
Les programmes de baguage constituent depuis plusieurs décennies une source essentielle de données pour l’étude des populations d’oiseaux. Ils permettent notamment de suivre les dynamiques démographiques, l’état corporel des individus ou encore les réponses des espèces aux changements environnementaux comme le chaéngement climatique. La fiabilité des mesures morphométriques recueillies à cette occasion est donc un enjeu central.
Une étude récente, s’appuyant sur des données historiques collectées à la Tour du Valat entre 1952 et 1978, met en évidence l’existence d’imprécisions liés à l’opérateur (la personne qui prend la mesure) lors de mesures morphométriques réalisées dans le cadre de programmes de baguage à long terme. Elle analyse leur ampleur selon la taille des espèces concernées ainsi que selon les caractères morphologiques mesurés.
Des mesures globalement robustes pour la longueur d’aile

L’analyse porte sur 17 818 individus appartenant à 14 espèces d’oiseaux, pour lesquels trois paramètres morphométriques ont été examinés : la longueur de l’aile, la masse corporelle et un indice de condition corporelle.
Les résultats montrent que la longueur d’aile présente une faible variabilité entre opérateurs, avec un écart à la moyenne inférieur à 1 % de la mesure totale. Cette mesure apparaît donc globalement robuste, y compris dans un contexte impliquant de nombreux bagueurs et des relevés réalisés sur une longue période.
Une variabilité plus marquée pour la masse corporelle et l’indice de condition corporelle
À l’inverse, des différences plus importantes entre opérateurs sont observées pour la masse corporelle, avec des écarts pouvant atteindre jusqu’à 10 % de la mesure totale. L’indice de condition corporelle, calculé à partir de la masse et de la taille de l’aile, présente des résultats similaires, reflétant directement cette variabilité.
Ces écarts montrent que certaines mesures sont sensibles à la fois aux caractéristiques des espèces, aux outils utilisés (comme les dynamomètres), et aux pratiques propres à chaque opérateur.
Des effets plus marqués chez les espèces de grande taille
L’étude montre également que les espèces de plus grande taille (par exemple le canard colvert) sont proportionnellement plus affectées par ces variations de mesure. Ce résultat suggère que la taille des individus constitue un facteur déterminant dans l’amplitude des écarts observés entre opérateurs.
Un enjeu pour l’analyse des jeux de données à long terme
Ces résultats rappellent l’importance de prendre en compte les effets liés aux observateurs dans l’analyse de données de baguage à long terme. Ils invitent à porter une attention particulière sur la prise de mesures morphologiques, en particulier chez les grandes espèces.
Au-delà de ce constat, l’étude contribue à mieux documenter les sources de variabilité des données de terrain, un élément essentiel pour améliorer la précision des analyses écologiques basées sur des suivis de longue durée.
Référence de la publication :
Martinais, Y., Gaget, E., Guillemain, M., & Francesiaz, C. (2026). Evidence for a relationship between bird body size and uncertainty in individual morphological measurements at ringing. Bird Study, 1–13. https://doi.org/10.1080/00063657.2026.2686446 [1]
Contact :
Elie Gaget [2], Tour du Valat, France