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Natur’Adapt Sud : les documents finaux du projet sont en ligne

Les diagnostics de vulnérabilité et les plans d’adaptation au changement climatique réalisés par les 13 réserves naturelles accompagnées dans le cadre du projet Natur’Adapt Sud 2024-2026 sont désormais disponibles sur le site de la Tour du Valat. [1]

La démarche Natur’Adapt

Développée dans le cadre du projet LIFE Natur’Adapt 2018-2023, la démarche Natur’Adapt vise à anticiper collectivement les évolutions liées au changement climatique et à adapter les pratiques de gestion des espaces naturels face à ses conséquences. Aujourd’hui, la démarche Natur’Adapt est portée par une communauté de personnes intéressées et sensibilisées aux enjeux du changement climatique et de la protection de la nature, sur la plateforme collaborative du même nom. [2]

Initié en 2024 et coordonné par la Tour du Valat, en partenariat avec le CEN PACA, RNF et la CCAA, le projet Natur’Adapt Sud [3] s’est inscrit dans la continuité directe de ces travaux : en s’appuyant sur les outils et méthodes développé lors du LIFE, il a permis d’accompagner les gestionnaires de 13 sites et 11 structures dans leur démarche d’adaptation au changement climatique.

Comment s’adapter au changement climatique ?

Le changement climatique contemporain se distingue par son intensité, sa rapidité et son origine humaine.

Bien que le climat ait toujours varié, le réchauffement observé depuis 1900 est essentiellement d’origine anthropique. Il est notamment lié aux modifications d’usage des sols (déforestation, bétonisation…) et aux importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les activités humaines.  Malheureusement, même si nous réduisons les émissions de GES aujourd’hui, les effets du réchauffement se poursuivront pendant des décennies, voire des siècles. En revanche, d’autres actions mises en place maintenant peuvent limiter l’ampleur du réchauffement futur : on parle alors d’atténuation.

Des actions d’adaptation, telles que celles proposées dans les plans d’adaptation établis par réserves, peuvent également être mises en place : elles sont nécessaires pour se préparer aux effets inévitables du réchauffement déjà en cours. Ainsi, les objectifs, stratégies et actions figurant dans les plans d’adaptation sont des propositions pour guider la rédaction du plan de gestion, afin qu’il intègre le changement climatique et que la gestion soit conçue davantage dans une vision dynamique des écosystèmes. Les pistes d’adaptation proposées pourront être débattues, modifiées, précisées, priorisées, lors de futures concertations organisées avec les instances de gouvernance, les acteurs locaux et les partenaires.

Des documents finaux en accès libre

La RNR de la Tour du Valat fait partie des 13 réserves participantes. © Tour du Valat

Le projet Natur’Adapt Sud 2024-2026 a permis de :

Ces documents sont à présent disponibles en accès libre, sur le site de la Tour du Valat. [4] Dans la lignée de la philosophie Natur’Adapt, nous espérons qu’ils pourront inspirer d’autres gestionnaires à prendre en compte le changement climatique dans la gestion des espaces naturels protégés.


 

Nouvelle session publique du MOOC sur l’identification et le dénombrement des oiseaux d’eau en Afrique du Nord et au Sahel

Publié par marquis le Actualités,Projets / Nos actions | Pas de commentaire

Après une première session couronnée de succès, le projet RESSOURCE ouvre une deuxième session de sa formation en ligne gratuite dédiée aux oiseaux d’eau d’Afrique du Nord et du Sahel. Disponible en français sur la plateforme MOOC-Conservation de l’IUCN-PAPACO (Programme on African Protected Areas and Conservation), ce cours offre une initiation avancée à l’identification des oiseaux d’eau de la région et aux techniques de dénombrement.

Une formation complète

Marabouts et Tantales ibis au sein du Parc National de Zakouma (Tchad) © UST

Le MOOC-RESSOURCE propose 6 modules (environ 40 heures de formation) avec un contenu pédagogique exceptionnel : plus

de 5 000 photographies d’oiseaux, 219 fiches d’identification d’espèces, 40 séquences pédagogiques et 23 entretiens vidéo avec des experts. La formation explique pourquoi l’on s’intéresse aux zones humides et aux oiseaux d’eau, elle donne la parole aux acteurs qui se mobilisent pour leur conservation dans la moitié nord de l’Afrique, elle permet d’apprendre à identifier pas moins de 210 espèces, initie aux différentes techniques de dénombrement des effectifs et aborde comment analyser, valoriser et bénéficier des résultats de ces travaux.

L’objectif : créer un réseau d’observateurs qualifiés pour la conservation des zones humides.

Un MOOC recommandé par les participant·es !

Plus de 97% des personnes ayant suivi la formation recommandent de suivre le MOOC ! Sur les 1600 inscrit·es, 172 ont obtenu leur certification. Les autres ont la possibilité, s’ils et elles le souhaitent, de se réinscrire cette année.

