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Appel à contributions : 21ème conférence de la Society of Wetlands Scientists

La Society of Wetland Scientists (SWS) – Chapter Europe lance son appel à contributions pour sa 21e conférence européenne, qui se tiendra du 29 juin au 3 juillet 2026 à České Budějovice, en République tchèque.

Placée sous le thème « Zones humides fonctionnelles comme partie de la connectivité hydrologique et de la résilience du paysage », cette conférence internationale réunira scientifiques, gestionnaires d’espaces naturels et étudiants afin d’échanger autour du rôle des zones humides dans la connectivité des paysages et leur capacité de résilience.
Les organisateurs invitent les étudiantes, étudiants, jeunes chercheuses et chercheurs à soumettre leurs propositions de communication sous forme de présentation orale, communication courte ou poster.
Date limite de soumission des résumés : 15 mars 2026
A noter que des travel grants sont également proposés afin de soutenir la participation des jeunes scientifiques.
En savoir plus : Lien d’inscription à la conférence [1]

Contact :

Columba Martinez Espinosa, Présidente du chapitre européen de la Society of Wetlands Scientists (SWS) | [email protected] [2]

Malte : se préparer à la future loi européenne sur la restauration de la nature

Publié par gollivier le Actualités | Pas de commentaire

Face à l’urgence climatique et à l’érosion de la biodiversité, l’Europe s’engage dans un chantier historique avec la Loi sur la Restauration de la Nature. D’ici septembre 2026, chaque État membre devra présenter son « Plan national de restauration ». En janvier dernier, Patrick Grillas, chercheur associé à la Tour du Valat, s’est rendu à Malte pour aider les acteurs locaux à se préparer à ce défi de taille. Pour ce petit archipel à la densité démographique record, l’enjeu est stratégique : comment restaurer des zones humides là où l’eau est rare et la pression humaine constante ?

Pour répondre à ce tournant décisif, la Société européenne pour la restauration écologique (SER-Europe) [3] a accompagné une formation de quatre jours organisée par BirdLife Malta et animée par Patrick Grillas, ancien directeur du programme de la Tour du Valat, visant à renforcer les capacités nationales des principales agences gouvernementales (Autorité des ressources environnementales, Agence de l’énergie et de l’eau) ainsi que d’organisations non gouvernementales (Nature Trust, Majjistral Park et Amis de la Terre).

Les sessions, qui se sont déroulées du 19 au 22 janvier 2026, ont été centrées sur le renforcement d’une compréhension commune, le développement des compétences techniques et la promotion de la collaboration intersectorielle.

La première journée a été consacrée aux principes fondamentaux de la restauration, notamment aux normes SER et à des études de cas tirées de projets de restauration internationaux.

 

Photo de groupe des participants lors du deuxième jour de la formation présentielle sur la restauration des zones humides à Malte, organisée par BirdLife Malta.

Des standards internationaux à la réalité maltaise

L’application des principes et normes internationaux pour la restauration écologique de la SER a constitué le fil conducteur du programme. La première journée a été consacrée à une immersion théorique, illustrée par des exemples de projets menés ailleurs dans le monde. Les jours suivants ont alterné discussions techniques et apprentissages sur le terrain.

Les participants ont visité plusieurs sites de l’archipel, notamment sur l’île de Comino, pour analyser leur potentiel de restauration, les contraintes locales et les enjeux de gestion à long terme.

Au cœur des échanges : planifier des actions réalistes, définir des indicateurs mesurables et concevoir des projets conformes aux exigences européennes — tout en tenant compte des spécificités écologiques et socio-économiques de Malte.

La restauration : un levier de collaboration

Soumise à de fortes pressions écologiques — densité démographique élevée, tourisme, artificialisation des sols, pénurie d’eau — Malte doit aujourd’hui accélérer ses efforts de restauration. Si les besoins sont importants, le potentiel d’action l’est tout autant.

L’élaboration du Plan national de restauration, pilotée par l’Autorité des ressources environnementales, offre une occasion unique de remédier à la dégradation des habitats. Mais la technique seule ne suffit pas. Durant la formation, les participants ont souligné l’importance de s’appuyer sur un cadre commun fondé sur les meilleures pratiques internationales et garantir l’engagement durable des parties prenantes — autorités publiques, société civile, propriétaires fonciers, agriculteurs et pêcheurs.

Les excursions comprenaient une visite d’une journée entière sur l’île de Comino.

« La réussite de la restauration dépend d’un principe fondamental : l’engagement des acteurs. On ne restaure pas la nature contre les gens, mais avec eux » – Patrick Grillas

Renforcer les capacités sur le long terme

Les retours des participants ont confirmé l’intérêt de la formation pour consolider les compétences techniques et créer de nouveaux liens entre les acteurs de la restauration à Malte. En s’appuyant sur les standards de la SER, l’atelier a permis de poser un langage partagé et une approche commune, utiles à l’élaboration et à la mise en œuvre du plan national.

ER-Europe entend poursuivre cette dynamique en faveur d’une restauration écologique fondée sur des normes scientifiques solides dans toute la région. Dans le contexte de la mise en œuvre de la Loi sur la Restauration de la Nature, coopération et renforcement des capacités resteront déterminants pour obtenir des résultats concrets et mesurables pour les écosystèmes.


La formation était organisée par BirdLife Malta [4], accueillie par l’Autorité des ressources environnementales [5], avec le soutien de Tour du Valat, et financée par Fondation Oak [6] et BirdLife International. [7]

Natur’Adapt Sud : Clap de fin pour un projet pionnier au service des réserves naturelles de PACA

Publié par gollivier le Actu projet,Actualités | Pas de commentaire

Après 18 mois d’une collaboration intense entre gestionnaires d’espaces naturels de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et structures animatrices, le projet Natur’Adapt Sud s’est clôturé en février 2026. Ce projet ambitieux laisse derrière lui des outils concrets et une dynamique régionale renforcée pour faire face aux défis climatiques.

Lancé en juillet 2024 et coordonné par la Tour du Valat en collaboration avec le Conservatoire d’espaces naturels de PACA, le projet Natur’Adapt Sud a mobilisé 13 réserves naturelles (7 nationales et 6 régionales) de Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’objectif était clair : anticiper le changement climatique pour adapter nos modes de gestion dans les espaces protégés.

