La Tour du Valat poursuit également sa mobilisation concernant le projet de ligne aérienne très haute tension entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent.
Dans le cadre de la concertation sur la mise en compatibilité des documents d’urbanisme (MECDU), la Tour du Valat a transmis une contribution faisant part de son avis défavorable aux modifications envisagées. Celles-ci pourraient avoir des conséquences importantes sur les sols, l’eau, l’agriculture et la biodiversité, dans un territoire déjà soumis à de fortes pressions.
Notre analyse repose notamment sur quatre constats :
Les aires protégées ne peuvent pas devenir la variable d’ajustement de la réindustrialisation. La suppression de 7,5 km de continuités écologiques au PLU d’Arles contribuerait à fragmenter des espaces naturels d’importance internationale.
Les impacts cumulés doivent être pleinement pris en compte. Artificialisation, biodiversité, eau et paysages : la décarbonation de l’industrie ne peut être crédible si elle se traduit par une dégradation des écosystèmes.
L’eau constitue un facteur limitant majeur de la réindustrialisation. Tant que la faisabilité hydrique des projets n’est pas démontrée, les besoins énergétiques projetés restent incertains et la ligne pourrait anticiper des projets dont la réalisation n’est pas garantie.
Il n’y aura pas d’acceptabilité locale sans véritable co-construction. La réouverture de l’examen des alternatives et la prise en compte des recommandations de la CNDP sont indispensables pour permettre une décision éclairée.
Pour la Tour du Valat, la transition énergétique et la décarbonation de l’industrie doivent aller de pair avec la transition écologique, en intégrant pleinement les enjeux de sobriété énergétique, foncière et hydrique, ainsi que l’approche « Une seule santé ».
L’enquête publique est prévue à l’automne. La mobilisation se poursuit avec notamment un événement organisé le 19 septembre par le collectif Stop THT[1]. La Tour du Valat continuera à suivre le dossier et à porter ses arguments dans les prochaines étapes de la procédure.
Une étude publiée en juillet dernier dans la revue Animal Conservation livre la toute première estimation à l’échelle du Maroc de la taille de la population nicheuse de Marmaronnette marbrée (Marmaronetta angustirostris), aussi appelé Sarcelle marbrée.
Menée par une équipe associant la Tour du Valat, l’École Pratique des Hautes Études, GREPOM/BirdLife Maroc, la Faculté des Sciences Ben M’sik de Casablanca et BioSphère Environnement, cette recherche comble une lacune qui, jusqu’ici, rendait difficile toute évaluation fiable du statut de l’espèce dans le pays, et par conséquent toute planification efficace de sa conservation.
Une espèce nomade et menacée
La Sarcelle marbrée est classée menacée à l’échelle mondiale et vulnérable en Europe par l’UICN. Contrairement à la plupart des anatidés, elle ne suit pas de schéma migratoire classique : ses déplacements, souvent erratiques, suivent la disponibilité en eau des zones humides temporaires, ce qui la rend particulièrement difficile à suivre et à dénombrer.
Lancé en 2023, ce suivi national repose sur un plan d’échantillonnage aléatoire à deux degrés : 35 unités primaires de 100 km² dans lesquelles sont imbriquées 187 unités d’échantillonnages secondaires de 0,25 km², icouvrant l’ensemble du territoire marocain depuis l’embouchure de la Moulouya, au nord, jusqu’aux oueds sahariens, au sud. L’objectif : estimer la taille de la population reproductrice de la Sarcelle marbrée et identifier les principales caractéristiques de son habitat de reproduction.
Une population nationale de Sarcelle marbrée estimée à 386 couvées
À l’échelle des sites échantillonnés, couvrant 46,75 km² de zones humides, le meilleur modèle a estimé un total de 24 couvées, avec une probabilité de détection moyenne de 0,71, soulignant la nécessité de tenir compte de la détection imparfaite lors des relevés de terrain. Extrapolée à l’ensemble des zones humides marocaines (748 km²), cette estimation correspond à une population reproductrice nationale de 386 couvées1. Les données de terrain ont été analysées à l’aide de modèles permettant de corriger les biais liés à la détectabilité imparfaite de l’espèce2. Ces résultats constituent la première estimation robuste, à l’échelle du Maroc, de la taille de la population reproductrice de Sarcelle marbrée.
