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De la Corse à la Sardaigne : mieux comprendre les flux souterrains d’Azote et Phosphore et valoriser la Mission Flux Admissibles en Méditerranée

En mai 2026, Columba Martinez Espinosa, ingénieure d’études au sein de la Mission Flux Admissibles (FA) – portée par la Tour du Valat, l’Ifremer et l’Agence de l’eau – a participé à deux temps forts complémentaires en Corse et en Sardaigne. Une formation en hydrogéologie à Corte, suivie du Nitrogen Workshop international à Sassari, lui ont permis à la fois de renforcer les compétences techniques mobilisées par la Mission et de consolider ses liens avec la communauté scientifique travaillant sur les flux d’azote à l’échelle méditerranéenne, en interaction avec les acteurs agricoles, les chercheur.es et les décideurs européens.

Photo du groupe des participants et de l’équipe organisatrice de la formation en Corse. © Prise avec un téléphone (mode retardateur).
Trouver l’équilibre entre apports en nutriments et santé des lagunes

Depuis 2021, la Mission Flux Admissibles accompagne la mise en œuvre d’une démarche visant à mieux encadrer les apports en nutriments dans les lagunes méditerranéennes françaises, afin de retrouver l’équilibre écologique, de comprendre les processus à l’origine de leur dégradation et de proposer des aménagements favorisant leur restauration.

Concrètement, elle vise à déterminer les dynamiques des quantités d’azote et de phosphore que les lagunes peuvent recevoir, en fonction des contextes stationnel et climatique, ainsi qu’à comprendre comment ces nutriments sont pris en charge par les différents compartiments biologiques, notamment la production primaire, afin d’identifier des seuils d’assimilation compatibles avec le maintien de leur fonctionnement. Ces apports proviennent principalement des activités agricoles, des rejets urbains, d’événements ponctuels tels que les crues et les lâchers de barrages, ainsi que du ruissellement.

Pour cela, la Mission apporte une expertise technique et scientifique auprès des acteurs locaux : définition des stratégies d’échantillonnage, choix des méthodes de calcul et appui aux dispositifs de mesure permettant de quantifier les flux de nutriments. Elle s’appuie également sur la modélisation des lagunes via l’outil GAMELag (« Gestion et Aménagement des Milieux Eutrophisés Lagunaires »), qui permet de simuler leur fonctionnement et d’évaluer différents scénarios de gestion.

En combinant mesures de terrain et modélisation, la mission Flux Admissibles contribue à identifier des actions concrètes pour réduire les excès de nutriments et maintenir ou restaurer le bon état écologique des lagunes méditerranéennes.

Mission Corse (Corte, 17–23 mai 2026)

Sébastien Santori présente le RAD8 Radon Monitor, un détecteur de radon de haute précision utilisé ici pour mesurer la concentration de radon dans les eaux souterraines, indicateur du temps de séjour de l’eau.  © Columba Martinez Espinosa

À Corte, une formation intensive de cinq jours consacrée à l’hydrogéologie en milieu méditerranéen a permis d’approfondir la compréhension du fonctionnement des aquifères côtiers. Elle a notamment présenté comment ces eaux circulent sous terre, depuis les bassins versants jusqu’aux sources et aux forages, ainsi que les méthodes utilisées pour les étudier et les analyser sur le terrain.

Animée par des enseignant.es et chercheur.es des universités de Corse et de Pise, la formation a alterné apports théoriques, sorties de terrain et travaux pratiques sur deux bassins contrastés, du milieu montagneux aux zones de lagunes. Les participant.es y ont collecté des données physico‑chimiques, utilisé des traceurs géochimiques et isotopiques, et construit des modèles conceptuels hydrogéologiques pour mieux comprendre le fonctionnement des eaux souterraines. Ces travaux ont permis d’éclairer les échanges entre roches et eau, les interactions entre surface et sous-sol, ainsi que le rôle des aquifères côtiers dans l’alimentation des lagunes.

