Dans le cadre de l’Observatoire National de la Biodiversité (ONB), la Tour du Valat vient de publier un nouvel indicateur « Surfaces en milieux humides terrestres dans l’Hexagone » [1]* [2].
Une première estimation nationale robuste de la surface des milieux humides
Il résulte d’un long travail financé par l’Office français de la biodiversité (OFB), entrepris dès 2019. Au lieu d’une compilation d’inventaires locaux ou régionaux de zones humides (avec des méthodes et des définitions plus ou moins compatibles, des dates différentes…), nous avons procédé par échantillonnage aléatoire d’un grand nombre de quadrats (env. 8 km²) répartis sur toute la métropole. Sur ceux-ci, l’analyse de données de télédétection a permis d’identifier les surfaces en milieux humides en 1990, 2005 et 2020, de façon rigoureusement homogène entre années et entre quadrats.
Un cinquième du territoire couvert par les milieux humides
Pour la 1e fois en métropole, on dispose donc de chiffres statistiquement robustes sur la surface actuelle en milieux humides, tant naturels qu’artificiels, et leurs tendances sur 1990-2020.
1/5e de l’hexagone est couvert de milieux humides en 2020, soit environ 11 millions d’hectares.
Plus précisément, en 2020, 17,2 % de l’Hexagone sont couverts de milieux humides naturels (+/- 2,6 %), et 3,2 % de milieux humides artificiels (+/- 0,9 %). Ainsi, 20,4 % de l’Hexagone sont couverts de milieux humides (+/- 2,8 %) (Figure 1). En 2020, cela équivaut à 94 454 km² de surfaces de l’Hexagone couverts de milieux humides naturels (+/- 14 307 km²), et 17 585 km² de milieux humides artificiels (+/- 4 844 km²) – soit 112 039 km² au total.
Il faut souligner qu’avec la méthode choisie, aucune carte de localisation précise des milieux humides existant en 1990, 2005 ou 2020 ne peut être produite : avec un échantillonnage aléatoire, seule leur surface totale peut être calculée.

Figure 1
Une régression des milieux humides entre 1990 et 2020
Entre 1990 et 2020, l’Hexagone a perdu 4,5 % de ses milieux humides (-5 233 km²). Cette tendance globale résulte de la conjonction de deux évolutions : perte de 5,7 % des milieux humides naturels existant en 1990, et gain de 2,9 % de milieux humides artificiels, ces 2 tendances n’étant cependant pas statistiquement significatives (Figure 2).

Figure 2
Sur ces 30 années, cela équivaut à une perte de 573 000 ha de milieux humides naturels et à un gain de 49 800 ha de milieux humides artificiels. La perte en milieux humides naturels représente l’équivalent de la surface d’un département français comme le Cantal ou l’Ardèche. Mais avec une dynamique telle que quantifiée, il faudrait soit un plus grand nombre de quadrats, soit 1-2 dates supplémentaires avec évolution persistante, pour obtenir des tendances statistiquement significatives.
Près de la moitié des milieux humides potentiels auraient disparu
Les tendances observées peuvent être comparées (Figure 3) à une référence-clé (carte de prélocalisation des milieux humides en France, Rapinel et al. 2023 [3]), qui établit que 33,3 % de l’Hexagone auraient le potentiel d’être couverts d’habitats humides en l’absence d’intervention humaine. En 2020, la surface des milieux humides naturels restants de l’Hexagone, tels que nous les avons mesurés avec notre méthode, correspond à 52 % de la surface de ces milieux humides prélocalisés seuillés, ce qui suggère que près de la moitié de ces milieux (48 %) auraient été perdus depuis le début de l’impact majeur de l’Homme sur les paysages.

Figure 3
La notice méthodologique détaillée de cet indicateur est disponible sur demande.
Contact
Chef de projet – Tour du Valat
* [5] Il est à noter que ce travail concerne exclusivement les milieux humides, ce qui en France correspond à la définition très large de la convention de Ramsar – alors que la définition légale des « zones » humides est en France beaucoup plus restrictive. Il n’existe en revanche pas de chiffres similaires à ceux de notre indicateur pour les zones humides au sens de la loi, autour desquelles se focalisent beaucoup d’enjeux récents avec le monde agricole notamment. ⮕ En savoir plus [6]