La végétation émergente et le type de zone humide, notamment les mares, ressortent comme les principaux prédicteurs de l’abondance des couvées sur un site — une piste précieuse pour orienter les futures actions de conservation ciblées de ces habitats.
Un nouveau protocole de suivi adaptable à d’autres contextes
Au-delà de ce chiffre de référence, les auteurs proposent un protocole de suivi et de modélisation transposable à d’autres espèces et d’autres régions, pour améliorer durablement le suivi et la conservation d’espèces d’oiseaux d’eau menacés en Afrique du Nord.
Référence de la publication
📄 Bouchri, H., El Hamoumi, R., Musseau, R., Béchet, A. & Champagnon, J. (2026). Using Two-Stage Random Sampling and N-Mixture Models to Estimate the Breeding Population Size of a Threatened Nomadic Species in Morocco. Animal Conservation. https://doi.org/10.1111/acv.70087[3]
Restauration des zones humides côtières européennes : des bénéfices climatiques à géométrie variable
Une nouvelle étude publiée dans Ecological Engineering apporte un éclairage sur les effets de la restauration des zones humides côtières sur le climat, en particulier sur les flux de CO2 et de méthane (CH4) — deux gaz à effet de serre dont les échanges avec l’atmosphère jouent un rôle important dans la régulation du climat terrestre.
Menée dans le cadre du projet européen RESTORE4Cs[4], auquel participe la Tour du Valat, elle a mobilisé une cinquantaine de chercheurs autour de six zones humides pilotes couvrant une grande diversité de contextes écologiques européens : Ria de Aveiro (Portugal), l’Estuaire de l’Escaut oriental (Pays-Bas), la Camargue (France), les Marais dels Moro (Espagne), le Delta du Danube (Roumanie) et la lagune de Courlande (Lituanie).
Sur quatre saisons, les équipes ont mesuré simultanément les flux de CO2 et de CH4 sur des sites préservés, dégradés et restaurés, à l’aide de chambres statiques. L’objectif : déterminer dans quelle mesure les actions de restauration, encouragées par les politiques européennes, se traduisent par un bénéfice climatique mesurable en équivalents CO2 (CO2-eq).
Des résultats qui varient selon le type de gaz et le type de zone humide
Les flux de CO2dépendent avant tout du couvert végétal et du régime d’inondation à l’échelle du paysage, tandis que les émissions de CH4 répondent de façon sensible à des facteurs comme la qualité de l’eau, la salinité et la dynamique hydrologique.
Parmi les actions étudiées, la restauration des herbiers marins par replantation montre le signal climatique positif le plus net, avec une atténuation significative du bilan en CO₂-éq., que l’on considère l’effet du méthane à court terme (20 ans) ou à plus long terme (100 ans). La diminution de l’eutrophisation des lagunes par l’amélioration du traitement des eaux montre elle aussi un effet positif, mais seulement à court terme (à l’horizon de 20 ans). D’autres actions de restauration, en revanche, font varier CO₂ et CH₄ en sens opposés, sans effet significatif sur le bilan global.
Des stratégies de restauration à adapter à chaque contexte
Ce travail apporte un éclairage utile aux gestionnaires de zones humides : les bénéfices climatiques d’une restauration ne sont ni automatiques ni uniformes. Ils dépendent du gaz considéré, du type de zone humide et de la mesure de restauration engagée. Un argument pour des stratégies de restauration adaptées à chaque contexte, et pour un suivi rigoureux de plusieurs gaz à effet de serre, en particulier le CO₂ et le CH₄, permettant de détecter et de quantifier avec précision les bénéfices climatiques potentiels.