Témoignages de nos étudiant·es :

« J’ai trouvé ce cours très pertinent. Les compétences que j’ai pu acquérir lors du MOOC et que j’ai pu mettre en pratique […] sont de comprendre comment faire l’identification de par la morphologie [des oiseaux], le comportement, et aussi de pouvoir dénombrer. La nature est juste extraordinaire et l’ornithologie me l’a confirmé ! »

Fatou Cissé Thialaw, étudiante de la filière Ornithologie du Master OCD et ayant obtenu la certification du MOOC « Identifier et dénombrer les oiseaux d’eau d’Afrique du Nord et du Sahel »

« Pour l’identification des familles, des oiseaux : le MOOC m’a permis d’élargir mes connaissances dans ce domaine. J’encourage les écogardes du Doudj, les agents des parcs nationaux, mais aussi les étudiants à suivre ce MOOC. »

Mohamedine Seck, écogarde du Parc National des Oiseaux du Doudj

Un enjeu de conservation majeur

Canards pilets © Pierre Defos du Rau

Les zones humides d’Afrique du Nord et du Sahel accueillent des millions d’oiseaux d’eau, qu’ils soient migrateurs ou résidents permanents. Ces espèces jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes locaux et contribuent directement à la sécurité alimentaire et financière de nombreuses communautés de la région. Face aux pressions croissantes sur ces milieux fragiles, le développement de réseaux d’observateurs qualifiés devient une priorité pour leur conservation.

Modalités pratiques

Cette deuxième session sera ouverte du 15 septembre 2026 jusqu’au 31 mai 2027. En plus du contenu pédagogique, elle comprend l’accès à des espaces de forum permettant d’échanger avec l’équipe pédagogique et suivre la formation à son rythme.

Cette année, pour une meilleure accessibilité, les contenus seront téléchargeables afin de pouvoirles consulter également hors ligne.

Développé par le projet RESSOURCE en collaboration avec la Tour du Valat et l’Office français de la biodiversité, ce projet bénéficie du soutien du FFEM et de l’Union européenne.

S’inscrire sur la plateforme MOOC-conservation. [5]


Trailer du MOOC

Témoignage de Fatou Cissé Thialaw

Témoignage de Mohamedine Seck

[Vidéo] Le monde associatif méditerranéen se mobilise pour les zones humides

Publié par marquis le Actu projet | Pas de commentaire

De 2018 à 2026, le projet « Organisations de la Société Civile et Zones humides » a rassemblé 15 organisations issues de 11 pays méditerranéens et leur a permis de travailler de concert pour protéger des zones humides. Ensemble, elles ont renforcé leurs compétences, tissé des liens durables, et favorisé le partage d’expériences, de savoirs et de bonnes pratiques à l’échelle du bassin méditerranéen.

Alors que les zones humides méditerranéennes disparaissent à un rythme alarmant sous l’effet des pressions humaines, en particulier dans les régions sud et est du bassin, le rôle des acteurs locaux est plus que jamais essentiel à préservation de ces milieux.

Mis en œuvre dans 11 pays et rassemblant un total de quinze OSCs, le projet « Organisations de la Société Civile et Zones humides » a permis de renforcer la capacité d’action des acteurs. À l’occasion de la clôture du projet, nous vous proposons de découvrir en vidéo les initiatives portées par ce réseau : du suivi scientifique des oiseaux d’eau à la lutte contre la chasse illégale, en passant par l’éducation à l’environnement et la protection des milieux naturels.

Coordonné par la Tour du Valat, ce projet a été mis en œuvre en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD). Il a bénéficié du soutien de plusieurs partenaires institutionnels et techniques engagés en faveur de la biodiversité, dont la Fondation MAVA pour la nature, BirdLife International, le ministère français de la Transition écologique et l’Office français de la biodiversité.

Baguage 2026 des goélands railleurs : près de 400 poussins bagués aux Vieux Salins d’Hyères

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Le baguage 2026 des poussins de goélands railleurs, organisé chaque année en collaboration avec la LPO Paca, a permis de baguer près de 400 poussins sur la colonie des Vieux Salins d’Hyères.

Goéland railleur © Dhaval Vargiya - Wikimedia Commons

Le Goéland railleur, une espèce rare en France

Plus petit et élancé que le « gabian », le Goéland railleur (Chroicocephalus genei) est un oiseau migrateur inféodé aux zones humides saumâtres. Présent en Europe, Asie et Afrique, ses populations sont dispersées : la majorité des couples sont localisés en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, mais on en trouve également quelques milliers au Sénégal et en Mauritanie, et plus de 20 000 couples sont présents sur le pourtour méditerranéen.

Si ses effectifs sont en augmentation en France, autrefois l’espèce était rare et uniquement localisée en Camargue. Après une quasi-absente jusqu’à la fin du 20ème siècle, environ 800 couples se reproduisent aujourd’hui sur quelques sites du littoral méditerranéen, du Var jusqu’à l’Aude.

