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Mieux comprendre la migration nocturne chez les oiseaux terrestres

La plupart des oiseaux terrestres sont des espèces diurnes. Pourtant, la majorité d’entre eux migrent de nuit. Afin de quantifier plus précisément ce phénomène et de mieux comprendre son histoire à l’échelle de l’évolution, une étude internationale, publiée dans la revue Current Biology, a combiné et analysé les données de plus de 400 oiseaux équipés de balises multi-capteur.

Pourquoi des espèces actives durant la journée changent-elles soudainement de comportement au moment de migrer ? Bien que largement documenté, ce phénomène fascinant soulève encore aujourd’hui de nombreuses questions. Voler de nuit permettrait aux oiseaux de profiter de conditions atmosphériques plus stables, d’éviter la chaleur et les prédateurs diurnes, ou encore de s’orienter grâce aux étoiles. Mais la mesure de l’ampleur réelle de ce comportement, à échelle de dizaines d’espèces, restait jusqu’alors difficile car les radars, les enregistrements acoustiques ou encore le baguage nous renseignent sur le passage des oiseaux, mais rarement sur le parcours complet d’un même individu.

Des balises multi-capteurs pour quantifier les vols

Une équipe internationale de plus de quarante chercheurs a rassemblé les données, publiées et inédites, de géolocalisateurs multicapteurs installés sur 411 individus d’oiseaux appartenant à 56 espèces de passereaux et d’autres oiseaux terrestres. Une telle base de données, combinant autant d’espèces et d’individus équipés sur le long terme, est une première dans le domaine.
Fixés comme un petit sac à dos sur le dos de l’oiseau, ces capteurs enregistrent à intervalles réguliers la lumière, l’accélération et la pression atmosphérique, ce qui permet d’obtenir ces données sur l’ensemble de leur trajet migratoire de l’oiseau. Leur poids ne dépasse jamais plus de 5% du poids de l’oiseau, afin de ne pas impacter son activité.

La migration nocturne, une stratégie très largement dominante

Répartition des horaires de vol migratoire entre le jour et la nuit, pour l’ensemble des vols regroupés (12 542 vols) effectués par 411 individus, totalisant 84 477 heures de vol

L’analyse de ce vaste jeu de données confirme et précise ce que plusieurs études plus réduites avaient déjà suggéré :

Un comportement issu de l’évolution

Au-delà de ce constat, les chercheurs ont cherché à comprendre l’origine de ce comportement. En étudiant le comportement des 56 espèces dans le contexte de leur arbre phylogénétique, ils montrent que la migration nocturne serait probablement un trait largement influencé par la phylogénie et l’histoire évolutive : elle serait apparue chez un ancêtre commun à plusieurs lignées, puis aurait été maintenue au fil de l’évolution, plutôt que d’émerger indépendamment chez chaque espèce en fonction de ses seules contraintes écologiques actuelles.

Ce schéma n’est cependant pas universel. L’étude documente aussi des exceptions notables, comme les pipits et bergeronnettes, qui migrent davantage de jour, ou le Guêpier d’Europe, dont la migration reste très majoritairement diurne, probablement car son vol dépend étroitement des conditions atmosphériques disponibles en journée.

Huppe fasciée © Lukas Kott - Wikimedia Commons

Des perspectives pour la conservation des oiseaux migrateurs

Mieux comprendre les stratégies migratoire des oiseaux n’est pas qu’une question académique : les populations d’oiseaux migrateurs nocturnes sont particulièrement exposées à la pollution lumineuse et aux collisions avec les infrastructures humaines (bâtiments, éoliennes, lignes électriques) qui se multiplient sur leurs routes de vol. Disposer d’une cartographie fine de l’ampleur et du calendrier de la migration nocturne, espèce par espèce, est une étape essentielle pour identifier les périodes et les zones où ces risques sont les plus élevés, et adapter les mesures de conservation en conséquence.


Référence de la publication

Dufour P., Nussbaumer R., Doniol-Valcroze P., Rime Y., Adamík P., Åkesson S. et al., Briedis M. 2026. Multi-sensor tracking reveals the extent of nocturnal migration in landbirds. Current Biology 36(14):3697-3706.e3. DOI: 10.1016/j.cub.2026.06.030 [1]