Un bilan chiffré qui témoigne de l’ampleur du travail

L’aboutissement du projet se traduit par une montée en compétence des équipes et la production de documents de stratégiques :

La force de l’animation territoriale et de la mise en réseau

Au-delà de la production technique, Natur’Adapt Sud a structuré un réseau régional d’échange de pratiques inédit. Comme l’ont souligné les participants lors de la clôture : « Se réunir donne de la force ». Cette dynamique collective a permis de dégager des constats partagés qui interrogent les fondements mêmes de la protection de la nature :

Et pour la Tour du Valat ?

Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat | Arsène Marquis-Soria

Pour la Tour du Valat, les analyses réalisées ont confirmé la vulnérabilité de milieux emblématiques tels que les mares temporaires. La stratégie d’adaptation issue du projet s’articule désormais autour du renforcement de la résilience écologique et d’une gestion hydraulique adaptative, visant à anticiper et accompagner les évolutions des cortèges d’espèces comme les anatidés hivernants.

Perspectives : de la planification à l’action

La fin du projet marque le début de la phase de mise en œuvre. Les plans d’adaptation seront progressivement intégrés dans les plans de gestion officiels des réserves.

L’enjeu majeur réside désormais dans la pérennisation de cette animation régionale. Le maintien d’un réseau fonctionnel et le financement des mesures concrètes seront déterminants pour transformer ces stratégies d’adaptation en résultats de conservation durables face au changement climatique.

Les diagnostics de vulnérabilité et les plans d’adaptation des réserves, réalisés dans le cadre du projet, seront bientôt accessibles en ligne sur la page dédiée.


Responsable du projet : Noémie Nojaroff [8]


Partenaires techniques du projet :

Partenaires financiers du projet :

Les oiseaux changent d’altitude pour survivre à la traversée des déserts et des mers

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Rousserolle Turdoïde, oiseau migrateur qui vole fréquemment au-dessus de 2000m pour traverser le désert du Sahara © Marc Thibault

Chaque année, des milliards d’oiseaux entreprennent des migrations extraordinaires, traversant de vastes déserts et des mers ouvertes sans lieu où s’arrêter, se nourrir ou  se reposer. Une nouvelle étude internationale publiée dans iScience par un groupe de chercheurs de la Tour du Valat, du CEFE-CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle  et de la station ornithologique suisse révèle que les petits oiseaux migrateurs ajustent leur altitude de vol au-dessus de ces barrières écologiques et que leurs stratégies dépendent de  la morphologie de leurs ailes et de la couleur de leur plumage.

À l’aide de dispositifs de suivi miniatures intégrant de multiples capteurs, les chercheurs ont suivi 17 espèces de petits oiseaux migrateurs lors de leur traversée de deux barrières majeures entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne : le désert du Sahara et de vastes zones  maritimes telles que la mer Méditerranée et le golfe de Gascogne.
Les résultats montrent des différences frappantes dans le comportement de vol.

Voler haut au-dessus du Sahara, bas au-dessus de la mer

Lorsqu’ils traversent le désert du Sahara, les oiseaux volent généralement à des altitudes beaucoup plus élevées qu’au-dessus de la mer, atteignant souvent 2 500 à 4 000 mètres audessus du niveau de la mer, en particulier pendant la journée. En revanche, les traversées  maritimes se font généralement à des altitudes beaucoup plus basses, parfois à quelques  dizaines de mètres seulement au-dessus de la surface de l’eau.

Traquet motteux équipé d’un dispositif de suivi miniature intégrant de multiples capteurs (lumière, pression, activité de l’oiseau) sur le dos © Stéphan Tillo / Tour du Valat

Selon Jocelyn Champagnon, directeur de recherche à la Tour du Valat et co-auteur de l’étude, « Ces petits oiseaux volent pratiquement exclusivement de nuit mais ils prolongent  parfois leurs vols nocturnes jusqu’au lendemain lorsqu’ils traversent le désert. Quand le soleil se lève, nous avons découvert qu’ils montent en altitude. Ce comportement les aide probablement à éviter la surchauffe en atteignant un air plus frais à des altitudes plus élevées. À l’inverse, lorsqu’ils traversent les mers, ils descendent, ce qui les expose au risque de collision avec les futures centrales éoliennes offshore. »

La taille et la couleur des ailes ont leur importance

L’étude montre que les caractéristiques physiques aident à expliquer pourquoi les espèces volent à des altitudes différentes :

Globalement, ces résultats démontrent que les stratégies de migration sont étroitement liées à l’anatomie et aux contraintes thermiques.

Vols maritimes inattendus à basse altitude

L’étude montre également qu’au-dessus des barrières maritimes, certaines espèces, en particulier le traquet motteux, volent fréquemment très près de la surface de la mer, passant parfois la majeure partie de la traversée à moins de 50 mètres d’altitude.
Voler à basse altitude peut réduire les coûts énergétiques en exploitant les vents plus calmes près de la surface ou les effets aérodynamiques à proximité de l’eau, mais des recherches supplémentaires seront nécessaires pour comprendre pleinement les avantages de cette stratégie.

Pourquoi ces résultats sont importants ?

Les oiseaux migrateurs longue distance sont en déclin. Les barrières écologiques telles que les déserts et les mers représentent certaines des étapes les plus dangereuses de la migration des oiseaux. L’étude souligne à quel point ces stratégies de traversée sont finement ajustées et à quel point elles peuvent être sensibles aux changements environnementaux.

Ces résultats ont des implications pour le développement de l’énergie éolienne dans les environnements marins. De nombreux oiseaux migrateurs traversent les mers à basse altitude, volant parfois près de la surface de l’eau, ce qui peut les amener dans l’emprise des pâles des éoliennes offshores lors de leurs longs vols. Comprendre quand, où et à quelle altitude les oiseaux survolent les zones marines peut aider à améliorer la planification et l’exploitation des parcs éoliens, réduisant ainsi les risques de collision.

Cette étude a été financée par les programmes Migralion (2021-2025) [13] et Migratlane (2022-2027) initiés dans le contexte du développement de l’éolien offshore, pour faire face au constat d’un manque crucial de données sur les oiseaux marins et migrateurs, notamment dans le golfe du Lion et le golfe de Gascogne, et la nécessité urgente d’acquérir des connaissances précises sur ces espèces.


Référence de la publication

Dufour, P. et al. (2026). Ecological barrier crossing strategies in small migratory birds depend on wing morphology and plumage color. iScience, 29, 114466. https://doi.org/10.1016/j.isci.2025.11446 [14]

Redécouverte historique au Tchad : une espèce d’oiseau documentée pour la première fois depuis près d’un siècle

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Dans le cadre du projet RESSOURCE+ [15], coordonné par la FAO et cofinancé par l’Union Européenne et le FFEM [16], une équipe franco-tchadienne de la Direction de la Faune et des Aires Protégées du Tchad (DFAP), de la Tour du Valat et de l’OFB a eu la chance de réaliser l’observation exceptionnelle d’un oiseau qui n’avait pas été documenté depuis quasiment un siècle : l’Alouette rousse Calendulauda rufa.