Ces résultats s’inscrivent dans les travaux du projet européen RESTORE4Cs, qui développe des connaissances, des données et des outils d’aide à la décision pour accompagner la conservation et la restauration des zones humides côtières européennes. Ils alimentent notamment la European Coastal Wetlands Interactive Platform[5] et sa Decision-Support Toolbox[6], qui permettent d’explorer les résultats du projet et d’appuyer la priorisation des actions de restauration.
Le processus parlementaire de la loi d’urgence agricole est désormais achevé. Si la proposition de redéfinition des zones humides n’a finalement pas été retenue, le texte adopté introduit néanmoins une évolution préoccupante : la possibilité de prendre en compte la fonctionnalité des zones humides dans la mise en œuvre des mesures de compensation.
Cette disposition n’a pas été censurée par le Conseil constitutionnel. Pour les acteurs de terrain, elle constitue une régression environnementale majeure, en fragilisant le principe même de protection des zones humides.
Cette évolution intervient dans un contexte particulièrement paradoxal : au 10 août, 92 départements étaient concernés par des restrictions d’usage de l’eau, dont 67 en situation de crise. Affaiblir les protections dont bénéficient les zones humides alors que la France connaît une tension croissante sur sa ressource en eau revient à compromettre des écosystèmes qui constituent précisément des alliés essentiels de la résilience des territoires.
Face à cette situation, la Tour du Valat s’est mobilisée aux côtés d’autres acteurs de terrain. Un courrier de remerciement a été adressé aux parlementaires ayant contribué à empêcher la redéfinition des zones humides, et six rendez-vous institutionnels avec des parlementaires ont permis de porter directement les enjeux liés à leur protection et à la gestion durable de l’eau.
Le 10 juillet 1976, la France adoptait à l’unanimité une loi fondatrice pour la protection de la nature. Cinquante ans plus tard, cet héritage est fragilisé alors même que l’érosion de la biodiversité et le changement climatique s’intensifient.
À l’occasion de cet anniversaire, la Tour du Valat s’est associée à plusieurs organisations de protection de la nature pour rappeler que la protection du vivant n’est ni un luxe ni un frein au développement : elle constitue une condition de notre résilience collective.
La loi de 1976 a posé les bases de nombreuses politiques françaises de protection de la biodiversité : protection des espèces, réserves naturelles, études d’impact et reconnaissance de la nature comme patrimoine commun. Cinquante ans après, il est essentiel de préserver cet héritage et de poursuivre son ambition, plutôt que d’affaiblir progressivement les protections construites au cours des dernières décennies.
Le communiqué commun souligne notamment les contradictions entre les ambitions affichées en matière de biodiversité et certaines évolutions législatives récentes, notamment concernant les zones humides, l’eau et les espaces protégés.
La plupart des oiseaux terrestres sont des espèces diurnes. Pourtant, la majorité d’entre eux migrent de nuit. Afin de quantifier plus précisément ce phénomène et de mieux comprendre son évolution, une étude internationale, publiée dans la revue Current Biology, a combiné et analysé les données de plus de 400 petits oiseaux équipés de minuscules balises.
Pourquoi des espèces actives durant la journée changent-elles soudainement de comportement au moment de migrer ? Bien que largement documenté, ce phénomène fascinant soulève encore aujourd’hui de nombreuses questions. Voler de nuit permettrait aux oiseaux de profiter de conditions atmosphériques plus stables, d’éviter la chaleur et les prédateurs diurnes, ou encore de s’orienter grâce aux étoiles. Mais la mesure de l’ampleur réelle de ce comportement, à échelle de dizaines d’espèces, restait jusqu’alors difficile car les radars, les enregistrements acoustiques ou encore le baguage nous renseignent sur le passage des oiseaux, mais rarement sur le parcours complet d’un même individu et sur la durée exacte de ses vols.
De minuscules balises géolocalisatrices pour suivre les vols
Une équipe internationale de plus de soixante-dix chercheurs a rassemblé les données, publiées et inédites, de géolocalisateurs multicapteurs déployés sur 411 individus d’oiseaux appartenant à 56 espèces de passereaux et d’autres oiseaux terrestres. Une telle base de données, combinant autant d’espèces et d’individus équipés sur le long terme, est une première dans le domaine, notamment pour des oiseaux de petites tailles.