Cette acquisition de nouvelles compétences permettra d’améliorer la représentation des écoulements souterrains dans le modèle GAMELag, et d’intégrer plus finement les dimensions hydrogéologiques dès la phase I des sites d’étude de la Mission FA, afin de mieux quantifier les flux d’azote (N) et de phosphore (P) atteignant les lagunes.

Une session dédiée à l’hydrologie des zones humides, illustrée par le cas de la lagune de Biguglia située au sud de Bastia, a également ouvert des perspectives de collaboration avec l’UMR CNRS 6134 SPE.

 

N-Workshop à Sassari (Sardaigne, 24-30 mai 2026)

Communication orale de Columba Martinez Espinosa lors du N workshop de la Mission Flux Admissibles à Sassari © Wafa Malik

À Sassari, la participation au Nitrogen Workshop financé par le projet OurMED a permis de présenter la Mission Flux Admissibles à une communauté internationale spécialisée sur les flux d’azote, au croisement des enjeux eau-énergie-alimentation.

Une des principales thématiques abordées concernait  la quantification des émissions de N₂O (Oxyde nitreux) liées aux pratiques agricoles et à l’optimisation de l’utilisation des engrais et de l’irrigation. Une journée spécifique a été consacrée au dialogue avec des décideurs européens impliqués dans la mise en œuvre de la Directive nitrates [1].

Dans ce cadre, la Mission FA a apporté un éclairage complémentaire sur l’eutrophisation des lagunes, encore souvent sous‑représentée dans les bilans d’azote. Elle a notamment souligné le rôle central des zones humides dans la trajectoire des nutriments et les impacts de l’agro‑industrie sur les écosystèmes lagunaires.

Une journée de terrain a été consacrée au « living lab » d’Arborea. Cette plaine agricole, issue de l’assèchement d’anciens marais et aujourd’hui fortement irriguée, est classée en zone vulnérable aux nitrates. Elle regroupe plus de 200 exploitations laitières et environ 30 000 bovins sur 6 000 hectares.

Site pilote expérimental destiné à la dénitrification des eaux souterraines dans la commune d’Arborea, en Sardaigne. © Columba Martinez Espinosa

Ce site illustre concrètement les effets d’une agriculture intensive sur les ressources en eau : les apports massifs d’azote et de phosphore, combinés à des sols sableux très perméables, favorisent la présence des concentrations élevées de nitrates dans les nappes et une eutrophisation des zones humides et lagunes Ramsar environnantes.

La visite a permis d’échanger directement sur le terrain autour des tensions entre exigences environnementales (Directive nitrates), viabilité économique du système laitier et objectifs de restauration des milieux naturels. Elle a également mis en lumière des solutions testées pour réduire les transferts d’azote vers les eaux souterraines et les milieux lagunaires, en résonnance avec les enjeux portés par la Mission FA en Méditerranée française.

Apports pour la Tour du Valat et la Mission FA

En combinant un renforcement méthodologique en hydrogéologie et des échanges avec la communauté scientifique travaillant sur l’azote, ces deux rencontres contribuent à améliorer la dimension technique de la Mission  Flux Admissibles et à faire valoriser ses résultats en vue de réduire l’eutrophisation des lagunes méditerranéennes.

Elles se révèlent complémentaires : la formation en Corse apporte des bases solides pour mieux comprendre et modéliser les flux souterrains de nutriments, tout en élargissant le champ des collaborations et en renforçant les compétences en hydrogéologie ainsi que la vision intégrée du fonctionnement des bassins versants. Le workshop en Sardaigne permet, quant à lui, d’observer sur le terrain les conséquences d’une nappe polluée sur un socio-écosystème agricole complexe, ainsi que les efforts engagés pour la restauration d’une lagune. Dans ce cadre, bien que la Mission FA repose sur des travaux très techniques, elle s’inscrit dans une problématique largement partagée à l’échelle méditerranéenne : l’eutrophisation. À ce titre, cette mission apporte un appui concret à l’équipe de l’Observatoire et contribue à positionner la Tour du Valat comme une institution de référence sur cette problématique, dont l’expertise peut être mobilisée par ses partenaires et les autres équipes.

 


Contact :

Columba Martinez Espinosa [2], Tour du Valat, [email protected] [3]