Premières photos mondiales de l’Alouette rousse Calendulauda rufa © J.Birard, I. Dapsia & P. Defos du Rau

Le 2 février 2026, Idriss Dapsia (DFAP), Julien Birard (Tour du Valat) et Pierre Defos du Rau (OFB) ont observé longuement, photographié et filmé un individu d’Alouette rousse, Rusty Lark (Calendulauda rufa) dans la réserve de faune d’Abou Telfane, à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville de Mongo (province du Guéra), dans le centre du Tchad. Ce même individu a été revu le 15 février avec Abakar Saleh Wachoum, point focal RESSOURCE+ [15] et le chef secteur faune de Mongo, Abdoulaye Mbaye.

Grâce aux images réalisées sur le terrain, cette redécouverte a été immédiatement confirmée par des ornithologues experts du Tchad (Joost Brouwer & Tim Wacher) et des alouettes (Paul Donald & Per Alström). Cette observation constitue la première donnée étayée de l’espèce depuis 1931 et fournit les premières photos au monde d’un spécimen vivant d’Alouette rousse.

Observation au sein du milieu où a été observé l’Alouette rousse Calendulauda rufa © J.Birard, I. Dapsia & P. Defos du Rau

Du stress hydrique à la sécurité hydrique : les zones humides, un atout stratégique pour la Méditerranée

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Le 5 février 2026, l’Observatoire des zones humides de la Méditerranée a eu l’honneur de co-organiser le dialogue politique « Du stress hydrique à la sécurité hydrique : les zones humides, un atout stratégique pour la Méditerranée » au Parlement européen, dans le cadre de la Journée Mondiale des Zones Humides.

[17]
Du stress hydrique à la sécurité hydrique : les zones humides, un atout stratégique pour la Méditerranée © Leonardo Vitale, WIEA

Cet évènement s’est déroulé aux côtés de Wetlands International Europe, de la Fondation Global Nature et en collaboration avec MedWet, sous l’égide des députés européens César Luena et Jutta Paulus. La Commission européenne était également représentée, notamment par la commissaire pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, aux côtés de Flore Lafaye de Michaux pour la Convention de Ramsar.

Les zones humides méditerranéennes constituent un atout stratégique pour la sécurité hydrique, l’adaptation au changement climatique et la stabilité socio-économique dans toute la région. Pourtant, le rapport régional MWO-3 alerte sur leur dégradation continue et systémique [18] : historiquement, plus de 56 % des zones humides naturelles des pays méditerranéens ont déjà disparu, principalement en raison de la conversion des terres [19].

Réunissant des décideurs politiques de l’UE, des partenaires méditerranéens et des experts scientifiques et politiques, l’événement a mis en évidence un message clair : la perte des zones humides n’est pas inévitable. Lorsque les cadres de gouvernance sont cohérents, que les besoins écologiques en eau sont satisfaits et que la restauration est financée de manière adéquate, les zones humides se rétablissent significativement et sont ainsi en mesure de continuer de soutenir des secteurs clés tels que l’agriculture, la pêche et le tourisme.

Les discussions ont porté sur la manière dont les principaux cadres politiques de l’UE, notamment le règlement sur la restauration de la nature, la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau et le pacte pour la Méditerranée, peuvent favoriser la restauration à grande échelle des zones humides, les investissements et une coopération plus étroite entre l’UE et la Méditerranée en matière de résilience hydrique et d’adaptation au changement climatique.

La protection et la restauration des zones humides méditerranéennes ne sont pas seulement une priorité en matière de conservation : elles constituent un investissement stratégique dans la sécurité de l’approvisionnement en eau, la résilience climatique, la biodiversité et la stabilité régionale.

Vous souhaitez en savoir plus ?

📄 Téléchargez notre note d’orientation : « Restaurer les zones humides pour la sécurité de l’approvisionnement en eau, la résilience climatique et la biodiversité ». [20]

Protection des zones humides : L’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et la Tour du Valat renouvellent leur partenariat

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Le 30 janvier aux Saintes-Maries-de-la-Mer, la Tour du Valat et l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ont renouvelé leur partenariat pour la connaissance, la gestion et la protection des milieux humides.
Cette signature s’inscrivait dans le cadre du lancement de la Journée mondiale des zones humides 2026 en Camargue, marquée également par le renouvellement de l’accord-cadre entre l’Agence de l’eau et le Conservatoire du Littoral, témoignant ainsi de l’engagement collectif en faveur de la préservation des zones humides.

Signature des accords-cadres. (De gauche à droite : Nicolas MOURLON, Directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ; Hélène SYNDIQUE, Directrice adjointe du Conservatoire du littoral ; Jean JALBERT, Directeur Général de la Tour du Valat)

10 ans de collaboration au service de la connaissance des zones humides

Ce troisième accord-cadre entre l’Agence de l’Eau et la Tour du Valat vient couronner dix années d’une collaboration fructueuse dédiée à la connaissance, à la gestion innovante et à la restauration des zones humides.

En appui au 12ème programme d’intervention de l’agence, ce partenariat s’articule autour de trois axes complémentaires :

  1. Améliorer la connaissance du fonctionnement des milieux humides méditerranéens, de leurs fonctions et leurs services, pour préciser leur état, leur vulnérabilité aux effets des modifications du climat, et ainsi proposer des méthodes prospectives et stratégiques pour contribuer à l’atteinte des objectifs du SDAGE ;
  2. Améliorer la connaissance des lagunes et de leurs zones humides périphériques, suivre leur état et leur fonctionnement pour l’atteinte du bon état de ces masses d’eau et des milieux humides péri-lagunaires ;
  3. Promouvoir et valoriser une gestion adaptative et innovante ainsi que la restauration des milieux humides, dans le cadre notamment du changement climatique.

Ces travaux viendront nourrir les politiques publiques (Directive cadre sur l’eau, 4e Plan national milieux humides, 12e programme de l’agence…) tout en offrant un appui opérationnel aux gestionnaires du bassin Rhône-Méditerranée.

Dans le même temps, un accord-cadre de partenariat a été signé entre l’Agence de l’eau et le Conservatoire du littoral, représenté par Hélène Syndique, directrice-adjointe, portant en particulier sur l’acquisition et la gestion des zones humides.