Près de 400 poussins bagués en 2026

Le baguage 2026 était organisé en partenariat avec la LPO Paca et la Métropole Toulon Provence Méditerranée. © Stéphanie Davilma

Le 23 juin 2026, à 5h30 : alors que le soleil se lève sur les Salins d’Hyères, les équipes se mettent en place pour la campagne annuelle de baguage. Avec environ 440 couples et 700 poussins, la colonie de reproduction présente sur ce site constitue l’une des rares colonies de reproduction de Goélands railleurs en France.

Organisée en partenariat avec la LPO Paca et la Métropole Toulon Provence Méditerranée, l’opération a permis le baguage de 382 poussins. La majorité d’entre eux quitteront les salins d’Hyères dès cette année : ce baguage permettra de les suivre, une fois leur envol pris, dans leurs déplacements tout autour du bassin méditerranéen.

Une espèce suivie depuis bientôt trente ans

Le programme de recherche sur les Goélands railleurs a été initié en 1997 par la Tour du Valat. L’effort de baguage et de relecture des bagues est plus irrégulier ces dernières années du fait de contraintes logistiques. En Camargue, le baguage est rendu compliqué par la présence de colonies mixtes où les goélands railleurs nichent en compagnie d’autres espèces (Mouettes mélanocéphales, Sternes caugek, etc…) dont les éclosions ne sont pas synchronisées avec celles des Goélands railleurs. Il est alors impossible de déranger ces espèces qui sont encore en incubation par une opération de baguage.

Les jeunes goélands railleurs sont rapidement relâchés après le baguages © Stéphanie Davilma

Ce programme de recherche a permis de mieux comprendre les ressorts de la croissance de cette population dans le sud de la France (Doxa et al. 2013 [6]) ainsi que la façon dont la familiarité entre individus conditionnait la dynamique de dispersion de l’espèce (Francesiaz et al. 2017 [7]).

Cette opération de baguage permet la poursuite de ce suivi à long terme. Il nous permettra d’étudier comment les paramètres démographiques et l’écologie de cette espèce sont affectés par les changements majeurs qui touchent les zones humides méditerranéennes : risque de submersion, de salinisation, de changement d’usage (fermeture/ouverture de salins), etc…

 

8e édition du Prix européen Natura 2000 : les candidatures sont ouvertes !

Publié par marquis le Actualités,Evénements | Pas de commentaire

La Commission européenne a lancé la 8e édition du Prix européen Natura 2000, qui récompense l’excellence dans la gestion des sites Natura 2000 et met en avant l’impact de ce réseau en faveur de la conservation de la nature, des communautés locales et des économies durables dans toute l’Union européenne.

Informations et candidatures

Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 septembre 2026 (23 h 59 CEST).

Cinq catégories sont ouvertes, dont une nouvelle catégorie consacrée aux sites Natura 2000 situés en milieu urbain ou périurbain.

De plus, tous les finalistes seront automatiquement en lice pour le Prix des citoyens européens !

A l’occasion de cette édition, les critères de sélection [8] ont été actualisés, et le Prix des citoyens européens, décerné à l’issue d’un vote participatif, sera de nouveau organisé.

L’histoire du prix Natura 2000

Depuis son lancement en 2014, le Prix Natura 2000 a connu sept éditions et a récompensé 142 finalistes ainsi que 35 lauréats, issus de toute l’Europe. Cette nouvelle édition du Prix Natura 2000 sera la huitième : elle continuera à mettre en avant l’excellence en matière de gestion du réseau Natura 2000, à offrir aux finalistes une large visibilité à l’échelle européenne et à récompenser le travail des lauréats dans le domaine de la conservation de la nature.

Cliquez-ici pour candidater ! [9]

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Thèse de doctorat | Écologie d’une espèce menacée de canard nomade au Maroc, la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris) : implications pour sa conservation

Publié par gollivier le Actu projet,Publications | Pas de commentaire

La Tour du Valat contribue à l’émergence d’une nouvelle génération de spécialistes de la conservation des zones humides en Méditerranée à travers sa bourse de thèse méditerranéenne. Ce dispositif finance, encadre et accompagne des doctorant·es issu·es de pays non européens du bassin méditerranéen, afin de renforcer les capacités de recherche locales en lien avec des universités et des acteurs de la conservation.

Dans ce cadre, le 9 juin 2026, Haytem Bouchri, a soutenu sa thèse de doctorat de l’université PSL – Ecole pratique des hautes études – à l’issue de trois années d’études sur l’écologie d’un canard nomade menacé, la Marmaronette marbrée.

Haytem lors de sa soutenance de thèse

Haytem Bouchri a étudié cette espèce en partenariat avec le GREPOM (BirdLife Maroc) [10] et Biosphère Environnement, [11]sous la direction d’Arnaud Béchet (Tour du Valat) [12] et de Rhimou El Hamoumi (Université Hassan II de Casablanca), avec l’encadrement de Jocelyn Champagnon (Tour du Valat) [13] et de Raphaël Musseau (Biosphère Environnement). Le jury composé d’experts internationaux sur les méthodes, les canards, les zones humides et/ou l’espèce a félicité Haytem Bouchri pour l’excellence de sa recherche, relevant à la fois la qualité scientifique du travail et son importance pour la conservation de cette espèce. Trois articles sont en préparation dont un sur la taille de la population nicheuse de la Marmaronette au Maroc qui paraîtra prochainement dans la revue Animal Conservation.