Fixés sur le dos de l’oiseau, ces capteurs enregistrent à intervalles réguliers la lumière, l’accélération et la pression atmosphérique, ce qui permet d’obtenir ces données sur l’ensemble de leur trajet migratoire de l’oiseau. Leur poids ne dépasse jamais plus de 5% du poids de l’oiseau, afin de ne pas impacter son activité.
La migration nocturne, une stratégie très largement dominante
Répartition des horaires de vol migratoire entre le jour et la nuit, pour l’ensemble des vols regroupés (12 542 vols) effectués par 411 individus, totalisant 84 477 heures de vol
L’analyse de ce vaste jeu de données confirme et précise ce que plusieurs études plus réduites avaient déjà suggéré :
La grande majorité des vols migratoires sont nocturnes : sur l’ensemble des espèces étudiées, 82 % de l’ensemble des vols enregistrés se sont déroulés durant la nuit. Lors du passage de barrières écologiques comme le désert ou la mer, certains vols peuvent se poursuivre durant la journée.
La migration nocturne est la stratégie dominante pour de nombreuses espèces : chez 41 des 56 espèces étudiées, plus de 90 % des trajets migratoires ont eu lieu de nuit.
Certaines espèces considérées comme migrant aussi bien de jour que de nuit, migrent en réalité quasi-exclusivement la nuit : ainsi, la Huppe fasciée (Upupa epops), réalise 91% de ses vols migratoires la nuit, ce qui vient contredire les observations antérieures et souligner que l’activité diurne ne reflète pas nécessairement le moment du vol migratoire.
Les migrateurs nocturnes ont tendance à optimiser leur temps de vol pendant la nuit : les départs et les arrivées sont étroitement alignés sur le crépuscule et l’aube, avec 92 % des espèces qui décollent lors du crépuscule et 96 % qui se posent au moment de l’aube.
Un comportement transmis au cours de l’évolution
Au-delà de ce constat, les chercheurs ont cherché à comprendre l’origine de ce comportement. En replaçant les 56 espèces dans leur arbre généalogique, ils montrent que les espèces apparentées se ressemblent fortement : la migration nocturne se transmet et se conserve au sein des lignées, plutôt que de dépendre des conditions écologiques propres à chaque espèce. Les auteurs restent néanmoins prudents : ce trait aurait pu aussi apparaître plusieurs fois indépendamment, sous des pressions similaires.
Ce schéma n’est cependant pas universel. Le Guêpier d’Europe en est le contre-exemple le plus net : il vole presque exclusivement de jour, son vol plané dépendant des ascendances thermiques. Certains groupes comme les pipits et les bergeronnettes effectuent une part de vols diurnes plus importante que les autres, souvent sur de courts trajets, tôt le matin.
Des perspectives pour la conservation des oiseaux migrateurs
Mieux comprendre les stratégies migratoire des oiseaux n’est pas qu’une question académique : les populations d’oiseaux migrateurs nocturnes sont particulièrement exposées à la pollution lumineuse et aux collisions avec les infrastructures humaines (bâtiments, éoliennes, lignes électriques) qui se multiplient sur leurs routes de vol. Disposer d’une cartographie fine de l’ampleur et du calendrier de la migration nocturne, espèce par espèce, est une étape essentielle pour identifier les périodes et les zones où ces risques sont les plus élevés, et adapter les mesures de conservation en conséquence.
