Une étude publiée en juillet dernier dans la revue Animal Conservation livre la toute première estimation à l’échelle du Maroc de la taille de la population nicheuse de Marmaronnette marbrée (Marmaronetta angustirostris), aussi appelé Sarcelle marbrée.
Menée par une équipe associant la Tour du Valat, l’École Pratique des Hautes Études, GREPOM/BirdLife Maroc, la Faculté des Sciences Ben M’sik de Casablanca et BioSphère Environnement, cette recherche comble une lacune qui, jusqu’ici, rendait difficile toute évaluation fiable du statut de l’espèce dans le pays, et par conséquent toute planification efficace de sa conservation.
Une espèce nomade et menacée
La Sarcelle marbrée est classée menacée à l’échelle mondiale et vulnérable en Europe par l’UICN. Contrairement à la plupart des anatidés, elle ne suit pas de schéma migratoire classique : ses déplacements, souvent erratiques, suivent la disponibilité en eau des zones humides temporaires, ce qui la rend particulièrement difficile à suivre et à dénombrer.

Un protocole de terrain à grande échelle
Lancé en 2023, ce suivi national repose sur un plan d’échantillonnage aléatoire à deux degrés : 35 unités primaires de 100 km² dans lesquelles sont imbriquées 187 unités d’échantillonnages secondaires de 0,25 km², icouvrant l’ensemble du territoire marocain depuis l’embouchure de la Moulouya, au nord, jusqu’aux oueds sahariens, au sud. L’objectif : estimer la taille de la population reproductrice de la Sarcelle marbrée et identifier les principales caractéristiques de son habitat de reproduction.
Une population nationale de Sarcelle marbrée estimée à 386 couvées
À l’échelle des sites échantillonnés, couvrant 46,75 km² de zones humides, le meilleur modèle a estimé un total de 24 couvées, avec une probabilité de détection moyenne de 0,71, soulignant la nécessité de tenir compte de la détection imparfaite lors des relevés de terrain. Extrapolée à l’ensemble des zones humides marocaines (748 km²), cette estimation correspond à une population reproductrice nationale de 386 couvées1. Les données de terrain ont été analysées à l’aide de modèles permettant de corriger les biais liés à la détectabilité imparfaite de l’espèce2. Ces résultats constituent la première estimation robuste, à l’échelle du Maroc, de la taille de la population reproductrice de Sarcelle marbrée.
La végétation émergente et le type de zone humide, notamment les mares, ressortent comme les principaux prédicteurs de l’abondance des couvées sur un site — une piste précieuse pour orienter les futures actions de conservation ciblées de ces habitats.
Un nouveau protocole de suivi adaptable à d’autres contextes
Au-delà de ce chiffre de référence, les auteurs proposent un protocole de suivi et de modélisation transposable à d’autres espèces et d’autres régions, pour améliorer durablement le suivi et la conservation d’espèces d’oiseaux d’eau menacés en Afrique du Nord.
Référence de la publication
📄 Bouchri, H., El Hamoumi, R., Musseau, R., Béchet, A. & Champagnon, J. (2026). Using Two-Stage Random Sampling and N-Mixture Models to Estimate the Breeding Population Size of a Threatened Nomadic Species in Morocco. Animal Conservation. https://doi.org/10.1111/acv.70087 [1]