Ces signatures viennent acter la poursuite d’une action durable et engagée en faveur des zones humides, ces milieux essentiels tant à la biodiversité, qu’à nos sociétés humaines et leur adaptation au changement climatique.

Des zones humides au cœur des enjeux environnementaux

Il est particulièrement cohérent de signer ces deux accords-cadres dédiés aux zones humides ici, en Camargue, à l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides [21], c’est-à-dire la date anniversaire de la Convention sur les zones humides d’importance internationale, signée le 2 février 1971 à Ramsar, sur les bords de la mer Caspienne.
Mais ce mouvement international pour les zones humides a vu le jour ici, 9 ans plus tôt, en 1962, sous la forme d’une idée utopique qui a façonné le multilatéralisme environnemental [22]. À l’heure où la coopération internationale est attaquée, démantelée, il est salutaire de se remémorer l’engagement de nos aînés, particulièrement de Luc Hoffmann, et d’être nous-mêmes les porteurs des utopies de demain” a déclaré Jean Jalbert, directeur général de la Tour du Valat.

Alors que le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) Rhône Méditerranée et Corse souligne le rôle déterminant des zones humides pour la qualité des eaux, le Plan d’adaptation au changement climatique fixe un objectif ambitieux : préserver et restaurer 20 000 hectares de milieux humides.

Par la signature de ces accords-cadres, la Tour du Valat, le Conservatoire du Littoral et l’Agence de l’Eau réaffirment leur engagement en faveur de ces espaces sensibles, véritables zones tampons et interface entre terre, mer et lacs.
En effet, les zones humides fournissent une multitude de services écosystémiques : préservation de la biodiversité, filtration et stockage de l’eau, épanchement des crues, adaptation au changement climatique…  Malheureusement, ces milieux indispensables à nos sociétés sont parmi les plus dégradés, à l’échelle de la planète comme du bassin méditerranéen, où l’on estime qu’environ 56% des zones humides historiques ont disparu au cours du siècle dernier (MWO-3, 2025 [23]).

La Méditerranée sous forte pression : cinq leviers d’action pour changer de cap selon l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes

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En Méditerranée, deux habitants sur trois vivent près d’une zone humide, un patrimoine vital sous forte pression. L’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes propose cinq leviers d’action pour changer de cap.

Lac Skadar, situé sur la frontière entre l’Albanie et le Monténégro, est le plus grand lac d’Europe du Sud. © Walter Zerla

À l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides, le rapport de l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes [24](OZHM) alerte : malgré leur importance vitale pour les populations et la biodiversité, les zones humides méditerranéennes demeurent des écosystèmes fragiles, soumis à de multiples pressions (agriculture intensive, surexploitation de l’eau, artificialisation et changement climatique) qui entraînent des pertes rapides et continues. Historiquement, plus de la moitié des zones humides méditerranéennes ont déjà disparu et, rien qu’entre 1990 et 2020, les pertes sont estimées à -12 %.

Face à cette situation alarmante, l’OZHM identifie 5 leviers d’action concrets et immédiatement mobilisables en faveur d’un changement de cap pour les zones humides méditerranéennes. Préserver et restaurer ces espaces constitue un enjeu stratégique pour les pays méditerranéens pour garantir la résilience socio-économique, la paix et la stabilité dans la région.

Véritables infrastructures naturelles, les zones humides méditerranéennes rendent des services écosystémiques essentiels aux sociétés humaines : approvisionnement en eau douce, soutien à l’agriculture et à la pêche, régulation des crues, protection contre les submersions marines, stockage du carbone et atténuation des effets du changement climatique. Dans un bassin qui compte près de 590 millions d’habitants, près de deux Méditerranéens sur trois vivent à proximité d’au moins une zone humide, ce qui souligne le caractère vital de ces milieux pour la sécurité hydrique, la protection des territoires et les moyens de subsistance des populations méditerranéennes. La densité humaine y est en moyenne quatre fois supérieure à celle du reste du territoire, renforçant encore l’importance stratégique de ces écosystèmes pour la résilience des sociétés. Ces milieux figurent également parmi les écosystèmes les plus riches de la région : plus d’un tiers de la biodiversité méditerranéenne est concentré sur moins de 2 % du territoire, faisant des zones humides des réservoirs majeurs de vie et des piliers du maintien des équilibres écologiques.

Les zones humides méditerranéennes soumises à de multiples pressions

En 2024, la sécheresse et la forte demande en eau ont entraîné une baisse dramatique du taux de remplissage du barrage Al Massira, le deuxième plus grand barrage du Maroc. © Senna F.

L’agriculture intensive, première source de pression

Aujourd’hui, près de 30 % de l’espace fonctionnel des zones humides méditerranéennes est occupé par l’agriculture. Si ce secteur demeure essentiel pour les sociétés méditerranéennes, ce sont les formes d’agriculture intensive, en forte expansion notamment en Afrique du Nord, en Turquie et dans la péninsule Ibérique, qui exercent les pressions les plus fortes sur les zones humides. La conversion d’habitats humides naturels en terres agricoles entraîne des pertes directes de milieux, auxquelles s’ajoutent des impacts indirects liés à la surexploitation de l’eau pour l’irrigation.

Des tensions croissantes sur la ressource en eau

La demande en eau ne cesse de croître dans le bassin méditerranéen : elle pourrait tripler d’ici 2050, portée principalement par l’irrigation, qui représente déjà près des 2/3 des prélèvements. Dans le même temps, la disponibilité en eau par habitant a chuté d’environ 40 % en 30 ans au sud et à l’est de la Méditerranée, aggravant l’assèchement des zones humides dans des régions déjà en stress hydrique critique. Pour sécuriser ces usages, les rivières sont de plus en plus équipées de barrages, ce qui perturbe leur fonctionnement naturel : 95 % du linéaire des principaux cours d’eau méditerranéens est aujourd’hui impacté, réduisant les apports en eau indispensables au maintien des zones humides en aval.

Pressions urbaines et artificialisation des sols

Parallèlement, l’urbanisation rapide exerce une pression croissante sur les zones humides méditerranéennes, en particulier sur les littoraux et dans les plaines alluviales. Depuis 2000, les surfaces artificialisées autour des zones humides ont augmenté de 44 %, sous l’effet de l’étalement urbain, des infrastructures de transport et du développement touristique. L’imperméabilisation des sols limite l’infiltration de l’eau, accentue le ruissellement et fragmente les habitats, affaiblissant encore la capacité des zones humides à remplir leurs fonctions naturelles.