Référence de la publication
Dufour P., Nussbaumer R., Doniol-Valcroze P., Rime Y., Adamík P., Åkesson S. et al., Briedis M. 2026. Multi-sensor tracking reveals the extent of nocturnal migration in landbirds. Current Biology 36(14):3697-3706.e3. DOI: 10.1016/j.cub.2026.06.030[10]
Natur’Adapt Sud : les documents finaux du projet sont en ligne
Les diagnostics de vulnérabilité et les plans d’adaptation au changement climatique réalisés par les 13 réserves naturelles accompagnées dans le cadre du projet Natur’Adapt Sud 2024-2026 sont désormais disponibles sur le site de la Tour du Valat.[11]
La démarche Natur’Adapt
Développée dans le cadre du projet LIFE Natur’Adapt 2018-2023, la démarche Natur’Adapt vise à anticiper collectivement les évolutions liées au changement climatique et à adapter les pratiques de gestion des espaces naturels face à ses conséquences. Aujourd’hui, la démarche Natur’Adapt est portée par une communauté de personnes intéressées et sensibilisées aux enjeux du changement climatique et de la protection de la nature, sur la plateforme collaborative du même nom.[12]
Initié en 2024 et coordonné par la Tour du Valat, en partenariat avec le CEN PACA, RNF et la CCAA, le projet Natur’Adapt Sud[13] s’est inscrit dans la continuité directe de ces travaux : en s’appuyant sur les outils et méthodes développé lors du LIFE, il a permis d’accompagner les gestionnaires de 13 sites et 11 structures dans leur démarche d’adaptation au changement climatique.
Comment s’adapter au changement climatique ?
Le changement climatique contemporain se distingue par son intensité, sa rapidité et son origine humaine.
Bien que le climat ait toujours varié, le réchauffement observé depuis 1900 est essentiellement d’origine anthropique. Il est notamment lié aux modifications d’usage des sols (déforestation, bétonisation…) et aux importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les activités humaines. Malheureusement, même si nous réduisons les émissions de GES aujourd’hui, les effets du réchauffement se poursuivront pendant des décennies, voire des siècles. En revanche, d’autres actions mises en place maintenant peuvent limiter l’ampleur du réchauffement futur : on parle alors d’atténuation.
Des actions d’adaptation, telles que celles proposées dans les plans d’adaptation établis par réserves, peuvent également être mises en place : elles sont nécessaires pour se préparer aux effets inévitables du réchauffement déjà en cours. Ainsi, les objectifs, stratégies et actions figurant dans les plans d’adaptation sont des propositions pour guider la rédaction du plan de gestion, afin qu’il intègre le changement climatique et que la gestion soit conçue davantage dans une vision dynamique des écosystèmes. Les pistes d’adaptation proposées pourront être débattues, modifiées, précisées, priorisées, lors de futures concertations organisées avec les instances de gouvernance, les acteurs locaux et les partenaires.
Faire monter en compétence les gestionnaires de réserve de la Région Sud sur les thématiques du changement climatique et de ses impacts sur la nature ;
Réaliser, pour chacun des sites participants, un diagnostic de vulnérabilité et d’opportunité face au changement climatique et un plan d’adaptation de la gestion, pouvant ensuite être intégré au document de gestion.
Ces documents sont à présent disponibles en accès libre, sur le site de la Tour du Valat.[14] Dans la lignée de la philosophie Natur’Adapt, nous espérons qu’ils pourront inspirer d’autres gestionnaires à prendre en compte le changement climatique dans la gestion des espaces naturels protégés.
Nouvelle session publique du MOOC sur l’identification et le dénombrement des oiseaux d’eau en Afrique du Nord et au Sahel
Après une première session couronnée de succès, le projet RESSOURCE ouvre une deuxième session de sa formation en ligne gratuite dédiée aux oiseaux d’eau d’Afrique du Nord et du Sahel. Disponible en français sur la plateforme MOOC-Conservation de l’IUCN-PAPACO (Programme on African Protected Areas and Conservation), ce cours offre une initiation avancée à l’identification des oiseaux d’eau de la région et aux techniques de dénombrement.
Le MOOC-RESSOURCE propose 6 modules (environ 40 heures de formation) avec un contenu pédagogique exceptionnel : plus
de 5 000 photographies d’oiseaux, 219 fiches d’identification d’espèces, 40 séquences pédagogiques et 23 entretiens vidéo avec des experts. La formation explique pourquoi l’on s’intéresse aux zones humides et aux oiseaux d’eau, elle donne la parole aux acteurs qui se mobilisent pour leur conservation dans la moitié nord de l’Afrique, elle permet d’apprendre à identifier pas moins de 210 espèces, initie aux différentes techniques de dénombrement des effectifs et aborde comment analyser, valoriser et bénéficier des résultats de ces travaux.
