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De nouvelles données sur les zones humides côtières européennes pour atteindre les objectifs des politiques de restauration

Les zones humides côtières d’Europe représentent moins de 10 % des zones humides de la région, mais elles jouent un rôle disproportionné pour l’atténuation du changement climatique, l’adaptation à ses effets, tout en hébergeant une des biodiversité les plus riche du continent. Pour les restaurer efficacement, encore faut-il savoir où intervenir en priorité et quels enjeux prendre en compte.

Une nouvelle étude, portée dans le cadre du projet Horizon Europe RESTORE4Cs [1], propose un jeu de données spatialisé inédit qui relie trois dimensions : les habitats, les services écosystémiques rendus aux populations  et les activités humaines, incluant les pressions qu’elles exercent sur les écosystèmes.

Six sites pilotes à l’échelle des grandes façades européennes

Ce travail s’appuie sur les retours d’expérience issus de six zones humides côtières emblématiques d’Europe, réparties sur les façades atlantique, méditerranéenne, baltique et mer Noire : Ria de Aveiro (Portugal), Marjal del Moro au nord de Valence (Espagne), la Camargue (France), l’estuaire de Escaut oriental (Pays-Bas), la lagune de Courlande (Lituanie) et le delta du Danube (Roumanie).

La Tour du Valat participe au projet en tant que leader du Work Package 7, ainsi que responsable des activités sur le site pilote Camargue. Elle apporte également son expertise scientifique sur les zones humides méditerranéennes, aux côtés de l’Université d’Aveiro, qui coordonne le projet, et de l’ensemble des partenaires européens.

Une base de données construite à partir de l’expertise de terrain

La base de données établie repose sur l’expertise des équipes de chaque site-pilote : celles-ci ont d’abord cartographié les unités de paysage, puis leur ont associé les services écosystémiques ainsi que les activités et les pressions qui s’y exercent.

Sur chaque site, un atelier participatif a réuni les parties prenantes locales (autorités, collectivités, ONG, pêcheurs, usagers…) pour hiérarchiser l’importance de différents critères de restauration – les acteurs locaux étant ainsi associés à la réflexion, et non simples sources d’information.

Au total, les données recueillies comptabilisent une centaine d’enregistrements d’habitats, plus de 20 000 associations activité-pression et plus de 1 600 enregistrements de services écosystémiques.

L’ensemble alimente une « Toolbox [2] » : un outil d’aide à la décision qui permet aux gestionnaires et décideurs d’identifier où la restauration peut maximiser les co-bénéfices (climat, biodiversité, qualité de l’eau). Des données comparables ont également été produites à l’échelle européenne, suivant une méthodologie différente liée au passage à l’échelle ; elles sont accessibles sur la plateforme cartographique R4Cs [3]. Ces ressources visent à rendre explicites les arbitrages entre usages des zones humides, et appuyer la mise en œuvre du Règlement européen sur la restauration de la nature et de la Stratégie biodiversité 2030.

Zoom sur le site pilote de la Camargue

Atelier participatif en Camargue, réunissant plusieurs parties prenantes pour hiérarchiser ensemble les critères de restauration © RESTORE4Cs, Francesca Silvia Rota

En Camargue, la méthodologie a pris la forme suivante. Les données collectées et un atelier participatif organisé en novembre dernier réunissant plusieurs parties prenantes, ont permis à la Tour du Valat, avec l’appui de MedWet et de Vertigo Lav, de définir trois scénarios de restauration à horizon 2050 :

  • Gestion adaptative avec solutions fondées sur la nature (Business as Usual) : combinaison de la restauration d’infrastructures grises et d’adaptation naturelle, via une gestion hydraulique flexible et des solutions fondées sur les écosystèmes (zones tampons, inondation contrôlée, restauration de zones humides, agriculture résiliente).
  • Paysage en évolution naturelle : transformation progressive des paysages par une réduction de l’intervention humaine, en restaurant les écosystèmes et en faisant évoluer les usages du sol.
  • Approche hydraulique historique : résistance aux impacts du changement climatique en s’appuyant davantage sur les infrastructures et ouvrages d’ingénierie.

La démarche a mobilisé 19 entretiens afin de préciser le contexte et collecter des données, suivis d’un atelier réunissant 14 parties prenantes locales, invitées à proposer des indicateurs pour chaque critère selon leur expertise. Ces critères couvraient aussi bien les dimensions socio-économique (agriculture, élevage, chasse, tourisme, conservation de la nature…) que environnementales (habitats, biodiversité, climat, eau…) et socio-culturelles (patrimoine, santé, recherche, participation).

Concernant les préférences exprimées, les activités du secteur primaire arrivent en tête (11 % du poids, portées surtout par l’agriculture et l’élevage), suivies à égalité (10 %) par les activités du secteur tertiaire (tourisme et conservation), les coûts de gestion du risque (protection contre les inondations et la submersion) et la biodiversité. À l’échelle des grands thèmes, c’est néanmoins la dimension environnementale qui ressort comme prioritaire.

L’analyse multicritère montre que le scénario de gestion adaptative avec solutions fondées sur la nature est ,l’option préférée (confirmée par trois méthodes de normalisation). Il offre le meilleur équilibre entre enjeux socio-économiques, environnementaux et socio-culturels, tout en restant le plus acceptable localement. À noter que le scénario « paysage en évolution naturelle » permettrait une réduction nettement plus forte des émissions de gaz à effet de serre du territoire, mais au détriment du développement des activités socio-économiques


Référence de la publication :

Oliveira B.R.F., Camacho A., Guelmami A., Schroder C., Bègue N., Bučas M., Cazacu C., Ciravegna E., Coelho J.P., Constantin R.G., Hilaire S., Kataržytė M., Morant D., Picazo A., Polman N., van Puijenbroek M., Raoult J., Rochera C., Ronse M., Sella L., Sousa A.I., Racoviceanu T., Rota F.S., Vaičiūtė D., Lillebø A.I. 2026. European coastal wetlands datasets and their use in decision-support tools for policy restoration objectives. Environmental Science & Policy 179:104386. doi: 10.1016/j.envsci.2026.104386 [4]

Contact :

Anis GUELMANI [5] | Chef de projet, Coordinateur OZHM