En France, la cistude d’Europe a subi une forte régression au cours des dernières années, ce qui a conduit à la classer dans la catégorie quasi-menacée, sur la liste rouge de l’UICN. © Jean E. Roché

 Changement climatique : un multiplicateur de risques

À l’horizon 2100, les températures moyennes du bassin méditerranéen pourraient augmenter de +1,7 °C à +5,2 °C, tandis que la moyenne des précipitations annuelles pourrait diminuer de -1 % à -5 %, voire jusqu’à -30 % dans certaines régions comme le Proche-Orient. Les zones humides côtières méditerranéennes sont particulièrement vulnérables aux effets de ces changements : l’Elévation du Niveau Moyen de la Mer (ENMM), couplé à la réduction des apports en sédiments et en eau douce à cause, notamment, de la multiplication des barrages, mèneraient à la disparition de 69 % à 92 % des marais côtiers d’ici la fin du siècle.

Des impacts directs sur la biodiversité et les territoires

Ces pressions cumulées ont des conséquences majeures sur la biodiversité et les territoires. Aujourd’hui, 40 % des espèces associées aux zones humides sont menacées, un chiffre qui atteint 69 % pour les espèces endémiques du bassin méditerranéen. Or, c’est la diversité des espèces et leurs interactions avec les milieux qui permettent aux zones humides de fonctionner et de fournir des services essentiels aux populations et de soutenir les activités économiques clés comme la pêche, l’agriculture et le tourisme. La dégradation de la biodiversité fragilise ainsi directement la résilience écologique, économique et sociale des territoires méditerranéens.

« Nous détruisons à grande vitesse une ressource dont nous dépendons alors même que ces milieux sont une part importante de la solution »

Pour Anis Guelmami, coordinateur de l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes : « Asséchées, dégradées, en voie de disparition face à la montée des pressions, nous détruisons à grande vitesse une ressource dont nous dépendons alors même que ces milieux sont une part importante de la solution : leur capacité à stocker le carbone, à réguler localement le climat en zone urbaine, à absorber l’excédent en eau lors d’évènements extrêmes ou à protéger les littoraux de l’érosion et des tempêtes, démontrent le rôle central des zones humides dans la lutte contre le changement climatique. Sans oublier la multitude de services qu’elles nous rendent : approvisionnement en nourriture, tourisme, culture, loisirs, eau potable pour ne citer que cela… alors que la disponibilité en eau par habitant a chuté de 40 % en 30 ans au sud et à l’est de la Méditerranée, il est urgent d’agir ! »

Cinq leviers pour inverser la tendance

Le rapport de l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéenne [24] souligne que la trajectoire actuelle est réversible, à condition d’agir rapidement et à grande échelle.

  1. Réconcilier aménagement du territoire et zones humides : Intégrer pleinement les zones humides dans les documents d’urbanisme en tant que Solutions fondées sur la Nature. Limiter l’artificialisation des sols, instaurer des zones tampons autour des milieux sensibles, tenir compte des impacts cumulatifs sur la connectivité écologique font partie des actions à mettre en œuvre. En parallèle des stratégies de désartificialisation ciblées, comme la renaturation des sols, le reméandrage des rivières peuvent restaurer des fonctions hydrologiques critiques.
  2. Accélérer la restauration écologique : près de 88 000 km² de zones humides de la rive nord de la Méditerranée, du Portugal à la Turquie, principalement des surfaces agricoles, pourraient être restaurés à faible coût (reconnexion au régime naturel d’inondation, changement de pratiques de gestion, etc), avec des bénéfices rapides pour la biodiversité, la gestion de l’eau et l’économie des territoires. D’ores et déjà 224 zones humides prioritaires pour la restauration ont été identifiées dans 24 pays MedWet, couvrant près de 4 000 km².
  3. Faire des politiques de l’eau un levier transversal : intégration des débits écologiques dans les plans de gestion de l’eau, restauration des continuités hydrologiques, coordination entre les usages humains et les écosystèmes, innovation et sobriété hydrique font partie de la palette de solutions à déployer. A titre d’exemple, la modernisation des systèmes d’irrigation dans les pays méditerranéens pourrait à elle seule permettre une réduction de la consommation d’eau de 35 %, tant dit que la réutilisation des eaux usées traitées, aujourd’hui limitée à seulement 20 % dans la région MENA, constitue un levier complémentaire encore largement sous-exploité.
  4. Renforcer la gouvernance et la coordination régionale : La conservation et la bonne gestion des zones humides nécessite des structures de gouvernance solides, coordonnées et participatives. Les fortes inégalités de capacités institutionnelles entre pays méditerranéens et la fragmentation des compétences limitent aujourd’hui l’efficacité des actions. Consolider les institutions environnementales, renforcer la coordination entre les pays et reconnaître le rôle des acteurs locaux sont essentiels. À l’échelle régionale, la coopération transfrontalière, l’harmonisation des indicateurs et la mutualisation des expertises constituent des leviers clés pour une action cohérente et efficace.
Le bassin versant du Sebou, pilier de la sécurité hydrique et alimentaire du Maroc, subit aujourd’hui des pressions intenses. © Belloulid O.

L’exemple du Fonds de l’Eau du Sebou.

Lancé en 2019 au Maroc, le Fonds de l’Eau du Sebou constitue l’un des premiers mécanismes opérationnels en Méditerranée permettant de financer des actions de conservation via un modèle de Paiement pour Services Ecosystémiques (PES). Développé dans le cadre d’un partenariat réunissant autorités publiques, communautés locales, société civile et secteur privé, ce fonds vise à améliorer la qualité et la disponibilité en eau du bassin. Les usagers situés en aval (services de l’eau, municipalités, entreprises) contribuent financièrement à des actions de gestion, de protection et de restauration des écosystèmes naturels liés à l’eau en amont tels que le reboisement, la conservation des sols, la réhabilitation d’habitats humides dégradés ou la promotion de pratiques agricoles durables.