Encadrants réunis lors de la soutenance

Résumé :

« Écologie d’une espèce menacée de canard nomade au Maroc, la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris) : implications pour sa conservation »

Les zones humides méditerranéennes comptent parmi les écosystèmes les plus menacés à l’échelle mondiale, subissant des pressions croissantes liées aux prélèvements d’eau, aux changements d’usage des sols et à la raréfaction hydrique sous l’effet du changement climatique – pressions particulièrement aiguës en Afrique du Nord. Parmi les espèces les plus affectées figure la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris), espèce quasi menacée et aux déplacements nomades, dont la population ouest-méditerranéenne a décliné de 46 % entre 2008 et 2018. Plusieurs dimensions de son écologie demeuraient néanmoins mal documentées, notamment la taille de sa population nicheuse, ses stratégies de déplacement et ses modalités d’utilisation de l’habitat.

Cette thèse aborde ces lacunes à travers trois chapitres complémentaires. Dans le premier, un plan d’échantillonnage aléatoire à deux niveaux analysé par des modèles hiérarchiques N-mixture a permis d’estimer la population nicheuse nationale marocaine à 386 nichées [ICr 95 % : 283–487], fournissant la première estimation robuste à cette échelle pour l’espèce. Dans le second, la combinaison de télémétrie GPS et d’accélérométrie triaxiale a permis de classifier cinq catégories comportementales et de mettre en évidence une organisation marquée entre remise diurne et alimentation nocturne, assortie d’une forte variabilité interindividuelle. Dans le troisième, le suivi de 24 individus capturés au Maroc et en Espagne révèle que le type de zone humide constitue le principal déterminant de l’utilisation de l’habitat, l’espèce fréquentant majoritairement des zones humides d’origine anthropique, avec une modulation par la variabilité pluviométrique.

Dans son ensemble, ce travail apporte des connaissances nouvelles sur l’écologie spatiale de la Marmaronette marbrée en Afrique du Nord et fournit des bases scientifiques utiles à l’orientation des stratégies de suivi, de restauration et de conservation de l’espèce.

Mise en évidence d’un lien entre la taille des oiseaux et l’incertitude des mesures morphologiques réalisées lors du baguage

Publié par gollivier le Publications | Pas de commentaire
Fiche de baguage utilisée dans les années 1960 pour renseigner la morphométrie des oiseaux bagués.

Les programmes de baguage constituent depuis plusieurs décennies une source essentielle de données pour l’étude des populations d’oiseaux. Ils permettent notamment de suivre les dynamiques démographiques, l’état corporel des individus ou encore les réponses des espèces aux changements environnementaux comme le chaéngement climatique. La fiabilité des mesures morphométriques recueillies à cette occasion est donc un enjeu central.

Une étude récente, s’appuyant sur des données historiques collectées à la Tour du Valat entre 1952 et 1978, met en évidence l’existence d’imprécisions liés à l’opérateur (la personne qui prend la mesure) lors de mesures morphométriques réalisées dans le cadre de programmes de baguage à long terme. Elle analyse leur ampleur selon la taille des espèces concernées ainsi que selon les caractères morphologiques mesurés.

Des mesures globalement robustes pour la longueur d’aile

Prise de la mesure de l’aile d’un canard colvert © Y. Thonnerieux

L’analyse porte sur 17 818 individus appartenant à 14 espèces d’oiseaux, pour lesquels trois paramètres morphométriques ont été examinés : la longueur de l’aile, la masse corporelle et un indice de condition corporelle.

Les résultats montrent que la longueur d’aile présente une faible variabilité entre opérateurs, avec un écart à la moyenne inférieur à 1 % de la mesure totale. Cette mesure apparaît donc globalement robuste, y compris dans un contexte impliquant de nombreux bagueurs et des relevés réalisés sur une longue période.

Une variabilité plus marquée pour la masse corporelle et l’indice de condition corporelle

À l’inverse, des différences plus importantes entre opérateurs sont observées pour la masse corporelle, avec des écarts pouvant atteindre jusqu’à 10 % de la mesure totale. L’indice de condition corporelle, calculé à partir de la masse et de la taille de l’aile,  présente des résultats similaires, reflétant directement cette variabilité.

Ces écarts montrent que certaines mesures sont sensibles à la fois aux caractéristiques des espèces, aux outils utilisés (comme les dynamomètres), et aux pratiques propres à chaque opérateur.

Des effets plus marqués chez les espèces de grande taille

L’étude montre également que les espèces de plus grande taille (par exemple le canard colvert) sont proportionnellement plus affectées par ces variations de mesure. Ce résultat suggère que la taille des individus constitue un facteur déterminant dans l’amplitude des écarts observés entre opérateurs.

