Quelles alternatives aux traitements insecticides ?

Aucun insecticide ne garantit une éradication totale de la gêne causée par les moustiques. Ils ont par ailleurs, même les plus sélectifs, des impacts importants sur la biodiversité avec des effets en cascades à travers la chaîne alimentaire, affectant potentiellement un grand nombre d’espèces (voir plus haut). Dès lors, comment diminuer la gêne sans recourir aux insecticides ?

Deux stratégies d’action sont possibles : agir sur les écosystèmes qui produisent les moustiques ou agir dans les zones habitées, où la gêne est ressentie.

1) Agir sur les écosystèmes

  • La gestion de l’eau et des milieux

Les principaux moustiques concernés par les opérations de démoustication (Ochlerotatus caspius et O. detritus, de même que Aedes vexans), pondent leurs œufs à la base de la végétation sur sol sec ou humide dans de légères dépressions ou encore sur la bordure des marais semi-permanents ou permanents. Seules les femelles sont responsables des piqûres, car le sang prélevé leur fournit les protéines nécessaires à la maturation des œufs. Ces œufs peuvent attendre plusieurs semaines, voire quelques années, une mise en eau naturelle (causée par des précipitations et des coups de mer) ou artificielle (imputable à l'intervention humaine) qui amorcera le développement des larves menant à l'émergence synchronisée des adultes quelques jours plus tard. L'EID estime qu'environ 25 à 30 % de leurs interventions sont liées à des mises en eau artificielles (prés utilisés pour le pâturage, marais utilisés pour la chasse ou comme réserves de faune). Celles-ci ont souvent lieu en été, c'est-à-dire en pleine saison touristique alors que la gêne causée par les moustiques est jugée maximale. Ainsi, une diminution non négligeable de la gêne pourrait vraisemblablement être réalisée par simple modification des calendriers de mise en eau (date et fréquence). De même, le remodelage des berges des plans d'eau artificiels afin que leur pente soit verticale et sans végétation, pourrait permettre de réduire significativement et à faible coût la gêne causée par les moustiques en diminuant les sites de ponte potentiels.

2) Agir dans les zones habitées

  • Les pièges sélectifs

Un nouveau type de piège qui attire et détruit les moustiques et autres insectes piqueurs (comme les arabis) est apparu il y a quelques années sur le marché. Destiné aux particuliers, ces pièges fonctionnent au gaz propane et sont apparemment sans odeur, propres et silencieux, ne dégageant pas plus de CO2 qu'un humain au repos. L'EID confirme le caractère très sélectif du piège, qui est normalement efficace dans un rayon de 25 à 65 m2 selon les modèles. Ces pièges ont l’avantage de réduire la gêne là où elle est ressentie sans affecter le fonctionnement (chaîne alimentaire) des écosystèmes naturels. Contrairement à la démoustication de confort qui ne cible que deux espèces de moustiques, ils sont efficaces contres tous les insectes piqueurs et notamment contre le moustique tigre et le Culex pipiens, qui fréquentent principalement les zones habitées.

  • Les protections passives

En Camargue, toutes les habitations sont équipées de moustiquaires aux fenêtres. Des équipements complémentaires, comme des vérandas-moustiquaires, permettent de ne pas rester confinés à l’intérieur, en particulier aux heures critiques pour les moustiques (crépuscule). Ces alternatives sont intéressantes d'un point de vue écologique mais également économique compte tenu du coût élevé des méthodes par traitement insecticide.