plus confiance en nous. Ce que j’aime dans ce domaine, c’est que chacun ou chacune à quelque chose de différent à apporter. Donc non, on n’est pas exactement pareils, mais c’est ça qui fait la richesse des sciences.

 

Appel à contributions : 21ème conférence de la Society of Wetlands Scientists

Publié par gollivier le Actualités,Evénements | Pas de commentaire

La Society of Wetland Scientists (SWS) – Chapter Europe lance son appel à contributions pour sa 21e conférence européenne, qui se tiendra du 29 juin au 3 juillet 2026 à České Budějovice, en République tchèque.

Placée sous le thème « Zones humides fonctionnelles comme partie de la connectivité hydrologique et de la résilience du paysage », cette conférence internationale réunira scientifiques, gestionnaires d’espaces naturels et étudiants afin d’échanger autour du rôle des zones humides dans la connectivité des paysages et leur capacité de résilience.
Les organisateurs invitent les étudiantes, étudiants, jeunes chercheuses et chercheurs à soumettre leurs propositions de communication sous forme de présentation orale, communication courte ou poster.
Date limite de soumission des résumés : 29 mars 2026
A noter que des travel grants sont également proposés afin de soutenir la participation des jeunes scientifiques.
En savoir plus : Lien d’inscription à la conférence [28]

Contact :

Columba Martinez Espinosa, Présidente du chapitre européen de la Society of Wetlands Scientists (SWS) | [email protected] [29]

Malte : se préparer à la future loi européenne sur la restauration de la nature

Publié par gollivier le Actualités | Pas de commentaire

Face à l’urgence climatique et à l’érosion de la biodiversité, l’Europe s’engage dans un chantier historique avec la Loi sur la Restauration de la Nature. D’ici septembre 2026, chaque État membre devra présenter son « Plan national de restauration ». En janvier dernier, Patrick Grillas, chercheur associé à la Tour du Valat, s’est rendu à Malte pour aider les acteurs locaux à se préparer à ce défi de taille. Pour ce petit archipel à la densité démographique record, l’enjeu est stratégique : comment restaurer des zones humides là où l’eau est rare et la pression humaine constante ?

Pour répondre à ce tournant décisif, la Société européenne pour la restauration écologique (SER-Europe) [30] a accompagné une formation de quatre jours organisée par BirdLife Malta et animée par Patrick Grillas, ancien directeur du programme de la Tour du Valat, visant à renforcer les capacités nationales des principales agences gouvernementales (Autorité des ressources environnementales, Agence de l’énergie et de l’eau) ainsi que d’organisations non gouvernementales (Nature Trust, Majjistral Park et Amis de la Terre).

Les sessions, qui se sont déroulées du 19 au 22 janvier 2026, ont été centrées sur le renforcement d’une compréhension commune, le développement des compétences techniques et la promotion de la collaboration intersectorielle.

La première journée a été consacrée aux principes fondamentaux de la restauration, notamment aux normes SER et à des études de cas tirées de projets de restauration internationaux.

 

Photo de groupe des participants lors du deuxième jour de la formation présentielle sur la restauration des zones humides à Malte, organisée par BirdLife Malta.

Des standards internationaux à la réalité maltaise

L’application des principes et normes internationaux pour la restauration écologique de la SER a constitué le fil conducteur du programme. La première journée a été consacrée à une immersion théorique, illustrée par des exemples de projets menés ailleurs dans le monde. Les jours suivants ont alterné discussions techniques et apprentissages sur le terrain.

Les participants ont visité plusieurs sites de l’archipel, notamment sur l’île de Comino, pour analyser leur potentiel de restauration, les contraintes locales et les enjeux de gestion à long terme.

Au cœur des échanges : planifier des actions réalistes, définir des indicateurs mesurables et concevoir des projets conformes aux exigences européennes — tout en tenant compte des spécificités écologiques et socio-économiques de Malte.

La restauration : un levier de collaboration

Soumise à de fortes pressions écologiques — densité démographique élevée, tourisme, artificialisation des sols, pénurie d’eau — Malte doit aujourd’hui accélérer ses efforts de restauration. Si les besoins sont importants, le potentiel d’action l’est tout autant.