Chiffres clés

  • 56% des zones humides historiques ont disparu.
  • Rien que sur la période 1990-2020, la perte moyenne est estimée à -12 %, dont environ la moitié liée à l’expansion agricole.
  • 400 des 590 millions d’habitants des pays méditerranéens vivent à proximité d’au moins une zone humide, avec une densité moyenne de 258 habitants/km² autour de ces écosystèmes, soit 4 fois la moyenne régionale.
  • 30% de l’espace fonctionnel des zones humides méditerranéennes est aujourd’hui occupé par l’agriculture
  • 2/3 des prélèvements d’eau sont liés à l’irrigation, dont la moitié pourrait être évitée par la modernisation
  • + 44% de surfaces imperméabilisées autour des zones humides depuis l’année 2000
  • 40 % des espèces dépendantes des zones humides sont dans un état de conservation préoccupant, 69 % pour les espèces endémiques
  • Jusqu’à 92 % des marais côtiers méditerranéens pourraient disparaître à cause de l’élévation du niveau de la mer d’ici 2100

L’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes

Coordonné par la Tour du Valat, l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes [25] a été créé en 2008 dans le cadre de MedWet, l’initiative Régionale de la Convention de Ramsar pour la Méditerranée. Cet observatoire est dédié à la production, à la synthèse et à la diffusion de connaissances sur les écosystèmes humides du bassin méditerranéen. Il déploie ses activités à trois échelles : régionale, nationale et locale en collaboration avec les 27 pays membres de MedWet.  Le périmètre d’étude couvre ainsi l’ensemble de ces pays, répartis en quatre sous-régions : le Sud-Ouest de l’Europe, les Balkans, le Proche-Orient et le Maghreb.


Cliquez-ici pour télécharger le rapport dans son intégralité [24]


Contacts 

Anis Guelmami – Chef de projet- Coordinateur OZHM – [email protected]

Coralie Hermeloup – Responsable communication – [email protected]

 

Suivre l’Anguille européenne pour mieux la protéger : restitution du projet COLAGANG

Publié par gollivier le Actu projet | Pas de commentaire
Installation de la capétchade au marais de la Tortue, domaine des Grandes Cabanes Sud / OFB / Conservatoire du Littoral © Brandes

L’Anguille européenne (Anguilla anguilla) est un poisson migrateur aux déplacements extraordinaires : elle parcourt des milliers de kilomètres, entre la mer des Sargasses (centre-ouest de l’océan Atlantique) – son lieu de reproduction – et les eaux continentales européennes et nord-africaines, sa zone de croissance. Cette grande migratrice est classée en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’UICN. En Camargue, mieux comprendre ses déplacements est devenu un enjeu clé pour sa conservation. C’est tout l’objectif du projet COLAGANG (2021-2025), dont les résultats ont été restitués le 18 décembre dernier.

Mieux comprendre les trajectoires des anguilles camarguaises

Démarré en 2021, le projet COLAGANG, porté conjointement par l’Office français de la biodiversité (OFB) et la Tour du Valat, a étudié l’échappement des anguilles argentées provenant de deux sites situés en amont de l’étang du Vaccarès : le bassin des Grandes Cabanes Sud et le canal de drainage du Fumemorte. Cette étape clé de leur cycle de vie correspond au moment où, après plusieurs années de croissance, les anguilles atteignent le stade argenté et entament leur grande migration transatlantique pour se reproduire. Dans le dédale des marais et des étangs camarguais, parviendront-elles à trouver leur chemin jusqu’à la mer?

L’anguille européenne, un cycle de vie hors du commun

L’anguille est une espèce amphihaline, c’est-à-dire qu’elle est capable de vivre tant en eau salée qu’en eau douce. Son cycle de vie, particulièrement complexe, en fait l’un des poissons migrateurs les plus fascinants d’Europe.

Née au large, dans la mer des Sargasses, l’anguille entame dès ses premiers stades un long voyage vers les côtes européennes. Les larves, appelées leptocéphales, dérivent pendant plusieurs mois au gré des courants océaniques avant de se transformer en civelles à l’approche des estuaires. Elles colonisent alors les cours d’eau, les lagunes et les zones humides continentales, où elles passent de nombreuses années sous forme d’anguilles jaunes, en phase de croissance jusqu’à atteindre le stade argenté. C’est à ce stade qu’elles quittent les eaux continentales pour entamer leur migration vers l’océan Atlantique, parcourant à nouveau plusieurs milliers de kilomètres.

Aujourd’hui, ce cycle de vie est gravement menacé. Classée en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’UICN, l’anguille européenne subit de multiples pressions : perte et fragmentation des zones humides, obstacles à la continuité écologique, surpêche, mais aussi contamination chimique et parasitisme, qui affectent sa survie et sa capacité à se reproduire.

Quatre grandes questions au cœur du projet

Le projet COLAGANG s’articule autour de quatre questions principales :

Un suivi de terrain rigoureux

Pour répondre à ces questions, les équipes du projet ont mis en place un protocole de capture-marquage-recapture des anguilles. Chaque individu capturé lors des opérations de pêche est mesuré afin de déterminer son stade de développement, puis marqué selon un protocole prédéfini. L’individu est ensuite relâché dans son milieu naturel, où il pourra être détecté ultérieurement.

Scan d’une anguille à l’aide d’un lecteur de puce portatif afin de vérifier si elle est marquée © T. Tzélépoglou

Résultats : ce que révèlent 5 ans de suivi des anguilles

Quelles conditions environnementales favorisent l’échappement ?

Cette saisonnalité des départs est associée à des températures de l’eau plus basses. D’autres facteurs semblent également jouer un rôle : la phase lunaire, les vents dominants (mistral ou sud-est) et le débit du Petit Rhône, avec des effets qui varient selon les sites et les voies de sortie considérés.

De manière générale, la mise en mouvement de l’eau semble favoriser la migration. La poursuite des analyses sur une période plus longue permettra de mieux caractériser l’influence de ces facteurs et d’examiner plus finement le rôle des paramètres hydrologiques.

Par où les anguilles rejoignent-elles la mer ?

En complément du dispositif de télémétrie RFID, un suivi en télémétrie acoustique a été déployé pendant deux années (2023-2024 et 2024-2025). Un total de 121 anguilles ont fait l’objet d’un marquage acoustique. Ce suivi permet d’affiner l’analyse des trajectoires jusqu’aux portes de la mer et de mieux comprendre les comportements individuels.

