Historique de la démoustication sur le littoral méditerranéen

En juin 1963, l'Etat crée la Mission Interministérielle pour l'Aménagement Touristique du Littoral du Languedoc-Roussillon présidée par Pierre Racine. S'ensuit la création de huit stations balnéaires pouvant héberger un million de touristes. Mais touristes et moustiques ne font pas bon ménage et l'Entente Interdépartementale pour la Démoustication (EID Méditerranée), organisme public, est créée afin de contrôler la gêne causée par les moustiques. Une démoustication " de confort " avec des traitements sans précédent en termes de superficie et de fréquence est mise en œuvre dans 5 départements et 210 communes couvrant 300 000 ha. A cette époque, la richesse exceptionnelle des zones humides de Camargue est déjà reconnue et elle jouit de divers statuts de protection nationaux et internationaux. Elle n'est pas incluse dans le projet d'aménagement et ne fait pas l'objet d'une démoustication par l'EID.

Pendant de nombreuses années, la démoustication hors Camargue a été réalisée à l’aide d’insecticides d'usage général appartenant à la famille des organophosphorés (fénitrothion comme anti-adulte ou imagocide et le téméphos ou abate comme larvicide). Contrairement aux organochlorés (DDT), ces insecticides de contact ont l'avantage de se dégrader rapidement dans l'écosystème mais leur toxicité n'est pas sélective, c'est-à-dire qu'ils affectent aussi bien les vertébrés que les invertébrés, les oiseaux y étant particulièrement sensibles. Ainsi, une petite quantité de ces produits suffit pour tuer un oiseau soit par inhalation de particules, soit par contact dermique avec le nuage de pulvérisation ou la végétation contaminée, soit par ingestion de nourriture contaminée ou de résidus durant le toilettage du plumage. Les produits utilisés par certains prestataires touristiques ou particuliers en Camargue (ex : décis) sont encore plus nocifs, d’autant plus que les doses préconisées par le fabriquant sont rarement respectées.

La découverte du Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) en 1976, insecticide biologique très sélectif et peu toxique pour la faune non-cible permet d’envisager une démoustication des zones naturelles protégées comme la Camargue. Il s’agit aujourd’hui du larvicide le plus utilisé dans le monde pour réduire la gêne causée par les moustiques. Le Bti est une bactérie naturellement présente dans le sol dont l’épandage dans les milieux aquatiques entraîne la mort des larves de nématocères (sous-ordre des diptères incluant les moustiques et les chironomes) après ingestion. Depuis 2006, le Bti est le seul larvicide homologué en Europe et utilisé par l’EID pour démoustiquer le littoral méditerranéen.