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Suivre les parasites pour mieux comprendre la santé des oiseaux

Tique adulte Babesia sp. YLG © Patrick Landermann

On connaît bien les épidémies spectaculaires, comme celles liées à l’influenza aviaire hautement pathogène qui a frappé nos contrées durant l’hiver 2026. Lorsque des oiseaux meurent en nombre, l’impact est visible et immédiatement mesurable. Mais dans la nature, la plupart des infections passent inaperçues. Elles n’entraînent ni mortalité massive ni symptômes flagrants. De plus les morts servent souvent de repas et disparaissent rapidement du paysage. Pourtant, ces infections peuvent affecter la croissance, la condition physique ou la réussite reproductive des animaux — avec, à terme, des conséquences potentielles sur les populations.

Quantifier ces impacts représente un enjeu scientifique majeur pour comprendre la dynamique des populations sauvages. C’est ce que montre une récente étude menée par la Tour du Valat et ses partenaires sur le goéland leucophée (Larus michahellis). Les chercheurs se sont intéressés à un parasite sanguin qu’ils avaient  récemment décrit avec leurs collaborateurs de l’école vétérinaire nationale de Nantes : Babesia sp. YLG, transmis par une tique (Ornithodoros (Alectorobius) maritimus) présente dans les nids.

Suivre l’infection pour en mesurer les effets

Recherche de tique sur un poussin de goéland © Patrick Landermann

Le défi principal ? Evaluer les effets d’un parasite qui ne rend pas l’oiseau visiblement malade. Les analyses classiques de frottis sanguins ne suffisant pas toujours pour repérer les infections discrètes, l’équipe a développé un outil de haute précision : un test qPCR. Cette technique moléculaire permet de détecter des traces infimes du parasite dans le sang et de mesurer la quantité de pathogène présente chez chaque individu.

Pendant trois ans, les scientifiques ont suivi deux colonies de goélands pour observer comment ce parasite circulait et quels étaient ses effets réels sur la vie des oiseaux.

Une infection aux impacts variables selon l’âge

Les résultats mettent en évidence des effets différenciés du parasite selon le stade de vie de l’individu :

Enjeux pour la conservation

Pris isolément, ces impacts peuvent sembler modestes. Si Babesia sp. YLG ne décime pas les colonies, il agit comme un facteur de stress supplémentaire. Dans un monde où les oiseaux marins font déjà face à la raréfaction de la nourriture ou au changement climatique, ces infections peuvent influencer la dynamique démographique sur le long terme.

Cette étude souligne ainsi l’importance de s’intéresser aussi aux pathogènes les plus discrets.

Les recherches futures devront désormais se concentrer sur les conséquences à long terme de cette infection sur la dynamique des populations et des communautés, et examiner ses impacts sur l’évolution de ces populations dans un monde en mutation rapide.


Référence de la publication

Buysse M., Ollagnier M., Souc C., Bruley M., Blanchon T., Leray C., Vittecoq M., McCoy K.D. 2025. Spatiotemporal Dynamics of Blood Parasite Infections and Impacts on Avian Health and Reproduction. Molecular Ecology n/a:e70178. doi: 10.1111/mec.70178 [1]