Antenne RFID devant l’ouvrage de reconnexion entre le domaine des Grandes Cabanes Sud et l’étang du Vaccarès ©T. Tzélépoglou

Le suivi des déplacements révèle une forte variabilité des trajectoires migratoires. La majorité des anguilles s’échappent par l’aval des bassins étudiés, dans l’étang du Vaccarès. Cependant, très peu d’entre elles parviennent ensuite à rejoindre la mer. Les conditions de sécheresse extrêmes, marquées par l’apparition de zones d’assecs et d’hypersalinité entre l’étang du Vaccarès et la mer, peuvent expliquer ces résultats lors de la première année de suivi. En revanche, elles ne permettent pas d’expliquer les observations réalisées la deuxième année, qui fut au contraire très humide. La présence d’ouvrages hydrauliques constitue un autre obstacle sur la route migratoire des anguilles, en particulier si ces ouvrages sont fermés. Le seul individu marqué ayant atteint le pertuis de la Fourcade, l’une des portes de sortie vers la mer, a dû attendre pendant un mois avant que l’ouverture des vannes lui permette de poursuivre sa migration. La franchissabilité de ces ouvrages, en fonction de leur degré d’ouverture et des conditions hydrologiques, reste un point clé à élucider pour identifier des solutions qui favorisant le retour en mer des anguilles argentées.

Le résultat le plus intriguant pour les chercheurs a été de constater que, chaque année, environ un tiers des individus marqués du bassin des Grandes Cabanes tentent de s’échapper par l’amont, en remontant le canal d’alimentation directement connecté au Petit Rhône. Le suivi par télémétrie acoustique a confirmé que cette voie d’échappement via le Petit Rhône est fonctionnelle. Parmi les 25 individus ayant emprunté cette connexion, 15 ont été détectés à l’aval du Petit Rhône, à proximité de son embouchure.

Equipe COLAGANG lors d’une campagne de pêche aux Grandes Cabanes Sud / OFB / Tour du Valat © C. Tetrel

Perspectives : vers un COLAGANG 2 ?

Ces premiers résultats soulignent l’intérêt d’un suivi de long terme pour mieux comprendre les trajectoires migratoires de l’anguille européenne et les contraintes auxquelles elle est confrontée en Camargue. Un prolongement du projet, envisagé sur la période 2026-2030 (COLAGANG 2), permettrait de consolider ces enseignements et d’affiner les recommandations en matière de gestion hydraulique et de continuité écologique.

Restitution du projet COLAGANG lors des journées Poissons Migrateurs en Rhône-Méditerranée 9ème édition © C. Tetrel

 


Equipe 

Responsable du projet : Delphine Nicolas [26] (TDV) et Claire Tetrel (OFB)

Membres impliqués : Pascal Contournet [27], Samuel Hilaire [28], Emilie Laurent [29], Amélie Hoste [30] (TDV) et Benoît Girard (OFB)

Partenaires

Techniques : OFB, Conservatoire du littoral, SMGAS, commune Saintes Maries de la Mer, Département des Bouches-du-Rhône, Vetofish, SNPN, Réserve naturelle de Camargue, Parc naturel régional de Camargue, Association MRM, INRAE Aix-en-Provence et Lyon, UMR Marbec/Montpellier Université, Cefrem/Perpignan Université, Museum National d’Histoire naturelle, Pôle-relais lagunes méditerranéennes, CRPMEM PACA.

Financiers : Agence de l’eau Rhône Méditerranée-Corse, OFB, CNR, WWF

Les tourbières du delta du Rhône cartographiées pour la première fois

Publié par marquis le Actu projet | Pas de commentaire

La Tour du Valat publie la première cartographie des tourbières du delta du Rhône. Surface, profondeur maximale, quantité de carbone stocké, ou encore état de dégradation : ce dépliant, disponible en ligne ainsi qu’auprès des partenaires du projet, constitue une première étape pour améliorer nos connaissances sur ces milieux méconnus et pourtant indispensables.

Paysage de Cladiaie du marais d’Icard, une végétation dominée par le marisque (Cladium mariscus) se développant principalement sur un sol tourbeux © A. Gazaix

Les tourbières, des alliées climatiques insoupçonnées

Les tourbières sont des zones humides caractérisées par un sol très riche en matière organique. Ces milieux constituent l’un des principaux réservoirs de carbone à l’échelle de la planète, mais ils sont aujourd’hui menacés par les activités humaines : leur dégradation entraîne des émissions de gaz à effet de serre estimées à près de 5 % des émissions mondiales.

En France, les données sur ces écosystèmes manquent cruellement : à ce jour, ni leurs émissions en gaz à effet de serre, ni la quantité de carbone qu’elles stockent ne sont intégrées au bilan carbone national.

Le saviez-vous ?

L’ensemble des tourbières du delta du Rhône couvre au moins 2000 hectares (l’équivalent de 2 800 terrains de foot) et stockerait 3,2 millions de tonnes de carbone, soit autant que le carbone stocké dans 40 000 hectares de forêt tempérée.

Carotte de tourbe © A. Gazaix

Un inventaire inédit dans le delta du Rhône

En 2024 et 2025, la Tour du Valat a piloté un projet visant à localiser et caractériser les tourbières du delta du Rhône. Sur chaque site partenaire, les équipes du projet ont quantifié les stocks de carbone, évalué l’état de conservation des tourbes et retracé leur évolution au fil du temps.

La cartographie ci-dessous synthétise ces données de façon accessible, afin de les partager aux gestionnaires de sites naturels ainsi qu’au grand public. Vous pouvez la télécharger gratuitement, ou la retrouver au format papier auprès de nos partenaires locaux, comme les Marais du Vigueirat [31] ou le PNR de Camargue [32]. Une ressource précieuse pour mieux comprendre notre territoire et préserver ce patrimoine naturel exceptionnel.

© Graphisme : Fred Jarnot

Retour sur deux ans de collecte de données sur les chauves-souris et les zones humides

Publié par marquis le Actu projet | Pas de commentaire

Alors que la deuxième année du projet Rest-Chir’Eau touche à sa fin, retour sur deux ans de collectes de données sur les chauves-souris et les zones humides, réalisées grâce à deux campagnes de terrain. 

Transmission de connaissances avant une session de suivi participatif. © Rest-Chir'Eau

Depuis fin 2024, le projet Rest-Chir’Eau étudie l’activité des chauves-souris sur le secteur du Canal du Japon, l’ancien Bras de fer du Rhône, en Camargue.
L’objectif de cette étude est de s’appuyer sur les chauves-souris en tant qu’espèce bio-indicatrice, dans le but d’évaluer la fonctionnalité des milieux humides et de la Trame Turquoise* puis, à terme, de proposer un plan de restauration pour ce secteur de l’ancien Bras de Fer en Camargue, en y intégrant les différents acteurs du territoire. Biodiversité présente au cours de l’année, fonctionnement hydrologique, qualité et utilisation des milieux ou encore continuités écologiques sont autant d’informations apportées par l’étude de l’activité des chiroptères dans ces milieux.  