Un enjeu pour l’analyse des jeux de données à long terme

Ces résultats rappellent l’importance de prendre en compte les effets liés aux observateurs dans l’analyse de données de baguage à long terme. Ils invitent à porter une attention particulière sur la prise de mesures morphologiques, en particulier chez les grandes espèces.

Au-delà de ce constat, l’étude contribue à mieux documenter les sources de variabilité des données de terrain, un élément essentiel pour améliorer la précision des analyses écologiques basées sur des suivis de longue durée.


Référence de la publication :

Martinais, Y., Gaget, E., Guillemain, M., & Francesiaz, C. (2026). Evidence for a relationship between bird body size and uncertainty in individual morphological measurements at ringing. Bird Study, 1–13. https://doi.org/10.1080/00063657.2026.2686446  [14]

Contact :

Elie Gaget [15], Tour du Valat, France

La nature en danger, 50 ans après la loi de 1976

Publié par marquis le Actualités,Presse | Pas de commentaire

Le 10 juillet 1976 était promulguée la loi relative à la protection de la nature votée à l’unanimité. Ce texte fondateur a profondément transformé le droit de l’environnement en consacrant la protection des espèces, des espaces naturels et des équilibres biologiques comme un objectif d’intérêt général. Alors que la crise écologique s’aggrave, cet héritage est aujourd’hui violemment attaqué.

Des écosystèmes robustes permettent à la biodiversité et aux populations humaines de mieux faire face aux effets du changement climatique. © Arsène Marquis-Soria

Fruit de plusieurs décennies de travaux scientifiques, de mobilisations associatives et d’engagements citoyens, la loi de 1976 a doté notre pays de principes et dispositifs qui structurent le droit de l’environnement : protection des espèces, réserves naturelles, études d’impact, reconnaissance de la nature comme patrimoine commun.

Cet anniversaire devrait être un moment de célébration d’un nouvel élan. Il s’inscrit au contraire dans une séquence de démantèlement méthodique des outils de protection de la nature construits depuis un demi-siècle, au mépris de l’avenir et de la sécurité des Français – des écosystèmes robustes permettant de mieux faire face aux effets du changement climatique tels que la sécheresse, les canicules ou les inondations – et des engagements internationaux et européens de la France.

Le projet de loi dit « d’urgence agricole » en discussion au Parlement, en est une nouvelle illustration. Retour de néonicotinoïdes, affaiblissement de la protection des zones humides et de la ressource en eau, remise en cause de l’équilibre des instances locales de gouvernance de l’eau, autorisation de tirs d’une espèce protégée, le loup, dans les réserves naturelles et les cœurs de parcs nationaux, etc.

Alors que la participation des citoyens en matière d’environnement est inscrite dans la Constitution depuis 2005, le projet de loi prévoit de réduire et modifier des délais et modalités de recours. Notre démocratie environnementale est ainsi mise à mal et cela va hélas de pair avec le silence des gouvernements face aux les agressions violentes portées à des personnes, associations ou organismes publics (comme l’Office français de la biodiversité) qui servent et défendent la protection de la nature, et tentent de faire respecter l’état de droit.

Ces choix politiques contredisent directement les recommandations formulées par le Comité national de la biodiversité [16] dans les avis qu’il a adoptés le 25 juin sur le Plan national de restauration de la nature (PNRN) [17] et sur l’état d’avancement 2025 de la Stratégie nationale biodiversité (SNB) [18]. Instance multipartite de débat sociétal créée par la loi pour la reconquête de la biodiversité [19] de 2016 et réunissant 150 parties prenantes, le Comité dénonce l’absence de vision stratégique, l’incohérence des politiques publiques, l’insuffisance des financements, le manque de mesures nouvelles et le décalage croissant entre les ambitions affichées et les décisions effectivement prises.

La France ne peut pas célébrer un texte fondateur tout en organisant son effacement. Face à l’urgence écologique, l’anniversaire de la loi de 1976 doit être l’occasion de renouer avec l’esprit qui a permis son adoption à l’unanimité des parlementaires : celui d’une vision de long terme, fondée sur les connaissances scientifiques au service de l’intérêt général.

Depuis des décennies, et pour certaines associations depuis plus de cent ans, le monde associatif naturaliste a su mobiliser une part significative de la population et de nombreux experts pour connaître la biodiversité, développer des actions originales pour la préserver et la faire connaître, et venir en appui aux services de l’État.  C’est ainsi que s’est constitué un remarquable réseau d’aires protégées. C’est tout cet effort collectif, réparti sur plus de trois générations, au bénéfice non pas d’intérêts privés mais de l’intérêt général qui est aujourd’hui remis en question, alors que la biodiversité continue de s’effondrer. Disparition de 32,5% des populations d’oiseaux communs des milieux agricoles depuis 2001, de 70% des haies depuis 2050, de 50% des zones humides dans les dernières décennies…

Nous, engagés dans la protection et la restauration de la nature au bénéfice de l’ensemble de la société, affirmons que la protection de la nature n’est ni un luxe ni une nostalgie : elle est une exigence vitale, démocratique, éthique et civilisationnelle. Protéger la nature, c’est donner à l’humanité plus d’assurance pour l’avenir.

