Position de la Tour du Valat

La Tour du Valat, centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, reconnaissant la légitimité de la demande des populations pour une réduction de la gêne induite par les moustiques,

  • rappelle que l’EID est un outil d’aménagement du territoire créé dans les années 60 pour développer la vocation touristique du Languedoc-Roussillon. Dans le même temps, les pouvoirs publics ont attribué à la Camargue une vocation dominante de protection de la nature, comme « coupure verte » entre le pôle industriel de Fos et le pôle touristique languedocien. Cette vocation a depuis été confirmée par la mise en place d’un Parc Naturel Régional, d’une Réserve de Biosphère et de nombreux espaces protégés (réserves naturelles, espaces naturels sensibles départementaux, propriétés du Conservatoire du Littoral…). En conséquence, les outils d’aménagement du territoire mobilisés en Camargue – dont la démoustication - se doivent d’être compatibles avec la vocation dominante de ce territoire ;
     
  • rappelle que dans la charte du Parc Naturel Régional de Camargue, validée en février 2011 pour les 12 ans à venir, celui-ci s’engage à « recommander l’arrêt, la limitation ou l’adaptation [de la démoustication] si des impacts potentiels sont avérés », l’Etat s’engage à « adapter la démoustication aux spécificités des espaces naturels », le Département des Bouches du Rhône s’engage à « adapter les modes et les conditions de traitement en fonction des résultats des évaluations scientifiques partagées par l’EID et le Conseil Scientifique et d’Ethique du Parc » et enfin la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’engage à « accompagner les campagnes […] à condition que les espaces naturels protégés soient strictement épargnés » ;
     
  • demande que, au regard des résultats de ces 5 années de suivi scientifique et des engagements des signataires de la charte du Parc, les espaces naturels sensibles et protégés à forte valeur patrimoniale de Camargue ne subissent pas de traitements insecticides. En l’occurrence, les espaces naturels protégés du domaine de la Palissade, du They de Roustan et du domaine de la Bélugue ne doivent plus être l’objet de tels traitements ; demande en outre que cette mesure soit appliquée au secteur de Brasinvers, mais également au-delà de la Camargue, sur l’ensemble du territoire d’intervention de l’EID et des opérateurs publics, s'il subsiste des risques d'impact pour les milieux et/ou pour les espèces que les espaces naturels protégés hébergent ;
     
  • demande que des méthodes alternatives – beaucoup moins coûteuses pour la collectivité - de réduction de la gêne induite par les moustiques soient privilégiées et affinées. En particulier, plus de 25% des interventions de l’EID étant liées à des mises en eau artificielles, d’importantes marges de progrès existent en matière de gestion de l’eau à des fins pastorales, cynégétique ou de protection de la nature. Par ailleurs, dans les zones habitées (villages et mas isolés), les protections passives (véranda-moustiquaires…) et le piégeage ciblé des insectes piqueurs (pièges à CO2) doivent être activement promus ;
     
  • demande que, s’il devait être fait recours à des substances insecticides, toute démoustication à l’aide de ces produits soit conduite par un opérateur public agréé, en particulier l’EID, à l’exclusion de toute initiative privée (particuliers, professionnels du tourisme…) et envisagée avec pour seul objectif de limiter la gêne dans les zones habitées agglomérées ;
     
  • demande que ces démoustications par épandage d’insecticides fassent l'objet d'un plan d'action porté par les collectivités qui sollicitent et commanditent ces opérations. Ce plan d’action doit intégrer notamment la gestion hydrologique des milieux, les probabilités de dispersion des moustiques, la demande sociale, ainsi que la protection des milieux sensibles et à forte valeur patrimoniale. Il doit accorder une place importante à l'information et à la concertation de la population pour anticiper et accompagner toute opération de démoustication envisagée. En particulier, les habitants doivent être clairement informés de la finalité du traitement ("confort" ou santé publique), des modalités envisagées, ainsi que des coûts environnementaux et économiques de ces opérations. Les informations relatives à la liste des produits, dosages, zones traitées et dates d'épandage de tout traitement effectué par les opérateurs publics doivent être accessibles à tous ;
     
  • demande que les traitements anti-chironomes à des fins de confort soient interdits et que la population soit sensibilisée au caractère non-piqueur de cet insecte et à son rôle essentiel dans la chaîne alimentaire ;
     
  • demande enfin que, dans l’hypothèse d’un risque sanitaire, les vecteurs responsables de la transmission de la maladie soient identifiés et que les méthodes de contrôle soient adaptées à leur écologie (plutôt que de servir de motif à une démoustication de confort généralisée qui pourrait avoir des conséquences néfastes).
     

Contacts :

Brigitte Poulin, Michel Gauthier-Clerc, Patrick Grillas, Jean Jalbert

Tour du Valat - Le Sambuc - 13200 Arles - France
Tél. : +33 (0)4 90 97 20 13 - E-mail :
secretariat@tourduvalat.org