L’objectif : créer un réseau d’observateurs qualifiés pour la conservation des zones humides.
Un MOOC recommandé par les participant·es !
Plus de 97% des personnes ayant suivi la formation recommandent de suivre le MOOC ! Sur les 1600 inscrit·es, 172 ont obtenu leur certification. Les autres ont la possibilité, s’ils et elles le souhaitent, de se réinscrire cette année.
Témoignages de nos étudiant·es :
« J’ai trouvé ce cours très pertinent. Les compétences que j’ai pu acquérir lors du MOOC et que j’ai pu mettre en pratique […] sont de comprendre comment faire l’identification de par la morphologie [des oiseaux], le comportement, et aussi de pouvoir dénombrer. La nature est juste extraordinaire et l’ornithologie me l’a confirmé ! »
Fatou Cissé Thialaw, étudiante de la filière Ornithologie du Master OCD et ayant obtenu la certification du MOOC « Identifier et dénombrer les oiseaux d’eau d’Afrique du Nord et du Sahel »
« Pour l’identification des familles, des oiseaux : le MOOC m’a permis d’élargir mes connaissances dans ce domaine. J’encourage les écogardes du Doudj, les agents des parcs nationaux, mais aussi les étudiants à suivre ce MOOC. »
Mohamedine Seck, écogarde du Parc National des Oiseaux du Doudj
Les zones humides d’Afrique du Nord et du Sahel accueillent des millions d’oiseaux d’eau, qu’ils soient migrateurs ou résidents permanents. Ces espèces jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes locaux et contribuent directement à la sécurité alimentaire et financière de nombreuses communautés de la région. Face aux pressions croissantes sur ces milieux fragiles, le développement de réseaux d’observateurs qualifiés devient une priorité pour leur conservation.
Modalités pratiques
Cette deuxième session sera ouverte du 15 septembre 2026 jusqu’au 31 mai 2027. En plus du contenu pédagogique, elle comprend l’accès à des espaces de forum permettant d’échanger avec l’équipe pédagogique et suivre la formation à son rythme.
Cette année, pour une meilleure accessibilité, les contenus seront téléchargeables afin de pouvoirles consulter également hors ligne.
Développé conjointement par la FAO, la Tour du Valat et l’Office français de la biodiversité dans le cadre du projet RESSOURCE[15], ce projet bénéficie du soutien du FFEM et de l’Union européenne.
De 2018 à 2026, le projet « Organisations de la Société Civile et Zones humides » a rassemblé 15 organisations issues de 11 pays méditerranéens et leur a permis de travailler de concert pour protéger des zones humides. Ensemble, elles ont renforcé leurs compétences, tissé des liens durables, et favorisé le partage d’expériences, de savoirs et de bonnes pratiques à l’échelle du bassin méditerranéen.
Alors que les zones humides méditerranéennes disparaissent à un rythme alarmant sous l’effet des pressions humaines, en particulier dans les régions sud et est du bassin, le rôle des acteurs locaux est plus que jamais essentiel à préservation de ces milieux.
Mis en œuvre dans 11 pays et rassemblant un total de quinze OSCs, le projet « Organisations de la Société Civile et Zones humides » a permis de renforcer la capacité d’action des acteurs. À l’occasion de la clôture du projet, nous vous proposons de découvrir en vidéo les initiatives portées par ce réseau : du suivi scientifique des oiseaux d’eau à la lutte contre la chasse illégale, en passant par l’éducation à l’environnement et la protection des milieux naturels.
Coordonné par la Tour du Valat, ce projet a été mis en œuvre en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD). Il a bénéficié du soutien de plusieurs partenaires institutionnels et techniques engagés en faveur de la biodiversité, dont la Fondation MAVA pour la nature, BirdLife International, le ministère français de la Transition écologique et l’Office français de la biodiversité.