L’élaboration du Plan national de restauration, pilotée par l’Autorité des ressources environnementales, offre une occasion unique de remédier à la dégradation des habitats. Mais la technique seule ne suffit pas. Durant la formation, les participants ont souligné l’importance de s’appuyer sur un cadre commun fondé sur les meilleures pratiques internationales et garantir l’engagement durable des parties prenantes — autorités publiques, société civile, propriétaires fonciers, agriculteurs et pêcheurs.

Les excursions comprenaient une visite d’une journée entière sur l’île de Comino.

« La réussite de la restauration dépend d’un principe fondamental : l’engagement des acteurs. On ne restaure pas la nature contre les gens, mais avec eux » – Patrick Grillas

Renforcer les capacités sur le long terme

Les retours des participants ont confirmé l’intérêt de la formation pour consolider les compétences techniques et créer de nouveaux liens entre les acteurs de la restauration à Malte. En s’appuyant sur les standards de la SER, l’atelier a permis de poser un langage partagé et une approche commune, utiles à l’élaboration et à la mise en œuvre du plan national.

ER-Europe entend poursuivre cette dynamique en faveur d’une restauration écologique fondée sur des normes scientifiques solides dans toute la région. Dans le contexte de la mise en œuvre de la Loi sur la Restauration de la Nature, coopération et renforcement des capacités resteront déterminants pour obtenir des résultats concrets et mesurables pour les écosystèmes.


La formation était organisée par BirdLife Malta [31], accueillie par l’Autorité des ressources environnementales [32], avec le soutien de Tour du Valat, et financée par Fondation Oak [33] et BirdLife International. [34]

Natur’Adapt Sud : une dynamique régionale renforcée pour faire face aux défis climatiques

Publié par gollivier le Actu projet,Actualités | Pas de commentaire

Après 18 mois d’une collaboration intense entre gestionnaires d’espaces naturels de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et structures animatrices, le projet Natur’Adapt Sud s’est clôturé en février 2026. Ce projet ambitieux laisse derrière lui des outils concrets et une dynamique régionale renforcée pour faire face aux défis climatiques.

Lancé en juillet 2024 et coordonné par la Tour du Valat en collaboration avec le Conservatoire d’espaces naturels de PACA, le projet Natur’Adapt Sud a mobilisé 13 réserves naturelles (7 nationales et 6 régionales) de Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’objectif était clair : anticiper le changement climatique pour adapter nos modes de gestion dans les espaces protégés.

Un bilan chiffré qui témoigne de l’ampleur du travail

L’aboutissement du projet se traduit par une montée en compétence des équipes et la production de documents de stratégiques :

La force de l’animation territoriale et de la mise en réseau

Au-delà de la production technique, Natur’Adapt Sud a structuré un réseau régional d’échange de pratiques inédit. Comme l’ont souligné les participants lors de la clôture : « Se réunir donne de la force ». Cette dynamique collective a permis de dégager des constats partagés qui interrogent les fondements mêmes de la protection de la nature :

Et pour la Tour du Valat ?

Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat | Arsène Marquis-Soria

Pour la Tour du Valat, les analyses réalisées ont confirmé la vulnérabilité de milieux emblématiques tels que les mares temporaires. La stratégie d’adaptation issue du projet s’articule désormais autour du renforcement de la résilience écologique et d’une gestion hydraulique adaptative, visant à anticiper et accompagner les évolutions des cortèges d’espèces comme les anatidés hivernants.

Perspectives : de la planification à l’action

La fin du projet marque le début de la phase de mise en œuvre. Les plans d’adaptation seront progressivement intégrés dans les plans de gestion officiels des réserves.

L’enjeu majeur réside désormais dans la pérennisation de cette animation régionale. Le maintien d’un réseau fonctionnel et le financement des mesures concrètes seront déterminants pour transformer ces stratégies d’adaptation en résultats de conservation durables face au changement climatique.

Les diagnostics de vulnérabilité et les plans d’adaptation des réserves, réalisés dans le cadre du projet, seront bientôt accessibles en ligne sur la page dédiée.


Responsable du projet : Noémie Nojaroff


Partenaires techniques du projet :

Partenaires financiers du projet :