 

Logos CP 260719

Albanie : une dynamique inédite pour renforcer la préservation des écosystèmes dunaires de Divjaka-Karavasta

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Les 9 et 10 juin 2026, la Tour du Valat et le Conservatoire du littoral, membres du Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité (CMB), ont réalisé une mission de suivi dans le Parc national de Divjaka-Karavasta (DKNP), en Albanie, dans le cadre du projet RESCOM.

Consacrée aux écosystèmes dunaires, encore peu étudiés et souvent sous-estimés en Albanie malgré leur forte valeur écologique, cette mission a réuni les équipes du RAPA-Fier (gestionnaire du site), de l’ONG PPNEA [20], en charge du diagnostic écologique, ainsi que plusieurs acteurs locaux.

© Marion Douchin / Tour du Valat

Les visites de terrain ont permis de partager les premiers résultats du diagnostic, qui confirment la richesse écologique du site, notamment avec l’identification d’une zone de nidification de la Sterne naine nécessitant une attention particulière. Les échanges ont également mis en évidence les principales pressions exercées sur les dunes, en particulier la circulation non maîtrisée des véhicules et des visiteurs.

Un atelier de concertation a ensuite rassemblé les partenaires techniques, la municipalité de Divjakë, des représentants des pêcheurs et des opérateurs touristiques afin d’identifier des solutions adaptées au contexte local. Parmi les pistes envisagées figurent la canalisation des accès, l’aménagement de zones de stationnement, la protection des secteurs les plus sensibles et l’accompagnement des activités touristiques vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Cette démarche témoigne d’une volonté commune de concilier préservation des habitats naturels, qualité paysagère et développement local. Les partenaires poursuivront leurs travaux dans les prochains mois afin de finaliser le diagnostic écologique et de définir une action pilote qui pourrait être mise en œuvre à partir de 2027.

La mission a également permis de visiter les travaux de replantation forestière soutenus par RESCOM [21] sur deux hectares dans les collines environnantes, mis en œuvre par l’ONG Iliria, ainsi que les activités de restauration de l’ilot de nidification du Pélican frisé dans la lagune de Karavasta, unique site de reproduction de l’espèce en Albanie, pilotées par l’ONG AOS.

© Marion Douchin / Tour du Valat

En parallèle, AOS a organisé et animé le 17 juin un atelier technique en ligne rassemblant plusieurs experts internationaux afin de discuter des résultats de l’étude de faisabilité en cours pour la conservation et la restauration de l’îlot à long terme, face au changement climatique qui accentue les risques d’érosion et de submersion. Les échanges ont permis d’enrichir l’étude et d’orienter les futures actions de conservation.

Zones humides & Loi d’urgence agricole : les acteurs de terrains sont atterrés

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Le projet de loi d’urgence agricole actuellement en discussion prévoit un affaiblissement sans précédent de la protection des zones humides. Une mesure peu médiatisée, qui va pourtant aggraver durablement la qualité de vie des Français.

Communiqué de presse – 03 juillet 2026

Les zones humides sont essentielles à la biodiversité, à la santé des territoires et à celle des humains. © Thomas Galewski

À l’heure du changement climatique, des canicules et des inondations catastrophiques, les zones humides sont de précieux outils d’adaptation pour préserver la santé des territoires et celle des humains. Ces territoires de marais, de tourbières, d’étangs nous protègent des sécheresses et des inondations, nous fournissent une eau de qualité, tout en participant à atténuer le changement climatique.

Ce sont ces services essentiels que le législateur a voulu préserver à travers la loi sur l’eau de 1992. Ce cadre de protection n’est pas un frein : c’est un outil de dialogue et de sécurisation des projets. Depuis de nombreuses années, gestionnaires d’aires protégées, collectivités et associations travaillent aux côtés des agriculteurs, premiers usagers et gestionnaires de ces milieux, pour chercher des solutions équilibrées et soutenir des pratiques conciliant production agricole, maintien de la ressource en eau et préservation de la biodiversité. Le cadre actuel permet le maintien d’activités agricoles compatibles avec ces milieux, telles que l’élevage extensif.

Nos organisations déplorent que des cas isolés de blocage ou de complexité administrative, bien identifiés et souvent déjà traités localement, soient aujourd’hui érigés en justification d’un assouplissement généralisé. Ce raisonnement conduit à un affaiblissement du cadre de protection pourtant essentiel, là où l’approche au cas par cas a démontré son efficacité.

Nous nous inquiétons également d’une dévalorisation de l’expertise scientifique et technique, qui remet en cause des décennies de suivis et de cartographie des zones humides mais aussi de retours d’expérience sur leur gestion. De nombreux arguments avancés en faveur d’un affaiblissement des protections reposent sur des contre-vérités : non, il n’y a pas 30% du territoire classé en zones humides ; non, des départements entiers ne sont pas classés en zone humide.

