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Restauration des zones humides côtières européennes : des bénéfices climatiques à géométrie variable 

Une nouvelle étude publiée dans Ecological Engineering apporte un éclairage sur les effets de la restauration des zones humides côtières sur le climat, en particulier sur les flux de CO2 et de méthane (CH4) — deux gaz à effet de serre dont les échanges avec l’atmosphère jouent un rôle important dans la régulation du climat terrestre. 

Menée dans le cadre du projet européen RESTORE4Cs [1], auquel participe la Tour du Valat, elle a mobilisé une cinquantaine de chercheurs autour de six zones humides pilotes couvrant une grande diversité de contextes écologiques européens : Ria de Aveiro (Portugal), l’Estuaire de l’Escaut oriental (Pays-Bas), la Camargue (France), les Marais dels Moro (Espagne), le Delta du Danube (Roumanie) et la lagune de Courlande (Lituanie). 

Marjal dels Moros, un exemple emblématique de zone humide valencienne en Espagne © RESTORE4Cs

Sur quatre saisons, les équipes ont mesuré simultanément les flux de CO2 et de CH4 sur des sites préservés, dégradés et restaurés, à l’aide de chambres statiques. L’objectif : déterminer dans quelle mesure les actions de restauration, encouragées par les politiques européennes, se traduisent par un bénéfice climatique mesurable en équivalents CO2 (CO2-eq). 

Des résultats qui varient selon le type de gaz et le type de zone humide 

Les flux de CO2 dépendent avant tout du couvert végétal et du régime d’inondation à l’échelle du paysage, tandis que les émissions de CH4 répondent de façon sensible à des facteurs comme la qualité de l’eau, la salinité et la dynamique hydrologique.  

Parmi les actions étudiées, la restauration des herbiers marins par replantation montre le signal climatique positif le plus net, avec une atténuation significative du bilan en CO₂-éq., que l’on considère l’effet du méthane à court terme (20 ans) ou à plus long terme (100 ans). La diminution de l’eutrophisation des lagunes par l’amélioration du traitement des eaux montre elle aussi un effet positif, mais seulement à court terme (à l’horizon de 20 ans). D’autres actions de restauration, en revanche, font varier CO₂ et CH₄ en sens opposés, sans effet significatif sur le bilan global. 

Des stratégies de restauration à adapter à chaque contexte 

Ce travail apporte un éclairage utile aux gestionnaires de zones humides : les bénéfices climatiques d’une restauration ne sont ni automatiques ni uniformes. Ils dépendent du gaz considéré, du type de zone humide et de la mesure de restauration engagée. Un argument pour des stratégies de restauration adaptées à chaque contexte, et pour un suivi rigoureux de plusieurs gaz à effet de serre, en particulier le CO₂ et le CH₄, permettant de détecter et de quantifier avec précision les bénéfices climatiques potentiels. 

Un pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) sur le site du Delta du Danube en Roumanie © RESTORE4Cs

Ces résultats s’inscrivent dans les travaux du projet européen RESTORE4Cs, qui développe des connaissances, des données et des outils d’aide à la décision pour accompagner la conservation et la restauration des zones humides côtières européennes. Ils alimentent notamment la European Coastal Wetlands Interactive Platform [2] et sa Decision-Support Toolbox [3], qui permettent d’explorer les résultats du projet et d’appuyer la priorisation des actions de restauration. 


Référence de la publication

📄 Cabrera-Brufau M. et al. 2026. Ecological Engineering 232:108080. doi.org/10.1016/j.ecoleng.2026.108080 [4]