Focus sur un protocole de suivi innovant

Au cours des deux années passées, plusieurs actions ont été mises en place afin de réunir les connaissances nécessaires au projet. 
Le premier volet du projet avait pour objectif d’améliorer la compréhension des liens étroits qui relient chauves-souris et zones humides. Pour cela, un protocole de suivi expérimental a été déployé au sein de 7 marais situé le long de l’ancien Bras de fer du Rhône durant 4 périodes clés de l’année.

Cette campagne de terrain était un défi ambitieux, car elle demandait la prise en compte de contraintes importantes tout en faisant appel à un protocole expérimental rigoureux. À ce jour, ce défi semble avoir été relevé avec succès dans son ensemble : un important jeu de données environnementales et biotiques a pu être récolté en complément de l’enregistrement passif de l’activité des chauves souris.

Cette réussite a été rendue possible par l’ingéniosité et l’adaptabilité de l’équipe Rest-Chir’Eau, qui ont été précieuses dans le développement de la méthodologie, l’organisation logistique du terrain ou encore la mise en œuvre du matériel utilisé. Le soutien des partenaires et des acteurs locaux (propriétaires, usagers, bénévoles…) a également été crucial, et nous les remercions grandement ! 

À ce jour, l’ensemble de ce jeu de données a été traité : il est à présent en cours d’analyse. En voici quelques chiffres :  

Miser sur un programme important de sciences participatives : une première qui donne des ailes ! 

Cartographie des points de suivis relevés dans le cadre de la campagne 2025 de sciences participatives © Rest-Chir'Eau

Le second volet du projet vise à modéliser et tester la fonctionnalité de la Trame Turquoise associée à ces marais sur le secteur de l’ancien Bras de Fer. Pour y parvenir, un programme de sciences participatives d’envergure a été déployé sur le terrain au cours de l’année 2025, avec une enquête de recherche de gîte interactive et la réalisation de suivis participatifs. 

Quatre sessions de suivis ont été organisées avec, pour objectif, la documentation des déplacements des chauves-souris le long de l’ancien Bras de Fer. Grâce à la mobilisation remarquable de plus de 130 volontaires, les relevés ont pu être réalisés sur 79 points de suivi tout au long des sessions, plus 15 complémentaires.
L’ensemble de ces données a également été traité et intégré dans nos bases de données : elles sont désormais prêtes à intégrer les analyses en cours. 

Le volet 2 du projet en quelques chiffres : 

Exemple de données cartographiques collectées sur l’un des secteurs du suivi. © Rest-Chir'Eau

 

Un beau retour d’expérience en termes d’intégration et participation  

Au-delà des chiffres, les dynamiques issues des différentes campagnes de sciences participatives du projet ont permis de répondre à l’un des objectifs sous-jacents du projet : promouvoir l’appropriation et l’intégration du projet et de ses enjeux au sein de ce territoire camarguais. 

Ainsi, les synergies avec les partenaires et acteurs locaux ont permis de récolter des connaissances complémentaires et parfois surprenantes.
La mobilisation autour des suivis participatifs a, quant à elle, permis l’appropriation et le partage des connaissances liées au projet, ainsi qu’un transfert d’expertise quant aux protocoles de suivis et à l’identification des chiroptères sans les déranger.  Le résultat ? De beaux moments de partage et de production de connaissances collectives, plébiscités par l’ensemble des participants. 

La réussite de ces deux volets de suivis n’aurait pas été possible sans l’implication de nombreux acteurs : nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble des participants volontaires, les propriétaires fonciers (et usagers) qui ont autorisé l’accès à leurs terrains, ainsi que l’ASCO du Canal du Japon et le Syndicat Mixte de gestion des associations syndicales du Pays d’Arles, dont l’appui a été précieux pour accéder à certains secteurs le long du canal dans ce deuxième volet ou encore les partenaires techniques qui sont venus apporter leur aide lors des suivis, tels que le Parc naturel régional de Camargue, la Réserve naturelle nationale de Camargue ou encore le CPIE Rhône-Pays d’Arles. 

Les prochains mois seront consacrés à l’analyse des données récoltées et à leur modélisation, avec pour objectif de proposer un plan de restauration adapté aux enjeux identifiés.

Restez connectés pour découvrir la suite de l’aventure en vous inscrivant à la newsletter du projet ! [33] 

 

Protéger la biodiversité, ça fonctionne, selon le rapport France Biodiversité de WWF France !

Publié par marquis le Actualités | Pas de commentaire

Protéger la biodiversité, ça marche ! Voilà la conclusion du rapport sur la biodiversité en France de WWF [34], paru début décembre.

Depuis 1975, la taille des populations de flamants roses en France a été multipliée par 4 et la Camargue est redevenue un site majeur pour l’espèce.

Pour la première fois, ce focus détaillé et inédit [34] permet de mesurer l’évolution des populations de 248 espèces protégées et d’évaluer l’efficacité des actions menées en leur faveur dans l’Hexagone.

En observant des espèces ciblées par des actions concrètes (statut de protection nationale ou européenne, Plan National d’Action), l’objectif est de mesurer précisément l’impact de ces mesures.

Le premier constat est que, en France comme dans le reste du monde, la biodiversité s’effondre. La cause ? La dégradation et la disparition des habitats essentiels que sont les champs, les forêts, les océans ou encore les zones humides.

Quand ces espaces se réduisent ou se détériorent, les populations d’oiseaux, de mammifères ou de poissons déclinent rapidement.
– WWF France

Mais ce n’est pas une fatalité ! En effet, ce rapport montre également que, quand on en prend soin, la nature est capable de rebondir. Ainsi, depuis 1990, la croissance moyenne des populations d’espèces protégées est de 120%. Et plus la protection est forte, plus ce chiffre progresse : les espèces faisant l’objet d’un « Plan National d’Action » voient leurs effectifs augmenter de façon régulière.

Le flamant rose : l’exemple phare 

Alors que l’espèce avait cessé de nicher en Camargue dans les années 1960, on y trouve aujourd’hui une colonie de plus de 40 000 individus. Le secret de ce revirement ? La restauration de leur habitat naturel : en Camargue, l’endiguement du Rhône avait détérioré les îlots de reproduction des flamants roses. En reconstruisant des îlots et des nids, les équipes de la Tour du Valat, [35]avec le soutien de WWF, ont pu recréer un habitat favorable et permettre à ces grands oiseaux de se réinstaller sur le territoire.

Pour les plus jeunes

Une version jeunesse du rapport France Biodiversité dédié aux enfants est disponible ici [36], pour éveiller leur curiosité et leur donner envie de protéger la nature.

Consultez le rapport : 

[34]