Ce projet ne simplifie pas : il désorganise et fracture. Il ajoute de nouvelles dérogations qui complexifient le dispositif et le rendent illisible et inapplicable. Il affaiblit les dynamiques locales en opposant des acteurs qui avaient appris à travailler ensemble et ouvre la voie à des conflits plus durs.

Il entre en contradiction avec les objectifs fixés par l’État, qui s’est engagé à restaurer 50 000 ha de zones humides d’ici 2030 : comment y parvenir si on facilite leur destruction ?

Nous appelons les décideurs à rejeter ce texte, et à ouvrir un véritable échange avec les praticiens de terrain afin de construire des solutions adaptées.

Trente ans de suivi des cistudes en Camargue !

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En 2026, le suivi des populations de Cistude d’Europe du domaine de la Tour du Valat entame sa trentième année !

Une campagne de suivi annuelle depuis 1997

Alana Bell et Milo Vandenbussche relèvent les filets © Arsène Marquis - Tour du Valat

Chaque matin, de mai à juillet, Alana Bell enfile ses waders et se rend dans les marais et canaux du domaine de la Tour du Valat, à la recherche de cistudes. Cette petite tortue noire à tâches jaunes est la seule espèce de tortue d’eau douce naturellement présente dans une grande partie de l’Europe. Malheureusement, cette espèce est aujourd’hui menacée : la destruction et la dégradation des zones humides, son habitat naturel, constituent les principales causes de son déclin à l’échelle de son aire de répartition.

C’est pour mieux protéger cette espèce que la Tour du Valat lance, en 1997, un programme de suivi des populations de cistudes [22] à l’échelle de son domaine. Trente ans plus tard, cette campagne se poursuit, et a permis d’approfondir les connaissances globales liées à l’espèce.

« A la Tour du Valat, ce suivi individuel à long terme est le deuxième plus ancien, après celui sur les flamants roses. Et, à l’échelle de l’Europe, il s’agit du plus vieux programme de Capture-Marquage-Recapture consacré aux cistudes qui soit toujours en cours ! » selon Anthony Olivier, Ingénieur d’études porteur de ce projet à la Tour du Valat

La cistude n°14 © Arthur de France, 2021

Une doyenne parmi les cistudes

Si le suivi scientifique a débuté en 1997, les premiers marquages d’individus à la Tour du Valat ont été menés par Alan Johnson en 1976. Des débuts précieux puisque, lors des campagnes récentes, des cistudes marquées il y a cinquante ans ont été retrouvées vivantes. C’est le cas de la cistude n°14, marquée en 1976. Âgée de plus de 50 ans, cette femelle est, à ce jour et à notre connaissance, le plus vieil individu de l’espèce connu à l’état sauvage.

Trente ans de données : une perspective unique

Ces trente ans de suivi continu, nous ont permis de recueillir un jeu de données important, et ainsi de documenter de nombreux paramètres biologiques de l’espèce jusqu’alors peu ou pas connus, tels que le taux de survie des adultes [23] et des juvéniles [24], le lent processus de vieillissement de cette espèce [25], ou encore la fréquence de dispersion des mâles adultes [26].

Mais l’étude des cistudes ne nous informe pas que sur l’espèce en elle-même : en effet, sa longévité et sa grande sédentarité en font une espèce « sentinelle », capable de témoigner des variations présentes dans son milieu aquatique. Ainsi, des articles issus de la thèse de Leslie-Anne Merleau ont démontré la multi-contamination de ces populations de Cistude d’Europe de la Réserve de la Tour du Valat par des éléments traces métalliques [27] (métaux lourds), des résidus de pesticides [28] et des polluants organiques [29](PCB, phtalates, HAP) présents dans les eaux des roubines et marais de Camargue.

Filets posés au sein d’un marais de la RNR de la Tour du Valat. © Arsène Marquis - Tour du Valat

Un apprentissage sur le terrain

La continuité de ce suivi unique doit beaucoup à l’engagement de jeunes chercheur·euses, d’étudiant·es et de volontaires en Service civique et/ou issu·es du Corps Européen de Solidarité. Chaque année, un·e volontaire référent·e assure la réalisation des opérations de terrain sous la responsabilité d’Anthony Olivier. Depuis 1997, ce sont ainsi plusieurs dizaines de jeunes qui ont participé à ces campagnes, contribuant à la collecte de données sur les 1722 cistudes marquées à ce jour sur le domaine de la Tour du Valat.

Pour beaucoup, cette expérience constitue une première immersion dans le travail scientifique de terrain. Ils et elles apprennent à observer, à collecter des données de manière rigoureuse, et à interagir avec des animaux sauvages en limitant le dérangement au maximum. Au-delà des gestes techniques, c’est une approche globale qui est transmise : celle des protocoles scientifiques, de la patience qu’exige l’observation du vivant, et de la responsabilité qui accompagne l’accès à des espaces naturels préservés comme ceux des réserves naturelles.

