
Yaprak Arda, Responsable du programme marin au Centre de coopération pour la Méditerranée de l’UICN, répond à nos questions sur l’apport des Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la conservation de la biodiversité en Méditerranée, les exemples de mise en œuvre déjà existants, les freins à leur déploiement à grande échelle et le rôle du Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité et du projet RESCOM pour en accélérer l’adoption.
1. Qu’apporte de nouveau le concept de SfN dans le champ de la conservation de la biodiversité ?
Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) représentent une véritable évolution dans la conservation de la biodiversité, en reliant de manière explicite la protection, la restauration et la gestion durable des écosystèmes aux bénéfices concrets pour la société, tels que l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, la sécurité hydrique et alimentaire, la réduction des risques de catastrophes, ainsi que le développement socio-économique. Les SfN mettent la biodiversité au cœur de la planification du développement, en reconnaissant que des écosystèmes sains et fonctionnels constituent une infrastructure indispensable au bien-être humain. La norme mondiale de l’UICN pour les SfN apporte également un cadre clair, garantissant que les actions sont fondées sur des données probantes, inclusives, économiquement viables et capables de produire des gains mesurables pour la biodiversité tout en relevant les défis sociétaux. Ainsi, les SfN transforment la conservation, qui cesse d’être un simple objectif sectoriel, pour devenir une solution transversale intégrée aux politiques économiques et sociales.
2. Bien que le concept soit encore émergent, existe-t-il déjà des exemples réussis de mise en œuvre en Méditerranée ?
La Méditerranée offre déjà plusieurs exemples prometteurs de SfN mis en pratique, même si ces initiatives n’ont pas été identifiées comme telles au départ. On peut citer, par exemple, la restauration à grande échelle des zones humides pour mieux gérer lesinondations et soutenir la biodiversité, la restauration des paysages forestiers pour réduire le risque incendie tout en renforçant la résilience des écosystèmes, ou encore la restauration des écosystèmes côtiers — dunes, marais salants et herbiers marins — qui protège les côtes de l’érosion tout en soutenant la pêche et la séquestration du carbone. Les approches intégrées de gestion des ressources en eau, qui rétablissent la connectivité des cours d’eau et les plaines inondables naturelles, démontrent également comment les SfN peuvent simultanément répondre aux problèmes de pénurie d’eau, d’adaptation au changement climatique et de conservation des habitats dans une région particulièrement vulnérable au climat. Ces expériences montrent que les SfN peuvent être efficacement adaptées aux contextes socio-écologiques méditerranéens.
3. Quels sont les principaux freins au déploiement à grande échelle des SfN en Méditerranée, et comment le CMB et le projet RESCOM peuvent-ils en accélérer la mise en œuvre ?
Les principaux obstacles à la généralisation des Solutions fondées sur la Nature (SfN) en Méditerranée résident dans la fragmentation des cadres de gouvernance, au manque de coordination entre secteurs et à l’insuffisance de financements pérennes. Les SfN nécessitent en effet une planification intégrée entre les secteurs de l’eau, de l’agriculture, du développement urbain et de la conservation, encore difficile à concilier avec des politiques publiques cloisonnées, des cycles politiques courts, des régimes fonciers complexes et des pressions concurrentes sur l’usage des terres. L’implication étroite des parties prenantes et la pleine reconnaissance de la biodiversité comme capital naturel fondamental constituent également des enjeux clés.
Dans ce contexte, le Consortium pour la biodiversité méditerranéenne et le projet RESCOM jouent un rôle d’accélérateur. En favorisant la coopération régionale, l’harmonisation des cadres politiques et le partage de connaissances, ils contribuent à structurer des initiatives crédibles et mesurables. Leur action permet aussi de renforcer les compétences des acteurs locaux, de mobiliser des financements et de développer des modèles reproductibles adaptés aux réalités socio-écologiques méditerranéennes, et alignés avec les programmes climatiques et de biodiversité de l’UE et l’international.