Vers une meilleure gouvernance des zones humides côtières grâce à un système d’information géographique participatif : le cas du Flamant rose

Le Flamant rose est une espèce emblématique du territoire camarguais. Présent tout au long de l’année le long des côtes méditerranéennes françaises, c’est dans le delta du Rhône que l’espèce se reproduit régulièrement en colonies pouvant compter plusieurs milliers de couples.

Les multiples évolutions auxquelles ce territoire camarguais est soumis à moyen et long terme (changement d’usage des terres, gestion de l’eau, occupation des sols, changements climatiques, etc) sont susceptibles d’avoir un impact considérable sur les zones d’alimentation et de reproduction de l’espèce.

Dans ce cadre, la dynamique de la population de cette espèce a été étudiée de longue date, mais la façon dont l’avenir de cette espèce est perçu par les habitants de Camargue et les acteurs du territoire reste peu connue. Afin de remédier à cette lacune, la Tour du Valat, en collaboration avec le Parc naturel régional de Camargue, le CNRS et l’Université de Curtin (Australie), a mis en œuvre un projet financé par la Fondation de France dans lequel sont étudiées différentes valeurs (naturalité, valeur récréative, valeur esthétique, biodiversité, valeur économique) pouvant être associées aux flamants roses par les populations locales.

L'objectif est que les acteurs de Camargue puissent prendre des décisions pertinentes quant à la gestion de ce territoire, en tenant compte des valeurs associées aux flamants roses.

Le projet utilise une méthodologie qui s'appuie sur des entretiens avec des représentants de la population du territoire camarguais. Les personnes interrogées sont issues de catégories socio-professionnelles variées et de tout le territoire du Camargue (Camargue gardoise, île de Camargue et Plan-du-Bourg).  Les entretiens ont permis d’identifier les valeurs que ces personnes associent aux flamants, et de connaître l’opinion de la population sur la façon dont les habitats que l’espèce fréquente sont gérés.

Une fois collectés, les résultats de ces entretiens ont été associés à des scenarii d’évolution du territoire camarguais (évolution climatique, de la riziculture, gestion de l’eau, etc) afin de géolocaliser les endroits où les flamants pourraient être impactés. L’outil utilisé pour mener à bien ce travail est un système d’information géographique (SIG).  Ce SIG permet de produire des cartographies très visuelles et pédagogiques, qui pourront ensuite servir de support pour discuter de la gestion du territoire. Voici quelques-uns des résultats obtenus via cette méthodologie :

Les informations recueillies durant la première phase du projet (113 entretiens) nous ont permis de spatialiser les valeurs associées aux flamants roses en Camargue.

Figure 1 : Le territoire fréquenté par les flamants roses est propice aux activités de loisirs (promenades, visites). Les zones plus foncées représentent les espaces où la valeur récréative a été identifiée comme étant la plus importante.

Figure 2 : Le territoire est rendu plus « beau » grâce à la fréquentation des flamants.  Les zones les plus foncées représentent les espaces où la valeur esthétique est la plus importante.

Figure 3 : Le territoire fréquenté par les flamants roses contribue aux activités économiques locales  ou au contraire est  soumis à des dégâts et pertes économiques.  Les zones rouges représentent les espaces où le risque est jugé comme important générant des pertes économiques. Les zones vertes représentent les espaces où la présence du flamant génère une plus-value économique. 

Les analyses des données qualitatives ont quant à elles fourni des informations importantes sur la perception des personnes interrogées vis-à-vis l’importance de la reproduction des flamants sur ce territoire.

Figure 4 : Perception de l’importance de la reproduction des flamants en Camargue.

Les perceptions par les participants des menaces les plus importantes qui pèsent sur les flamants roses en Camargue sont i) le risque que les flamants arrêtent de se reproduire en Camargue,  ii) que la qualité d’eau (liée aux produits phytosanitaires d’origine agricole) soit dangereuse pour la santé des flamants et iii) que la quantité d’eau découlant de la gestion hydraulique menée ne soit pas propice aux flamants. 

Figure 5 : Mots-clés les plus importants associés par les participants aux menaces sur les flamants roses en Camargue

Dans la deuxième phase du projet,  des ateliers réunissant les différents groupes socio-professionnels ont été organisés. Ces ateliers ont permis aux participants de  visualiser les implications de différents scénarii d'évolution de la Camargue quant aux valeurs associées aux flamants roses.  En fin d'ateliers, les participants ont fait des suggestions de gestion du milieu prenant en compte les valeurs. Les principales recommandations sont :

  • Élargir la réflexion sur la valorisation de l'espèce à l’échelle de l’ensemble du territoire, c'est à dire sur une zone englobant l'île de Camargue, la  Camargue gardoise et le Plan-du-Bourg correspondant à la Réserve de biosphère de Camargue, afin de dépasser les clivages administratifs entre ces différentes parties de la Camargue ;
  • Améliorer la valorisation et la promotion des autres composantes biophysiques des habitats fréquentés par le flamant rose (habitats, flore, autres espèces animales, paysages), et mieux communiquer sur l’évolution de sa répartition spatiale du Flamant en fonction de différents scénarii étudiés ;
  • Créer de nouveaux accès et des structures d’accueil, pour mieux observer le Flamant rose sur ses habitats actuels, mais également en anticipant sur les sites potentiels en fonction des différents scénarii étudiés ;
  • Améliorer la communication et la sensibilisation sur le Flamant rose en Camargue auprès des touristes et des camarguais ;
  • Modifier les pratiques agricoles afin de de réduire le risque de dommages occasionnés par les flamants sur les parcelles rizicoles ; 
  • Laisser la dynamique de la population des flamants s’exprimer plus librement, notamment avec une reproduction qui peut varier d’une année sur l’autre, et accepter qu’il puisse ne pas y avoir de reproduction certaines années.

 

Photo © Céline Hanzen / Tour du Valat