Démoustication et santé publique : s'agit de protéger la nature ou les hommes ?

Les quelques espèces de moustiques ciblées par la démoustication de confort ne sont actuellement pas impliquées dans la transmission de maladies à l’Homme. Néanmoins de façon générale les moustiques, comme de nombreux invertébrés, peuvent transmettre des parasites, des bactéries et des virus. Ainsi, après une première épidémie en Camargue en 1963, le virus du Nil occidental ou "West Nile" s'est manifesté à l’automne 2000 dans les départements de l'Hérault, des Bouches-du-Rhône et du Gard, touchant 141 chevaux dont 78 ont présenté des symptômes de l'infection. L'infection par le virus West Nile est une zoonose (maladie transmise des animaux à l’homme et inversement) dont le cycle sauvage implique un vecteur (un moustique du genre Culex le plus souvent) et l'avifaune sauvage (oiseaux migrateurs) qui joue un rôle d'amplificateur du virus. Les oiseaux sauvages ou domestiques sont des réservoirs du virus, c'est-à-dire qu'ils sont susceptibles d'héberger et de propager le virus s'ils se font piquer par un insecte porteur. Les mammifères, comme le cheval ou l'homme, sont des "culs de sac épidémiologiques", c'est-à-dire qu'ils ne peuvent ni multiplier ni transmettre la maladie, mais peuvent en être atteints. Jusqu’à ce jour, 7 cas humains ont été confirmés en France, tous dans le département du Var en 2003. L'infection passe habituellement inaperçue chez l'homme, se présentant le plus souvent sous la forme d'un syndrome grippal bénin.

Bien que la plupart des foyers du virus identifiés à l’époque étaient situés dans des régions déjà démoustiquées (Hérault, Gard) ou éloignées de zones à forte concentration de moustiques (Var), l’épidémie de 2000 fut utilisée comme motif de santé publique pour justifier une démoustication de la Camargue. La démoustication "de confort" ne concerne pourtant que les moustiques du genre Ochlerotatus (Aedes), alors que ce sont les moustiques du genre Culex, dont la gêne est faible et difficilement contrôlable, qui sont les meilleurs candidats pour la transmission du West Nile. Plutôt qu'une démoustication "sanitaire" massive (et inefficace) comme celle mise en œuvre aux Etats-Unis suite à l’apparition d’une souche particulièrement virulente du West Nile en 1999, la France a opté pour la mise en place d'un système de surveillance dès 2001 qui est aujourd’hui étendu à l’ensemble du littoral méditerranéen. Celui-ci permet de comprendre le cycle épidémiologique et de détecter toute circulation du virus avant que des signes cliniques ne soient mis en évidence sur les équidés ou les humains. La Tour du Valat y participe en assurant un suivi à long terme sur la présence du virus chez les oiseaux. Aucun cas humain d’infection par le virus West Nile n’a été confirmé selon ce programme de surveillance depuis 2004.

Le commerce mondial favorise le transport des moustiques d’un continent à l’autre et le réchauffement climatique est susceptible de favoriser l’implantation de nouvelles espèces d’origine tropicale dans des régions tempérées. C’est le cas du moustique tigre Aedes albopictus qui se propage actuellement en France à partir du sud-est du pays. Cette espèce présente un risque non négligeable pour la santé publique car il a été identifié comme un vecteur compétent pour la transmission de certains virus. Il est, par exemple, tenu responsable des récentes épidémies de dengue (2004) et de Chikungunya (2005-2006) à l’île de la Réunion. Vraisemblablement introduit en Europe par le commerce mondial des pneus, le moustique tigre est d’abord apparu en Albanie (1978), en Italie (1992), en France (1999, implantation en 2004) puis en Espagne (2004). Ses capacités de dispersion très réduites suggèrent qu’il gagne du terrain essentiellement par transport passif, en s’introduisant dans les véhicules et autres moyens de déplacement que lui procure l’homme. La seule épidémie connue en Europe s’est produite en Italie en 2007 et concernait une centaine de cas suspectés de Chikungunya.

En Europe, ces virus sont importés par des voyageurs infectés lors d’un séjour dans les tropiques, le moustique tigre agissant ensuite comme vecteur pour transmettre la maladie. La présence du moustique tigre en Europe est fortement liée à l’urbanisation, d’autant plus que les seuls sites de reproduction connus sont artificiels et fournis par l’homme. Ainsi, cette espèce de moustique pond ses œufs dans tout type de récipients ayant un peu d’eau stagnante (pneus, contenants en plastique, assiettes des pots de fleurs, gouttières mal entretenues) dans les zones habitées et la meilleure façon de contrôler sa présence est donc d’éliminer ces gîtes propices à sa reproduction. Afin de prévenir tout début d'épidémie, un plan de surveillance entomologique et clinique a été mis en œuvre dans les départements où le moustique est présent. Il consiste, d’une part, à évaluer l’abondance et la progression du moustique sur le territoire à l’aide d’un réseau de pièges et, d’autre part, à réaliser des analyses d’identification des virus chez les personnes requérant des soins médicaux avec des symptômes similaires à ceux causés par la dengue et le Chikungunya. En métropole, seuls deux cas de Chikungunya et de dengue ont été enregistrés en 2010 dans le Var et les Alpes-Maritimes.