Baguage 2026 des goélands railleurs : près de 400 poussins bagués aux Vieux Salins d’Hyères
Le baguage 2026 des poussins de goélands railleurs, organisé chaque année en collaboration avec la LPO Paca, a permis de baguer près de 400 poussins sur la colonie des Vieux Salins d’Hyères.
Plus petit et élancé que le « gabian », le Goéland railleur (Chroicocephalus genei) est un oiseau migrateur inféodé aux zones humides saumâtres. Présent en Europe, Asie et Afrique, ses populations sont dispersées : la majorité des couples sont localisés en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, mais on en trouve également quelques milliers au Sénégal et en Mauritanie, et plus de 20 000 couples sont présents sur le pourtour méditerranéen.
Si ses effectifs sont en augmentation en France, autrefois l’espèce était rare et uniquement localisée en Camargue. Après une quasi-absente jusqu’à la fin du 20ème siècle, environ 800 couples se reproduisent aujourd’hui sur quelques sites du littoral méditerranéen, du Var jusqu’à l’Aude.
Le 23 juin 2026, à 5h30 : alors que le soleil se lève sur les Salins d’Hyères, les équipes se mettent en place pour la campagne annuelle de baguage. Avec environ 440 couples et 700 poussins, la colonie de reproduction présente sur ce site constitue l’une des rares colonies de reproduction de Goélands railleurs en France.
Organisée en partenariat avec la LPO Paca et la Métropole Toulon Provence Méditerranée, l’opération a permis le baguage de 382 poussins. La majorité d’entre eux quitteront les salins d’Hyères dès cette année : ce baguage permettra de les suivre, une fois leur envol pris, dans leurs déplacements tout autour du bassin méditerranéen.
Une espèce suivie depuis bientôt trente ans
Le programme de recherche sur les Goélands railleurs a été initié en 1997 par la Tour du Valat. L’effort de baguage et de relecture des bagues est plus irrégulier ces dernières années du fait de contraintes logistiques. En Camargue, le baguage est rendu compliqué par la présence de colonies mixtes où les goélands railleurs nichent en compagnie d’autres espèces (Mouettes mélanocéphales, Sternes caugek, etc…) dont les éclosions ne sont pas synchronisées avec celles des Goélands railleurs. Il est alors impossible de déranger ces espèces qui sont encore en incubation par une opération de baguage.
Ce programme de recherche a permis de mieux comprendre les ressorts de la croissance de cette population dans le sud de la France (Doxa et al. 2013[17]) ainsi que la façon dont la familiarité entre individus conditionnait la dynamique de dispersion de l’espèce (Francesiaz et al. 2017[18]).
Cette opération de baguage permet la poursuite de ce suivi à long terme. Il nous permettra d’étudier comment les paramètres démographiques et l’écologie de cette espèce sont affectés par les changements majeurs qui touchent les zones humides méditerranéennes : risque de submersion, de salinisation, de changement d’usage (fermeture/ouverture de salins), etc…
8e édition du Prix européen Natura 2000 : les candidatures sont ouvertes !
La Commission européenne a lancé la 8e édition du Prix européen Natura 2000, qui récompense l’excellence dans la gestion des sites Natura 2000 et met en avant l’impact de ce réseau en faveur de la conservation de la nature, des communautés locales et des économies durables dans toute l’Union européenne.
Informations et candidatures
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 septembre 2026 (23 h 59 CEST).
Cinq catégories sont ouvertes, dont une nouvelle catégorie consacrée aux sites Natura 2000 situés en milieu urbain ou périurbain.
Milieu marin et côtier
Villes et agglomérations
Préservation des espaces terrestres
Bénéfique à la communauté
Projet participatif
De plus, tous les finalistes seront automatiquement en lice pour le Prix des citoyens européens !
A l’occasion de cette édition, les critères de sélection[19] ont été actualisés, et le Prix des citoyens européens, décerné à l’issue d’un vote participatif, sera de nouveau organisé.
