- Tour du Valat - https://tourduvalat.org -

Les oiseaux changent d’altitude pour survivre à la traversée des déserts et des mers

Rousserolle Turdoïde, oiseau migrateur qui vole fréquemment au-dessus de 2000m pour traverser le désert du Sahara © Marc Thibault

Chaque année, des milliards d’oiseaux entreprennent des migrations extraordinaires, traversant de vastes déserts et des mers ouvertes sans lieu où s’arrêter, se nourrir ou  se reposer. Une nouvelle étude internationale publiée dans iScience par un groupe de chercheurs de la Tour du Valat, du CEFE-CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle  et de la station ornithologique suisse révèle que les petits oiseaux migrateurs ajustent leur altitude de vol au-dessus de ces barrières écologiques et que leurs stratégies dépendent de  la morphologie de leurs ailes et de la couleur de leur plumage.

À l’aide de dispositifs de suivi miniatures intégrant de multiples capteurs, les chercheurs ont suivi 17 espèces de petits oiseaux migrateurs lors de leur traversée de deux barrières majeures entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne : le désert du Sahara et de vastes zones  maritimes telles que la mer Méditerranée et le golfe de Gascogne.
Les résultats montrent des différences frappantes dans le comportement de vol.

Voler haut au-dessus du Sahara, bas au-dessus de la mer

Traquet motteux équipé d’un dispositif de suivi miniature intégrant de multiples capteurs (lumière, pression, activité de l’oiseau) sur le dos © Stéphan Tillo / Tour du Valat

Lorsqu’ils traversent le désert du Sahara, les oiseaux volent généralement à des altitudes beaucoup plus élevées qu’au-dessus de la mer, atteignant souvent 2 500 à 4 000 mètres audessus du niveau de la mer, en particulier pendant la journée. En revanche, les traversées  maritimes se font généralement à des altitudes beaucoup plus basses, parfois à quelques  dizaines de mètres seulement au-dessus de la surface de l’eau.

Selon Jocelyn Champagnon, directeur de recherche à la Tour du Valat et co-auteur de l’étude, « Ces petits oiseaux volent pratiquement exclusivement de nuit mais ils prolongent  parfois leurs vols nocturnes jusqu’au lendemain lorsqu’ils traversent le désert. Quand le soleil se lève, nous avons découvert qu’ils montent en altitude. Ce comportement les aide probablement à éviter la surchauffe en atteignant un air plus frais à des altitudes plus élevées. À l’inverse, lorsqu’ils traversent les mers, ils descendent, ce qui les expose au risque de collision avec les futures centrales éoliennes offshore. »

La taille et la couleur des ailes ont leur importance

L’étude montre que les caractéristiques physiques aident à expliquer pourquoi les espèces volent à des altitudes différentes :

Globalement, ces résultats démontrent que les stratégies de migration sont étroitement liées à l’anatomie et aux contraintes thermiques.

Vols maritimes inattendus à basse altitude

L’étude montre également qu’au-dessus des barrières maritimes, certaines espèces, en particulier le traquet motteux, volent fréquemment très près de la surface de la mer, passant parfois la majeure partie de la traversée à moins de 50 mètres d’altitude.
Voler à basse altitude peut réduire les coûts énergétiques en exploitant les vents plus calmes près de la surface ou les effets aérodynamiques à proximité de l’eau, mais des recherches supplémentaires seront nécessaires pour comprendre pleinement les avantages de cette stratégie.

Pourquoi ces résultats sont importants ?

Les oiseaux migrateurs longue distance sont en déclin. Les barrières écologiques telles
que les déserts et les mers représentent certaines des étapes les plus dangereuses de la
migration des oiseaux. L’étude souligne à quel point ces stratégies de traversée sont finement ajustées et à quel point elles peuvent être sensibles aux changements environnementaux.

Ces résultats ont des implications pour le développement de l’énergie éolienne dans les
environnements marins. De nombreux oiseaux migrateurs traversent les mers à basse
altitude, volant parfois près de la surface de l’eau, ce qui peut les amener dans l’emprise des pâles des éoliennes offshores lors de leurs longs vols. Comprendre quand, où et à quelle altitude les oiseaux survolent les zones marines peut aider à améliorer la planification et l’exploitation des parcs éoliens, réduisant ainsi les risques de collision.

Cette étude a été financée par les programmes Migralion (2021-2025) [1] et Migratlane (2022-2027) initiés dans le contexte du développement de l’éolien offshore, pour faire face au constat d’un manque crucial de données sur les oiseaux marins et migrateurs, notamment dans le golfe du Lion et le golfe de Gascogne, et la nécessité urgente d’acquérir des connaissances précises sur ces espèces.


Contacts presse

Coralie Hermeloup – Responsable communication – [email protected] [2] – 04 90 97 28 70
Jocelyn Champagnon – Directeur de recherche – [email protected] [3] – 04 90 97 06 80


Référence de la publication

Dufour, P. et al. (2026). Ecological barrier crossing strategies in small migratory birds depend on wing morphology and plumage color. iScience, 29, 114466. https://doi.org/10.1016/j.isci.2025.11446 [4]