Cistude d’Europe © Arsène Marquis - Tour du Valat

« Pendant l’année que j’ai passée à la Tour du Valat, le suivi des cistudes a été mon plus gros projet de terrain. Grâce à l’encadrement d’Anthony, j’ai pu découvrir une partie du monde scientifique que je ne connaissais pas. C’était merveilleux de découvrir cette espèce de près, jour après jour. J’ai été ravie de contribuer à ce projet, et notamment de pouvoir observer de près des individus comme la cistude numéro 14, identifiée il y a cinquante ans. »

Témoignage d’Alana Bell, volontaire du Corps européen de solidarité (CES)


 

Découvrez le suivi cistudes en vidéo avec le DIDADOC des étudiants de l’école MoPA :

 

Plaidoyer : quand l’accélération des projets met les zones humides sous pression

Publié par gollivier le Projets / Nos actions | Pas de commentaire

Des grands projets d’infrastructure en Camargue aux évolutions législatives en France et en Europe, plusieurs décisions récentes interrogent la place accordée aux enjeux environnementaux dans les politiques publiques. Pour la Tour du Valat, ces débats rappellent l’importance de prendre pleinement en compte les services rendus par les zones humides et les connaissances scientifiques disponibles avant toute décision susceptible d’affecter durablement ces écosystèmes essentiels à la biodiversité et aux sociétés humaines.

Ligne très haute tension (image d’illustration) © Envato

En Camargue, le projet de ligne très haute tension entre Fos-sur-Mer et le Gard a franchi une nouvelle étape le 13 mai dernier, avec l’engagement de la procédure d’instruction de sa déclaration d’utilité publique par le ministère chargé de l’Énergie. En réaction, quinze organisations de protection de la nature et de la société civile, dont la Tour du Valat, ont lancé un appel solennel à l’État, rappelant que la Camargue ne peut être sacrifiée au nom de la souveraineté énergétique.

Lire l’appel >> [30] 

Une concertation publique est ouverte du 15 juin au 15 juillet concernant le projet de ligne très haute tension Fos–Jonquières. Cette étape permet d’adapter les documents d’urbanisme au projet. Chacun peut y participer et donner son avis : votre contribution compte !

En savoir plus >> [31]

© Antoine ARNAUD | Tour du Valat

D’autres projets, comme le contournement autoroutier d’Arles ou le pont de Bacarin, sont susceptibles d’avoir des impacts directs sur la Camargue. Pourtant, ce territoire abrite des espaces naturels reconnus à l’échelle internationale.

L’analyse des effets cumulés [32] de ces projets d’infrastructure souligne notamment des risques importants en matière d’artificialisation des sols, d’atteinte aux zones écologiques sensibles et de pression sur la ressource en eau.

Au-delà des impacts environnementaux, la question démocratique interpelle également. Plusieurs recommandations issues du débat public organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) restent peu prises en compte et les appels à explorer des solutions alternatives moins impactantes ne trouvent pas d’écho. Cette situation résonne avec le projet de contournement autoroutier d’Arles : malgré les réserves et l’avis défavorable du commissaire enquêteur [33] sur plusieurs aspects du dossier, le porteur de projet semble déterminer à avancer.

Ces accélérations locales reflètent une tendance plus générale où les enjeux de biodiversité peinent à trouver leur place face aux sujets économiques et productifs.

À l’échelle nationale, le projet de Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles en est une illustration. Certaines dispositions, notamment l’article 7, impactant  directement les zones humides, suscitent de fortes inquiétudes. La Tour du Valat, aux côtés d’autres organisations, suit attentivement les débats et se mobilise, via des notes d’enjeux et des sollicitations auprès des  parlementaires, à chaque étape législative. En savoir plus sur la note d’enjeux [34]

Le texte en discussion reflète  une vision persistante des zones humides comme des contraintes à la production agricole. Pourtant, leur rôle est aujourd’hui largement documenté : elles contribuent à la résilience de la ressource en eau, limitent les effets des événements climatiques extrêmes et stockent du carbone.

À l’échelle européenne, les signaux sont tout aussi contrastés. Après un précédent mandat marqué par les ambitions du Green Deal, plusieurs textes structurants pourraient être réexaminés dans le cadre de l’ « omnibus environnement », notamment la directive-cadre sur l’eau [35], ainsi que les directives Habitats et Oiseaux.

A Bruxelles également, les discussions relatives à la restriction de l’usage du plomb dans les munitions de chasse et les équipements de pêche, sont un enjeu majeur pour les oiseaux d’eau et les zones humides. La Tour du Valat, qui travaille de longue date sur le sujet du saturnisme et de la chasse au plomb en Camargue suit attentivement les débats et contribue au plaidoyer en faveur de son interdiction avec ses partenaires tels que Wetlands International et Birdlife.

Dans un contexte politique mouvant, une conviction demeure : les zones humides ne peuvent continuer à être considérées comme des variables d’ajustement. Face aux défis climatiques, à l’érosion de la biodiversité et aux tensions croissantes sur l’eau, elles constituent au contraire une partie essentielle de la solution.