L’histoire du prix Natura 2000
Depuis son lancement en 2014, le Prix Natura 2000 a connu sept éditions et a récompensé 142 finalistes ainsi que 35 lauréats, issus de toute l’Europe. Cette nouvelle édition du Prix Natura 2000 sera la huitième : elle continuera à mettre en avant l’excellence en matière de gestion du réseau Natura 2000, à offrir aux finalistes une large visibilité à l’échelle européenne et à récompenser le travail des lauréats dans le domaine de la conservation de la nature.
Thèse de doctorat | Écologie d’une espèce menacée de canard nomade au Maroc, la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris) : implications pour sa conservation
La Tour du Valat contribue à l’émergence d’une nouvelle génération de spécialistes de la conservation des zones humides en Méditerranée à travers sa bourse de thèse méditerranéenne. Ce dispositif finance, encadre et accompagne des doctorant·es issu·es de pays non européens du bassin méditerranéen, afin de renforcer les capacités de recherche locales en lien avec des universités et des acteurs de la conservation.
Dans ce cadre, le 9 juin 2026, Haytem Bouchri, a soutenu sa thèse de doctorat de l’université PSL – Ecole pratique des hautes études – à l’issue de trois années d’études sur l’écologie d’un canard nomade menacé, la Marmaronette marbrée.
Haytem lors de sa soutenance de thèse
Haytem Bouchri a étudié cette espèce en partenariat avec le GREPOM (BirdLife Maroc)[21] et Biosphère Environnement, [22]sous la direction d’Arnaud Béchet (Tour du Valat)[23] et de Rhimou El Hamoumi (Université Hassan II de Casablanca), avec l’encadrement de Jocelyn Champagnon (Tour du Valat)[24] et de Raphaël Musseau (Biosphère Environnement). Le jury composé d’experts internationaux sur les méthodes, les canards, les zones humides et/ou l’espèce a félicité Haytem Bouchri pour l’excellence de sa recherche, relevant à la fois la qualité scientifique du travail et son importance pour la conservation de cette espèce. Trois articles sont en préparation dont un sur la taille de la population nicheuse de la Marmaronette au Maroc qui paraîtra prochainement dans la revue Animal Conservation.
Encadrants réunis lors de la soutenance
Résumé :
« Écologie d’une espèce menacée de canard nomade au Maroc, la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris) : implications pour sa conservation »
Les zones humides méditerranéennes comptent parmi les écosystèmes les plus menacés à l’échelle mondiale, subissant des pressions croissantes liées aux prélèvements d’eau, aux changements d’usage des sols et à la raréfaction hydrique sous l’effet du changement climatique – pressions particulièrement aiguës en Afrique du Nord. Parmi les espèces les plus affectées figure la Marmaronette marbrée (Marmaronetta angustirostris), espèce quasi menacée et aux déplacements nomades, dont la population ouest-méditerranéenne a décliné de 46 % entre 2008 et 2018. Plusieurs dimensions de son écologie demeuraient néanmoins mal documentées, notamment la taille de sa population nicheuse, ses stratégies de déplacement et ses modalités d’utilisation de l’habitat.
Cette thèse aborde ces lacunes à travers trois chapitres complémentaires. Dans le premier, un plan d’échantillonnage aléatoire à deux niveaux analysé par des modèles hiérarchiques N-mixture a permis d’estimer la population nicheuse nationale marocaine à 386 nichées [ICr 95 % : 283–487], fournissant la première estimation robuste à cette échelle pour l’espèce. Dans le second, la combinaison de télémétrie GPS et d’accélérométrie triaxiale a permis de classifier cinq catégories comportementales et de mettre en évidence une organisation marquée entre remise diurne et alimentation nocturne, assortie d’une forte variabilité interindividuelle. Dans le troisième, le suivi de 24 individus capturés au Maroc et en Espagne révèle que le type de zone humide constitue le principal déterminant de l’utilisation de l’habitat, l’espèce fréquentant majoritairement des zones humides d’origine anthropique, avec une modulation par la variabilité pluviométrique.
Dans son ensemble, ce travail apporte des connaissances nouvelles sur l’écologie spatiale de la Marmaronette marbrée en Afrique du Nord et fournit des bases scientifiques utiles à l’orientation des stratégies de suivi, de restauration et de conservation de l’espèce.