À l’occasion de la Journée mondiale des oiseaux migrateurs, la Tour du Valat [1], EuroNatur [2] et BirdLife International [3], trois ONG expertes sur la conservation des oiseaux, alertent sur l’ampleur du braconnage d’oiseaux migrateurs en Méditerranée. Les trois organisations appellent les États à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements visant à réduire de moitié ces pratiques d’ici 2030.
● Chaque année, des millions d’oiseaux sont encore décimés par le braconnage en Méditerranée : à ce rythme, les Etats n’atteindront pas les engagements internationaux fixés dans le Plan Stratégique de Rome.
● Dans la plupart des pays concernés, les associations de conservation de la nature sont actives dans la lutte contre le braconnage mais manquent de moyens.
● Les solutions existent déjà. Il revient désormais aux États de les déployer à grande échelle, notamment à travers la mise en œuvre de Plans Nationaux d’Action.
Nés dans un sous-bois au nord de l’Allemagne, pesant à peine quelques dizaines de grammes, de jeunes Chardonnerets élégants s’apprêtent à entamer un voyage de plusieurs milliers de kilomètres pour aller passer l’hiver dans le sud de la Méditerranée. Leur parcours est semé d’embûches : les sites de halte migratoire se raréfient sous l’effet de l’urbanisation et des feux de forêt amplifiés par le changement climatique, leur laissant moins de refuges pour se reposer et les exposant davantage à la fatigue et aux prédateurs. Mais c’est un autre danger qui mettra fin au périple de nombre de ces oiseaux : capturés pour leur chant et leur plumage flamboyant, ceux qui survivront au trafic seront revendus illégalement, avant de finir leurs jours dans une cage, à la fenêtre d’un appartement de Marseille ou d’une autre ville du pourtour méditerranéen. Son histoire n’est pas isolée.

“Chaque année, entre 11 et 36 millions d’oiseaux migrateurs sont tués ou capturés illégalement en Méditerranée.” déclare Barend Van Gemerden, Responsable “Voies migratoires internationales de l’avifaune” à BirdLife International.
“C’est pourquoi les pays de la région se sont engagés à réduire ces pratiques d’au moins 50 % d’ici 2030, dans le cadre du Plan stratégique de Rome de la Convention sur la conservation des espèces migratrices et de la Convention de Berne. Il est désormais temps de transformer cet engagement en actions concrètes.”
Les ONG tirent la sonnette d’alarme face au retard accumulé en Méditerranée
Les progrès restent largement insuffisants. Le rapport sur le braconnage des oiseaux (IKB-3.0), publié par BirdLife International et EuroNatur, dresse un état des lieux alarmant.
“À mi-parcours de la mise en œuvre du Plan stratégique de Rome, 83 % des 46 pays évalués n’ont pas mis en place les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés” déclare Dr. Justine Vansynghel, Chargée de projet oiseaux migrateurs chez EuroNatur. “Cet écart est particulièrement préoccupant et montre l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir si les États veulent réellement honorer leurs engagements.”
De son côté, le Réseau Oiseaux d’Eau Méditerranée (ROEM), après 4 années de suivi dans 8 pays du bassin méditerranéen, confirme la persistance et la diversité des menaces qui pèsent sur les oiseaux migrateurs : tirs non réglementés, piégeage, pollution au plomb, etc.

Adapter les solutions au contexte local
Les relevés de ROEM révèlent des situations contrastées selon les territoires. Pour être efficaces, les réponses doivent être adaptées aux réalités de chaque pays.
“C’est la première fois que nous produisons des données harmonisées sur ce sujet”, souligne Laura Dami, coordinatrice du réseau ROEM. “À l’échelle méditerranéenne, ces données mettent en évidence le chemin qu’il reste à parcourir, mais cela permet aux organisations locales de produire des recommandations spécifiques pour leur pays afin de respecter leurs engagements internationaux.”
Il y a en effet de l’espoir : dans la plupart des pays concernés, les partenaires de BirdLife, d’EuroNatur et de ROEM sont actifs dans la lutte contre le braconnage. Les organisations de ROEM développent des recommandations pour chacun des 8 pays ayant participé aux suivis. Trois leviers d’action se dégagent : combler les failles juridiques, garantir des financements durables pour renforcer le suivi scientifique et la sensibilisation ; et renforcer la collaboration entre autorités publiques, chasseurs et organisations de conservation. Ces mesures sont indispensables pour transformer les engagements en résultats sur le terrain.
Les organisations appellent les gouvernements à intensifier la lutte contre le braconnage d’oiseaux, conformément aux obligations internationales de leurs pays et à coopérer avec l’ensemble des parties prenantes concernées pour accélérer l’élaboration, le financement et la mise en œuvre de Plans Nationaux d’Action. Les oiseaux migrateurs traversant plusieurs pays au cours de leur cycle de vie, leur protection dépend d’une action coordonnée : l’efficacité des progrès réalisés dans un pays dépendra de ceux mis en place sur l’ensemble des voies de migration.
A propos du ROEM
Créé en 2012, le Réseau Oiseaux d’Eau Méditerranée (ROEM) rassemble différents partenaires (ONG locales et internationales, universités, administrations, etc.) impliqués dans les suivis et la protection des oiseaux d’eau et des zones humides dans la région méditerranéenne, dans le but de renforcer les suivis des oiseaux d’eau et la conservation des zones humides. Il s’est d’abord développé avec cinq pays d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte), en partenariat avec la Tour du Valat et l’Office Français de la Biodiversité (OFB), afin d’améliorer la quantité et la qualité de ces suivis. Depuis 2017, le Réseau Oiseaux d’Eau Méditerranée (ROEM) s’est élargi à d’autres pays méditerranéens pour favoriser les échanges et les collaborations scientifico-techniques. Parmi ces pays, les collaborations les plus importantes sont notamment avec : l’Albanie, l’Espagne, la France, l’Italie, la Grèce, la Serbie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, le Portugal et la Turquie.
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A propos de la Tour du Valat
La Tour du Valat est un institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, basé en Camargue (France), sous le statut de fondation privée reconnue d’utilité publique. Fondée en 1954 par Luc Hoffmann, la Tour du Valat a depuis lors développé son activité de recherche avec un souci constant : mieux comprendre ces milieux – les zones humides sont l’écosystème le plus prodigue et le plus menacé de la planète – pour mieux les gérer. Convaincue que les zones humides méditerranéennes ne pourront être préservées que si activités humaines et protection du patrimoine naturel vont de pair, la Tour du Valat développe depuis de nombreuses années des programmes de recherche et de gestion intégrée qui favorisent les échanges entre usagers et scientifiques, mobilise une communauté d’acteurs et promeut les bénéfices des zones humides auprès des décideurs.
Site internet de la Tour du Valat [1]
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A propos d’EuroNatur
EuroNatur est une fondation dédiée à la conservation de la nature, basée à Radolfzell, en Allemagne. Les actions d’EuroNatur en faveur d’une Europe dotée de rivières qui s’écoulent librement, de forêts anciennes et d’une grande diversité de paysages culturels sont naturellement transfrontalières ; elles visent à renforcer les organisations locales de conservation de la nature et favorisent la création de réseaux internationaux entre elles. Avec son réseau de partenaires à l’échelle européenne, EuroNatur élabore des solutions permettant aux populations de vivre en harmonie avec la nature. La protection des oiseaux migrateurs d’Europe et la lutte contre leur braconnage figurent parmi les enjeux auxquels EuroNatur s’attache depuis sa création.